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l'heure du feu pluie , nouvellles



Nouvelle écrite pour le thème "Banalités affligeantes" de la liste Atelier Ailleurs.



-- Visite de voisinage --

(un appartement, occupé par 5/6 personnes. Tous debout, marchant,
occupés à regarder partout, dans chaque recoin, chaque tiroir. Deux
voisins se reconnaissent).

      - Ah, vous aussi vous êtes là ?
      - Oui, comme vous voyez.
      - Vous avez bonne mine.      
      - Merci. Vous ne vous en tirez pas mal non plus.
      - Avec ce beau temps, c'est normal.
      - Comme vous dites.

(montrant d'autres gens, disséminés dans les pièces de l'appartement)
      - On est déjà 5 ou 6. Je vous conseille d'aller dans la pièce du
fond.
Il y a des choses intéressantes entreposées. Les autres ne les ont pas
encore repérées. Ils croient que c'est un débarras. Allons-y ensemble
tout à l'heure, si vous voulez.
      - C'est très gentil à vous.
      - Oh mais c'est normal, vous avez toujours été un bon voisin.
Jamais d'histoires.
      - Oh, pensez-vous, c'est bien naturel. Et la petite ?
      - La petite, ça pousse, ça pousse. Normalement, elle devrait être
avec
moi. Et puis, finalement, j'ai réussi à la faire garder quelques heures.
C'est mieux.

(il baisse la tête)
      - Oui, je comprends.
      - Oh, mais, c'est que... il y a des choses pour les enfants aussi,
ici. Ils en avaient... je veux dire ils en ont trois. Mais...
(inconsciemment, il marche en s'arrêtant successivement aux trois
endroits où avaient l'habitude de s'asseoir chaque enfant)

      - Oui, c'est quand même un peu spécial pour elle, à son âge.
      - Oui, voilà, elle connaissait la petite fille de cette maison.
Elles étaient même assez amies. Ça ne me plaisait pas trop d'ailleurs.
      - Ah oui, je comprends.
      - Notez bien, je suis sûr qu'elle lui aurait prêté des choses
volontiers. À cet âge-là, on n'a pas encore trop les caractéritiques de
sa race. Mais aujourd'hui, ce n'est pas pareil.
      - Non, pas tout à fait bien sûr.
      - Enfin... on ne peut pas s'arrêter à ce genre de choses, n'est-ce
pas
?      
(silence. Il repose un objet qu'il tenait à la main, )
(l'autre bombe le torse)
      - Vous avez parfaitement raison ! C'est pour le pays, tout ça. Et
puis elle oubliera vite (il saisit à nouveau l'objet et l'empoche).
Tiens,
finalement je vais quand même ramener à ma fille la petite boule qui
fait de la neige avec la tour Eiffel dedans. Elle lui a toujours fait
envie. Après tout, c'est normal que ce soit elle qui l'aie. C'est
normal, ce n'est pas du... enfin, c'est mieux comme ça.

(très vite).
      - Mais vous faites très bien !  Parfaitement, vous faites très
bien !
Vous savez ce que je pense, moi ? Nous sommes là pour aider ces gens,
après tout. Si nous n'étions pas dans leur appartement, en ce moment, ce
seraient des inconnus à notre place. Peut-être, feraient-ils des choses
pas bien. Nous, c'est différent. 
      - Bien sûr. Très différent. C'est entre connaissances. Oh,
regardez ce vase, il est magnifique. Il ira très bien sur ma cheminée.
      - Oui, d'ailleurs, je vous le dis sans flatterie,  il est beaucoup
mieux assorti au style de votre séjour qu'aux style d'ici. En quelque
sorte, il gagne un meilleur propriétaire.
      - Vous êtes très aimable.
      - Mais non, mais non. Je sais simplement reconnaître les vrais
français.

(soudain soucieux).
      - Tiens, mon grand fils m'a demandé qui a posté la lettre. Il
voulait même aller à la Kommandantur pour essayer d'intercéder pour eux.
Je l'en ai empêché. Il m'inquiète, j'arrive de moins en moins à le
tenir. Ce
n'est pas le moment de se mettre mal avec les autorités. Et puis,
personne ne l'a postée, cette lettre. 
      - Non, nersonne ne l'a postée, bien sûr. 
      - Personne. Et puis, cet appartement serait parfait pour mon grand
fils. Idéal. Je vais bien arriver à la convaincre. D'abord, il va
refuser, puis il y viendra, vous verrez.
(il fait des gestes avec ses bras et on comprend qu'il évalue la surface
de l'appartement et les possibilités d'aménagement).
(l'air rageur, l'autre fouille dans des cartons, avec violence, comme
s'il leur en voulait).
      - Et puis le grand-père, le vieux Klein ?  Hein, celui-là ! Jamais
content. Toujours à se plaindre du bruit. Qui va le regretter ?
(silence)
...
(il fait lentement tourner la boule de la Tout Eiffel avec de la neige)
      - Où croyez-vous... où croyez-vous qu'ils vont ?
      - Sûrement dans un endroit...où ils sont entre eux. Ils sont mieux
entre eux, non ? Ils se comprennent.
(ton précipité et satisfait)
      - Vous avez raison, ils sont sûrement mieux, maintenant.

                                                                 
21-11-2003

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