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l'heure du feu pluie , nouvellles

Nouvelle écrite pour le théma n°18, "Folie", sur la liste-atelier Lignes de Vies

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-- Serial Family --


Installé dans mon meilleur fauteuil, le type était vraiment très
aimable. Toujours drôle, sachant faire de vous un complice, élégant,
vraiment parfait.
Même quand il m'a raccompagné subtilement vers la sortie, il a tout fait
pour que je ne me sente pas éconduit.

Le problême, c'est que le type c'était moi.
- Attendez, je lui ai dit, je... je vous remercie de votre amabilité,
mais je suis chez moi, je préfèrerais rester.
- Vous avez raison, vous avez entièrement raison.
Il a ri comme à une excellente plaisanterie, a hoché la tête pour
acquiescer et a refermé la porte.
J'ai regardé ma femme, elle avait l'air de passer un moment merveilleux,
couvait du regard son... enfin, l'autre moi. Elle m'a salué de la tête.
- C'est vraiment un plaisir de faire votre connaissance.

Assis dans mon meilleur fauteuil, j'étais vraiment détendu. J'avais
placé le cadavre de l'autre sur le côté, dans un angle mort de mon champ
de vision. J'ai remarqué une chose étrange : il continuait à sourire. Ma
femme aussi et nous avons commencé à parler tranquillement de sa journée
au magasin, quand quelqu'un à sonné.

Vraiment très aimable, ce monsieur, nous avons parlé de tout et de rien
et la conversation était grandement facilitée par le fait qu'il
connaissait très bien ma femme et moi encore mieux. Forcément.
Ensemble on a poussé un peu le cadavre pour que mon visiteur puisse
étendre ses jambes dans mon meilleur fauteuil.
J'en étais déjà à mon troisième verre, mais sans que cela me fasse aucun
effet, comme si chaque verre était le premier.
On a parlé de tout et de rien, lui et moi, de notre journée au bureau,
on a même cherché des solutions ensemble pour les dossiers en cours et
c'est vrai qu'à deux, on avance beaucoup mieux quand même.

J'ai posé son cadavre sur l'autre. Finalement, en les empilant, ils ne
prenaient pas beaucoup de places, pas très encombrants, même pas
gênants.
Les yeux de ma femme se sont mis à briller quand elle a entendu la
sonnerie.

Cécile et Olivier sont rentrés ensemble avec ma femme, ils avaient l'air
d'avoir passé un bon moment à jouer entre les rayons à Carrefour. Ils
sont allés vers leurs chambres, mais je leur ai dit que ce n'était pas
la peine, ils étaient déjà en train de faire leurs devoirs, ils avaient
presque fini, d'ailleurs. J'ai envoyé une des deux mamans voir où ils en
étaient.
Puis je leur ai demandé de ne pas jouer avec les morts, même si c'était
papa, et d'apporter plutôt un jeu de société.

À sept, c'était nettement plus drôle. On enchaînait les gages et les
questions saugrenues et moi, j'étais tout seul contre les 3 paires de
femmes et d'enfants. J'allais gagner haut la main quand on a sonné à la
porte. C'était nous, la famille au grand complet. On rentrait tous
ensemble du cinéma où on avait vu un film très drôle. Je les ai
acceuillis très aimablement, avec un air complice, pour qu'ils se
sentent tout de suite chez eux. On s'est serrés un peu et la partie est
devenue vraiment captivante. En plus, je continuais à boire des verres
et je ne sentais rien.

- Non non, c'est à moi de les tuer, vous êtes trop petits. Non, chérie,
toi non plus, tu vas salir ton bel ensemble. Après tout, je suis le chef
de famille, c'est à moi de m'en charger. Non non, monsieur, jouez avant,
jouez, je vous en prie, ce n'est pas si pressé. Bon, si vous y tenez,
maintenant, d'accord. Oui, mettez vous là, comme ça, ce sera plus
facile. Quelqu'un peut prendre son tour ? Je reviens, continuez la
partie.

Assis dans mon meilleur fauteuil, je savourais la détente d'une fin de
journée bien chargée, en fermant les yeux doucement.
Tous ces cadavres, c'était... harmonieux. Je les avais disposés tout
autour de la pièce, dans une figure géométrique très jolie.
J'ai essayé d'attendre jusqu'à la sonnerie, puis j'ai réalisé que
j'avais laissé la porte grande ouverte, alors, je me suis endormi
tranquillement.
Quand je me suis réveillé, il y en avait au moins trente, j'étais un peu
confus de mon assoupissement et je les ai accueilli un par un avec un
petit mot pour chacun.

Ils ont tous tellement rivalisé d'amabilité que personne n'a osé occuper
mon meilleur fauteuil.

27-05-2004

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