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Stéphane Méliade

Poèmes

pour voler debout

La page de l'Autre

"Derrière le visage et le geste
Les êtres taisent leur réponse
Et la parole dite alourdie
De celles qu'on ignore ou qu'on tait
Devient trahison

Je n'ose parler des hommes je sais si
Peu de moi".

-Andrée Chédid

Auteurs mis en lumière :


1.Édition d'octobre 2003 :
Catrine Godin

2.Édition de décembre 2003 : Leila Zhour (cette page)

Ici, régPour cette deuxième édition, j'ai choisi....


...Leïla Zhour, dont j'admire depuis

plusieurs années, le raffinement primal.

Leila vit et écrit en France.

Son site : poèmes, nouvelles, aquarelles...


Bleu corail : textes

Mon petit soldat

Extrait de "lettre à l'autre"

La Dame Blanche

À mon revers

La femme-Univers

Les seigneurs de la danse

Vert garance : présentation

Jaune outremer : liens

Rouge véronèse : image intérieure

Six textes de Leïla Zhour

Mon petit soldat


Mon petit soldat est toujours en guerre
Il part
Tempête
Bataille
Et tranche
Et tue
Il s'épuise de courage
Dans sa cuirasse droite et dure
Mon petit soldat est toujours en guerre

Une cause après l'autre
Juste
Toujours plus juste
L'appelle
Il emploie sa vaillance et son courage
Dans des combats terribles
Sous sa cuirasse droite et dure
Mon petit soldat ferraille fort
Une cause après l'autre

Mais mon petit soldat est révolutionnaire
Rebelle à chaque fois
Opposé
Insurgé
Et puis trahi
Il s'épuise pour un monde sans guerre
Où ses armes pourraient rouiller
Avec sa cuirasse si droite et si dure
Très loin de mon petit soldat si tendre

Oh, mon petit soldat !
Comme je l'aime
Comme je l'aime
À chaque guerre qui l'entraîne au loin
Je pense à lui
Je suis proche
Je suis en lui
Il s'épuise et je le recueille
Pour que dans mes bras il respire
Rien qu'un instant
Mais court
Toujours trop court
Car toujours
La fureur le rattrape

Mon petit soldat au rêve de paix trop grand pour lui
Fait mal
Avec sa cuirasse droite et juste
Avec ses armes dures et tranchantes
Mon petit soldat est en guerre

Je le regarde n'être jamais en paix
Et je l'aime
Je le comprend
Mon petit soldat si terrible
Avec son grand rêve de bonheur


Extrait de "Lettre à l'autre"

Est-ce donc seule si seule
Est-ce donc nue si nue
Sans rien autour que le monde alentour

Accepter l'inacceptable
Penser l'inconcevable
Tirer la vie
Toute la vie
D'un vieux cornet à dés

Au delà de toute chose
A l'origine de tout mouvement
Même incommensurable
Même infinitésimal
Un vide immense noir ou blanc
Où même rien n'est rien

Et seule et nue parmi les choses de la vie
Quand tout est là tout près
Magique et miroitant
Voile terrible et rassurant
Devant des yeux de larme qui ne croient pas
Qui voient seulement ce qui n'est pas

Cet effarement mon seul trésor

La Dame Blanche


Deux femmes marchent. C'est à peine l'aube. Ombres parmi les ombres elles glissent sur la poussière immobile encore. A leurs pieds, le sable crisse à peine. Il fait froid, elles ont relevé le capuchon des gandouras de laine blanche, caché leurs cheveux de nuit dans un tissu dont chaque fibre respire un souvenir, palpite de mémoire. Des doigts agiles aux noms fuselés ont entrelacé les fils pour leur faire cette chaleur de vie au coeur du crépuscule.

Lentement mais sans traîner, elles vont là où elles savent qu'il sera bon d'être dans la lumière naissante. Les montagnes ouvrent un défilé étroit et raide dont chaque recoin est niche de nuit, encore un peu de nuit qui s'accroche à la pâleur du jour. Elles montent. En silence, pour conserver un souffle léger, elles font ces pas qu'ont fait leurs mères et avant elles leurs grand'mères, toutes ces aïeules aux visages oubliés mais dont les gestes vivent en elles. Un pas, un autre, toujours plus haut, jusqu'à cette certitude d'être sur l'esplanade désignée par le vent, par la lumière, par l'aube à son début.

La pierre est grise, la pierre est rugueuse, la pierre est dure comme une parole donnée. La pierre vivante insuffle une chaleur à leurs mains déjà caressantes. Elles se parlent un peu. L'une a un peu froid, à cause du vent. L'autre lui répond que c'est normal, le soleil commence à poindre. Le vent accompagne la lumière pour son premier pas dans le jour. Il faut cueillir ce souffle sans le plier au désir de chaleur. Juste sentir toute sa fraîcheur, s'en faire un voile pour plus tard, quand la brûlure du soleil sera presque insoutenable.

L'une dit encore que la lumière commence à être bonne, il faudrait préparer les couleurs. Attends encore un peu. On a le temps de manger un petit bout. Tu n'as pas faim ?

Elles grignotent quelques galettes, boivent un peu d'eau. Puis la plus jeune prépare deux bols, les garnit de pigments, l'un blanc, l'autre brun rouge et mélange ses poudres avec de l'eau. Une peinture fluide mais pas liquide. Juste onctueuse pour épouser la pierre, sécher au vent, recueillir la lumière dans la mémoire du mouvement qui l'aura déposée sur les falaises. Elle tend le bol de peinture blanche. "Tu peins en blanc aujourd'hui ?"." Oui."

A quand remonte leur dernière fresque ? Ca n'est pas si vieux. Ce matin, elles ont entendu dans l'obscurité des hommes murmurer sur leur passage : "Encore une peinture ?" Mais oui. Les femmes savent. Il convient d'honorer les monts en temps voulu. Il convient de marier le pouvoir des mots à celui de l'image, d'accorder un signe aux rochers qui préservent l'eau, de les bénir.

Aujourd'hui, c'est l'aînée qui peint en blanc et la plus jeune, conteuse ensorceleuse de mots, étale en rouge la splendeur animale du Sahara d'avant leur temps. "Tu veux que je te raconte une histoire ?". " Oui, raconte-moi la Dame Blanche s'il te plaît.".

"Il y a très longtemps, quand le désert était une terre fertile, vivaient à la surface des mondes des fées, des enchanteurs, des dieux. Ils étaient beaux, puissants, aimants. De toutes les fées, la plus belle et la plus douce, la plus aimée, la plus admirée était la dame blanche. Elle régnait sur les eaux, maîtresse chantante des rivières et des torrents. À son cou des parures en perles d'eau claire révélaient les ors de la lumière. A ses pieds, des anneaux faisaient entendre le roulement tendre des galets dans le lit des oueds. Sa robe blanche était tissée d'écume frissonnante et chacun rêvait de sentir un jour sur sa peau la caresse de sa main bienfaisante.

Oui, la dame blanche était la plus aimée et la plus respectée des fées, timide et courageuse à la fois, forte dans les orages, subtile dans la sécheresse et douce, généreuse, en tous temps.

Un jour pourtant, son destin prit un tour désastreux. Le soleil l'aperçut se baignant nue dans un de ses lacs préférés. Était-ce la pâleur de sa peau? Le noir parfait de sa chevelure? La transparence de ses yeux ? Il tomba amoureux de la fée si tranquille des rivières. Il en devint fou. D'un seul regard, entre deux rayons flamboyants de séduction, il fit des eaux turquoise un chatoiement de volcan. Pris de désir, il voulut la saisir, la posséder. Il se mit à la poursuivre jour après jour et toute sa course, du matin au soir devint une impitoyable traque de la dame si blanche, si sereine, la gardienne des eaux.

Comme elle eut peur ! Comme elle eut mal de cet amour !

Au début, elle regarda avec tendresse l'illumination si folle, si jeune, du soleil. Mais elle comprit aussi qu'il la voulait entière, jusqu'à détruire en elle la fraîcheur, la douceur des brumes, le chant des flots. Elle prit peur. La dame blanche qui aimait tant les jeux des enfants au bord des oueds quand la lumière transforme chaque éclaboussure en diamant, la Dame des rires et de la joie se mit à fuir la vie des hommes, la chaleur heureuse du plein jour. Poursuivie de fleuve en rivière, de lac en étang, elle abandonna peu à peu les paradis fleuris dont elle avait baigné les berges avec tant de plaisir, tant d'amour.

Elle commença à rechercher l'ombre farouche des hautes montagnes, là où le secret des sources la protégerait du feu du soleil. Mais en aval, la chaleur et la folie de son amant éconduit ravageait tout. Les oueds mourraient les uns après les autres. Les herbes grasses se desséchaient, les fleurs perdaient couleurs et parfums, les arbres se hérissaient d'épines, préférant enfoncer leurs racines loin dans l'obscurité d'une terre encore fraîche plutôt que d'exposer leurs branches à la passion déchaînée du soleil.

La terre, la magnifique terre du Sahara se désespérait et la Dame, impuissante, pleurait des larmes de plus en plus rares, de plus en plus douloureuses, à l'abri des grottes sacrées de nos mères.

Jamais le soleil ne l'a retrouvée. Pourtant, il sait qu'elle est là, parmi nous et toujours il la cherche, nous offrant la brûlure de son dépit chaque matin, nous offrant la splendeur noire et ocre de son désespoir. Au fil du temps, le Sahara est devenu ce désert vivant que nous aimons, dont nous souffrons aussi. Mais parfois la nuit, juste avant l'aube, on peut voir une ombre pâle errer aux pieds des monts. On sent alors une main chargée de fraîcheur caresser l'arrondi des joues des enfants et une voix, à peine un souffle, murmure des folies dans le cou des amants. La Dame blanche nous revient. Elle nous veille en ces instants rares sans cesser de verser les perles de la nostalgie dans les bassins sacrés des sources.

Nous la savons tous et toutes reine de nos curs et le meilleur de nous-mêmes, nous le lui dédions, fée des eaux, blanche Dame qui recèle la douceur du monde entre ses mains d'argent, qui nous délivre de la folie dévastatrice du jour, qui nous fait humains et libres sur une terre de feu."

Sur le mur, la fresque est finie. Le vent sec, brûlant déjà a fixé le blanc, les rouges et l'ocre sur le grès sombre. Belle et grande, la Dame court, silencieuse à jamais et sa course offerte au vent, à la lumière enfin, lui rend sa dignité magique de mère des premières mères.
Rangées les couleurs, rangées les écuelles de bois léger, précieuses richesses réservées au seules peintres. Elles boivent une dernière gorgée d'eau, l'oeil posé sur la robe blanche qui flotte entre deux plis de roche. Puis, doucement, comme à regret mais elles savent qu'elles reviendront, demain ou dans longtemps, seules ou avec leurs filles, elles descendent les manches de leurs gandouras, font glisser les capuches sur leurs cheveux libres encore et elles s'en vont. Elles descendent le sentier étroit de l'aller où elles retrouvent le silence des pierres nues, la folie dure des herses de roches. Elles se rendent au désert. Elles se rendent. La Dame des sources est leur souveraine mais elles sont filles du vent et des sables. En elles, la femme est fraîcheur et flamme, en elles la femme est l'impossible rencontre, l'amour qui ne fut pas, douceur et violence, contraste.

Au campement, de l'eau bout sur des feux de brindilles pour le thé précieux. Des enfants boivent le lait des chamelles, des hommes et des femmes préparent les méharis pour une prochaine étape, un départ imminent.

Elles se sont touché la main avant de se séparer. Rencontre des paumes qui ont tracé l'ineffaçable mémoire des hommes d'ici, de cet instant. Un vieillard a surpris le geste, cette tendresse. Dans un sourire, il a fermé les yeux. Alors, porté par le secret des femmes peintres, une main fraîche a caressé sa joue creusée de temps, de soif, de chaleur, une invisible main d'argent qu'il savait reconnaître entre toutes, la main des sources, la main des femmes du Sahara, blanche Dame pour l'éternité.


A mon revers

Je porte gravé sur l'envers de ma peau le souvenir d'une heure calme
Ton front sur mon épaule avait la fraîcheur des sources
Tes cheveux étaient une agaçante fuite entre mes doigts

Gravure de silence dans le crissement des cigales
Sa magie me fait un miroir secret
Je garde les yeux clos sur une liberté de couleur

Chacun de mes baisers sur ton visage en porte le sceau

Je porte gravées sur l'envers de ma peau des heures dures
Des heures où le froid ciselait des masques
Mais c'était toi aussi cette fatigue amère
A l'envers des douceurs silencieuses

J'avais des pierres pendues à mes respirations
Et mal
De ce mal qui m'efface dans ton regard
Ce mal qui m'invente le fardeau de tes douleurs

Sur l'envers de ma peau s'est déposée l'éclat de ton visage
A deux visages
Aimés
Oui, aimés tous les deux
Sculpteurs de roche et de cristal dans le corps de mon souffle

Au revers de ma peau
Un blason or et nuit établit l'héraldique de nos souvenirs
Toi
Inscrite de mon corps à mon âme


 

La femme-Univers


C'est une femme-île dont les bras de quatre vents ceignent les mers
une femme-main dont les cinq doigts de sable tamisent l'écume
une femme-temps aux innombrables grains pour filtrer la beauté qui passe
C'est une étroite bande virile dans l'océan qui la surplombe

Sa langue dorée prend des reflets de lapis-lazuli
des reflets de syntaxe sur fond d'azur offerts à sa peau de lambris

Un cancer de mausolées saints borde ses reins de sable
Elle le guérit dans des alcools nordiques distillés de haines banales
et tuméfiée et lourde, elle cautérise son destin aux abysses de l'attente

Des villes ont pris ses jupes pour territoire
Des maisons de justice ont encerclé ses doigts de bijoux carcéraux
et quand elle lisse maintenant le revers de ses peines
elle accroche le velours de cités des pierres serties d'inutile remparts

Ses bras lavent les sourires sur la peau des enfants
Le sable crisse au gré de ses lèvres une romance de filles trop jeunes
cinq étoiles plantées comme rosace dans leurs cheveux

Des humains pleurent
Ce sont des hommes car les femmes rient
elles n'ont de temps que pour le rire

Elle a vu se faner dans le gris de ses yeux des cathédrales aux noms d'archanges
Des gisants baptisés de lucre ont effacé le récit des commencements
et les hommes durs ont avalé ogres et fées dans une déglutition de pastis

Le matin a défait sa nuit
L'oubli cousu aux paupières des amants s'est fait caresse dans tous les langages
Elle danse sans fin sur l'écho des baisers

Le désert pousse parfois un cri d'écorce amère aux portes de son sommeil
Elle gémit et se tourne alors sur les coraux d'un lit défait aux senteurs de volcan
mais le désert insiste
Des hommes en robe de solfège lui récitent la prière des sécheresses
Chaman, elle mèle ses sourires de poussière par devant elle
Dissimule la vastitude de ses seins
et des pouvoirs étranges grésillent dans la voix de ses invités
leurs burnous affranchis des rigueurs des ténèbres

Quand ils repartent, le vent les accompagne jusqu'au tapis des neiges
Ils rêvent à des prairies couvertes d'enfants métissés de langue sauvage et d'aubépine

Pourtant, tous l'ignorent
Femme-île, mère-continent d'une rive à l'autre
tous lui parlent sans la nommer car elle réside dans le regard des petites filles et des très vieilles femmes

Divisée par temps calme en mille et une tendresses
Une tempête la concentre en unique tornade
et Dieu lui-même n'ose plus penser à elle
Les guerres inventent alors pour elles des armures en acier de vanité
Les guerres font tomber à ses pieds des rebuts de détresse

Mais elle demeure la femme-sable, la femme-temps

Maquillée de mondes qui s'entrechoquent
elle soupire des nuits de sorcellerie qui enfantent tous ses désirs
et c'est en vain
car tout s'épuise dans la chevelure d'insatiables comètes
car Tout puise les gaz rares aux flammes d'outre-monde
des songes de paresse noués en lianes infidèles que les hommes oublient de défaire

Les seigneurs de la danse



Descendus des hautes terres en robes bleues
Venus des vents altiers en djellabas de laine
Visages enserrés de drap sombre
Les seigneurs de la danse ont avancé leur pas d'éternité

Saisie ma main
Saisi mon souffle
Mes yeux transis dans la beauté des gestes purs
Éclat des sabres hors des fourreaux de cuir
Sécheresse des cannes entre les mains de chair violente
Hommes de lames bleues dans la lente noria du crépuscule
Les seigneurs de la danse ont enflammé leur pas

Saisie mon âme
Saisie ma fièvre
Frémissement de mes lèvres
En transparence de sel et poussière d'or dans leurs yeux durs
Et voir, voir en majesté l'élan des corps
Mandorle émeraude des regards
Transe amoureuse dans la trame des sables silencieux
Dans le pas vif d'un froid luminescent

Venus des sources claires, cristaux de gel
Les pieds chaussés d'espaces larges
Les mains gantées de cimes vierges
Avec dans le regard la soif des ciels de nuit
Les seigneurs de la danse sont entrés dans le pas

Pulsation lourde d'un sang en proie au rêve
Désir soudain saisi à cur
Mains chaudes apposées sur le portique des hanches
Danse fébrile dans l'ombre des seigneurs
Nuit enserrée entre les manches des ténèbres

Les lumières palpitantes de la plaine en mantille d'espoir sur la défaite de ma chevelure
Mon pas, enfin, agencé dans la clameur des hauts
Les seigneurs de la danse ont bu ma soif, ont dévoré ma faim
Toutes hantises d'hier enflammées dans l'étoupe de l'ivresse
Soie volatile des enfantillages

Des battements de terre ancienne ont suscité quelle fantasia
Mélopée de vents dans la nef des lointains
Dénuement sur les treilles du temps

Seigneurs mes frères, dans la transe sacrée du geste
Seigneurs des terres hautes où le rêve est prière
La danse du large a transmué les détresses
Mouvance brute de la parole entre les voix du corps
Et dans le cur, cet affolé intense
Percussion vive dans le pas lent des Seigneurs de la danse


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Les liens qu'aime Leila :

Une petite maison d'édition associative qui fait du bon travail (pas seulement parce qu'elle a édité mon dernier recueil... hum !) et qui est très enthousiaste :
http://oursblanc.fr.vu/ 


une peintre dont j'apprécie le regard sur les choses :
http://sophiedumont.chez.tiscali.fr/


Peinture et sculpture glanées au fil du net...
http://www.jennydehooghe.com/jeunesfillesafricaines.htm
http://agnes.bogaert.free.fr/p2cadre.html
 

Sa présentation :

Ecrire est une drôle de chose. Comment les mots, ces petites choses de moindre réalité encore que
les choses elles-mêmes, nous possèdent-ils?  Car c'est une sorte de possession. Pas maléfique, bien
sûr. Mais bénéfique? Voire...

A un moment, une image arrive. Vivace en l'esprit, elle n'est pas image au sens simple. Ce ne sont
même pas forcément des formes ni des couleurs. C'est une suite de mots et les mots font l'image,
dansent l'image, lascive ou brûlante, tragique ou drôle. C'est une lumière. Personne ne peut justifier
que le mot lumière corresponde au mot "mot" en se fondant sur une logique sérieuse mais il
correspond, je vous le dis.

J'écris et, dans l'instant même de l'écriture, je suis dans cette lumière extraordinaire des mots qui
possèdent, des mots qui envahissent comme la mer s'empare de la plage, indiscutablement, rien
d'autre à faire que laisser passer le jusant.

Mieux encore : j'écris et je suis lumière. Oh, ce n'est pas de la prétention! Personne ne me voit une
auréole à ces instants-là, heureusement, ce serait gênant, mais je me tiens exactement dans ce rai
intérieur qui illumine et je sens que si l'écriture devait avoir une caractéristique visible, autre que ce
dos courbé sur la main appliquée à relier des signes, ce serait cela, la clarté absolue des mots
accordés.

Ecrire, est-ce la main? Est-ce l'esprit? Est-ce la musique ou l'image? Ecrire, c'est en soi.

Le dire, c'est impossible.


Leila Zhour

 

Son image intérieure :


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