Accueil Qui suis-je ?

Poèmes Nouvelles Forum LiensyLivre d'or

Page de l'Autre

Poèmes

pour voler debout

Avant/Après 2003

Avant

"Une tendre chiquenaude
Et l'étoile
Qui se balançait sans prendre garde
Au bout d'un fil trop ténu de lumière
Tombe dans l'eau et fait des ronds"

Hector de Saint-Denys Garneau - Regards et jeux dans l'espace.

Octobre 2004- février 2005

-- Laissez parler mon chat qui n'existe pas --


laissez parler mon chat
moi
j'explore les quatre coins du feu
les papiers dérangés par une main tendre
à la recherche de son autre main
les empreintes du vent sur les corps solides
l'éternuement qu'on appelle vie

rue de la mort morte
je saute sur l'ombre verticale
soie des parois
autour d'une source de velours noir
tranquillement assise en équilibre
sur moi

ton sillage d'or dans l'air à boire

moi la pluie allongée
eau couchée en rond dans une pièce carrée
je rêve que j'escalade une odeur
sur le pont d'un bateau balayé par les vagues
à la recherche des ailes antennes et nageoires
qui dépassent des vagues

moi qu'on lit de droite à gauche
laissez parler mon chat qui n'existe pas
moi dans la maison
lieu entouré d'autres
chats qui tournent autour d'un chat
ville au milieu d'un cercle d'arbres
qui poussent quand on leur parle

11-02-2005


-- Chambre au bois vert--




plutôt que dans mes bras
je te prends entre soleil et lune
je te soulève à peine

dans la pièce aux meubles vivants
pour me guider à la chaleur
j'ai semé des flammes dans la forêt
-chambre heureuse qui fait mal-
il pleut des lèvres et des paupières
il pleut des chiffons roses
chairs à effacer les meubles
pour ne laisser que les poussières

liserons lys et lianes
libellules ou bébés barques
humble continent de feu
l'eau durcit dans les yeux
-mentalité d'hiver
ou glace où se regarder fondre-
je te soulève à peine
il pleut des toi et des moi

une bouche s'ouvre sur la fenêtre
des mots simples s'échangent dans la buée
tout le monde va bien il paraît
chacun ouvre un livre dans le livre de l'autre
il pleut sur la balançoire

fauteuil de la faim
j'entends nos voix dire en même temps
un seul mot qui s'assied
comme une bougie dans une feuille qui navigue
sur l'eau profonde de la chambre

heureux de te retrouver
je te soulève à peine
pour te dire bonjour il était une fois
il pleut des caves et des greniers
l'ombre réclame sa part
reflet rouge sur le bois vert
je te soulève à peine
tu vois déjà tout
la lumière est déjà là
c'est la même ville et le même soleil

02-01-2005

-- La forêt en ruban de Moebius--
(Paraspara mix)



1.
J'ai peur. Je suis le drap des gens et quelqu'un se retourne en moi.
Plusieurs personnes se réveillent au même moment, dans la
même forêt.
Le soleil va sauter un jour entier, je le sais, il va sauter par-dessus moi.
On était hier. On sera demain.
Pour trouver aujourd'hui, je fais du bruit avec quelques branches que je
trouve à terre.
Je les frotte longuement. Il ne vient pas de feu, mais une langue de terre en forme d'hommes. Ils viennent par familles entières, portent des grands sacs.
Ils parlent de fruits et de saisons.
Je ne les écoute pas, je n'ai pas faim de moi.

2.
Je cours, je trébuche sur des racines, je perds un peu de ma substance qui s'accroche aux arbres.
Quelqu'un habite ici, toujours au milieu.
Il me suit partout au centre de moi. Il est habillé de
feuilles et de mousse. Il porte des marques sur son corps, des dessins
sensibles au vent.
Il chante des sons qui soulèvent des blocs, répartissent les feuilles en
cheveux verts, pompent la sève et la rendent rouge.
Je sors ma clé. Je montre ma carte. Je tape des codes.
Tu ris et tu me les enlèves.
Je suis le drap des gens et quelqu'un me secoue à la fenêtre.

3.
Je porte des traces de griffes sur ma joue.
Je suis le drap des gens et quelqu'un me déchire.
Je te demande ce qui s'est passé cette nuit. Tes cheveux me
giflent et ta chaleur me guérit.
Un rocher feule, se ramasse. Il va bondir. Je ne sais pas ce qu'il
veut manger. Je crois que ce n'est pas moi, je ne dure pas assez longtemps
pour lui et sa salive de millions d'années.
Le temps passe vite, si vite que je vois le mouvement des montagnes qui marchent vers la mer et rapetissent.
J'énumère mes codes, pose les doigts sur les touches qu'il faut, j'égrène
mon chapelet de plastique, je prie dans la coque du temps.
Les chiffres eux mêmes deviennent vivants. Ils ont des poils et des plumes,
ils transpirent et montent aux arbres. Ils chantent et les montagnes se font
légères et dansent.
Quelque chose se met à fondre au centre de moi.

4.
Des gens sont suspendus dans les arbres, attachés aux branches par les
cheveux. Je les reconnais. Je les ai perdus en courant tout à l'heure.
Ils attendent de tomber de l'arbre pour vivre à nouveau. Des chants
s'approchent, des gens arrivent avec des grands sacs.
Je viens à ta rencontre. Tu me dis que c'est une vieille histoire qui se
renouvelle. Je demande l'indicatif, le mot de passe, la combinaison qui
ouvre les mécanismes, fait tourner les engrenages.
Le métal fond et les chiffres acrochés aux arbres se mettent à chanter les
noms de ceux qui arrivent.
Quelqu'un vient nous récolter.
Je suis le drap des gens et les fruits tombent et me remplissent.

01-01-2005

-- Aj--



Aujourd'hui
moi mouchoir céleste
j'ai courbé nos socles
et creusé nos pieds de statues jamais finies
pour recevoir la pluie d'en-bas
la liane qui court d'ici à là
en toi comme en moi
la lettre d'avant nous

aujourd'hui
toi la chanson toi le geste
tu t'es arrêtée au milieu d'un saut
et tu m'as parlé sous une large feuille
née par hasard au milieu de nos genoux

cette nuit j'ai entendu dire
qu'un ou deux des mondes d'en-haut
élirait domicile aujourd'hui chez nous
toi et moi en même temps
moi cercle de glaires aux proportions sacrées
toi éternuement des cîmes
moi mouchoir céleste
toi nuage terrestre
tes gestes à l'intérieur de mes plis
ta couronne autour de mes pieds
tu glisseras tes ailes dans mon cahier

aujourd'hui ils l'ont dit
en s'agitant le long de nous
en dansant d'ici à là
en toi comme en moi
aujourd'hui tu planteras tes plumes au milieu de moi
en t'immiscant à l'endroit le plus tendre
le plus maculé le plus minuscule
peut-être sous mes aisselles
pour sentir cette odeur
qui devient lourde au bout de quelques jours
la robe mouillée d'homme que tu veux revêtir
le boulet de chair et de coeur
dont rêvent tous les anges
qui se penchent

aujourd'hui
tout respire encore
aujourd'hui ton parfum tend les bras
et tout ce qui bouge nous ressemble
nous posons nos visages sur le comptoir
et quelqu'un nous tend un verre

aujourd'hui
nous jouons aux anges
les animaux jouent à être nous
chacun tient la main d'après
aujourd'hui
quelque chose éternue
en toi comme en moi
aujourd'hui sans attendre le lever du soleil
les singes qui grimpent aux troncs
ont déjà mis des masques
à l'effigie de nos nombreux enfants

avant que tout s'anime
toi comme moi comme le reste du monde
ce matin l'arche tendue d'une mer à l'autre
faite des millions de corps qui danseront vitre à vitre
pour raconter notre histoire
avant qu'aujourd'hui commence
je dois rester quelques secondes
le nez en l'air
pour voir flotter les rubans des branches
je suis exactement comme toi tu sais
j'élève des souhaits comme on élève des lapins
je nous regarde onduler au vent

et si nous n'avons pas la patience de grandir
d'un bout à l'autre d'aujourd'hui
j'accrocherai à nos doigts
des ailes des pattes et des oreilles
et des joues rougies de rêves

31-12-2004

Aj = aujourd'hui (sanscrit)


-- Feuille de fête --




par tes fils sensibles

par la longue île qui se couche dans le hamac de gouttes
par le poivre versé dans la coupe des vagues
je rêve à la suite de la mer

par le mouvement qui relie les lèvres entre elles
je suis le ruisseau vert au milieu du tunnel écarlate
et mes feuilles se détachent
vers ta main
et mes feuilles d'où qu'elles viennent
viennent de toi

je suis mort ce soir comme tous les soirs
un peu à l'avance
alors qu'on entend encore à peine les esprits arriver
je tenais une ombrelle
pour me protéger d'un visage aimé

par souci d'équilibre dans le poids des ombres
je serai là quand même
avec ou sans vie
dans les feuilles de fête que tu auras revêtues
je pencherai le cou pour boire
animé du désir secret de ressembler aux animaux

après quelques exercices de passage d'un monde à l'autre
je m'agenouillerai pour regarder le plus bas possible
et je clamerai que je me détache vers ta main
feuille de fête je viens de toi et j'envisage de vivre

par tes fils sensibles
je module de fruit en fruit l'ondulation d'épices
par tes fils sensibles je me redresse au bout du temps
les reins creusés en forme de bouche
né d'une dune dévalée
puis repliée sur elle même comme un mouchoir de sable
moi le lieu où se fige la lumière
moi l'angle du rire
je suis l'île rouge aux extrémités bleues
moi relevé de terre et de mer par les doigts du mal
tressés dans les miens
j'ai dansé avec les ombres du jardin d'en-bas

avec ou sans vie
comme disent les brindilles

moi traîné par les cordes
attaché aux cheveux qui sifflaient
suspendu aux lustres
par tes fils sensibles
suspendu aux lustres
comme à des enfants qu'il faudrait décrocher du ciel
feuille de fête je viens de toi et je me détache vers ta main

22-12-2004

-- Encore un coeur à transporter --



Je m'assieds là
et je ne sais pas si je me relèverai jamais
je fais des exercices immobiles
des mouvements invisibles pour les autres
où j'ouvre et ferme mes jambes
en très peu de temps
pour bondir voler nager
à tout moment
pour que toi tu t'aperçoives
de ma présence hésitante
pour que toi tu voies que tout oscille
la lune sur la balançoire
pour que toi

le tissu du monde est trop étroit
je respire de temps en temps seulement
pour que toi tu aies la place
de te glisser dans le lieu mort et vivant
entre les deux moitiés d'un souffle
pour que toi tu coures
pour que toi

pour que toi
je m'assied là
et la chaise me semble une personne
une sagesse qui pleure d'aimer sur quatre pieds
une immobilité à couver
un lieu large où respirer plus souvent
pour que toi pour que moi

même en ce lieu aux pièces arrangées pour nous
même en cette chambre de bougies et de murmures

quelque chose de pire que la peau nous serre ensemble
ce qui nous permet de renverser la tête en arrière
exactement au même moment
sous des cieux différents
pour que toi pour que moi
puissions boire à la même pluie

ta nuque me fait un peu mal
je voudrais tendre nos mains
manger ou boire quelqu'un qui nous ressemble
pour que moi pour que toi
je voudrais tendre nos mains vers nous
mais je ne sais pas pour recueillir quoi
quelqu'un peut-être
quelqu'un d'encore plus petit que nous
quelqu'un de si petit qu'il se poserait là
qui marcherait sur nous du début à la fin
qui se ferait une maison avec rien

je voudrais tendre nos mains et rencontrer la tienne
et je saurais alors
que tu m'aurais donné
encore un coeur à transporter

01-12-2004




-- Point de rencontre des envols dans une maison qui n'en pense pas
moins -



je cherche
je le cherche
je parcours les pièces qu'il a visitées
j'allume d'autres yeux
pour voir la trace exacte de sa position
la silhouette apparaît
je vois qu'il a tourné la poignée
rapidement
comme s'il avait voulu faire une surprise à la porte

une lettre
une lettre pour moi
dans l'autre pièce
j'y suis déjà
un bout de papier par terre
les quatre coins sont coupés
je m'approche du papier rond
je vois qu'il a tourné la feuille
dans l'autre sens

l'encre est imprimée sur le sol

un miroir
il me faut un miroir pour lire
je détache une fenêtre
j'enlève les quatre coins
je nettoie les reflets qui restent
enfin je peux comprendre les mots
la lettre commence par
je cherche
je te cherche
je parcours les pièces que tu as visitées

décidément
mais je veux bien sourire
au moins on est d'accord

avec mon doigt
j'écris sur la fenêtre
je la pose par terre
exactement sur la lettre
mon message s'imprimera sur le sol
à travers elle
ainsi mes mots seront visibles
par tout ce qui vole

07-10-2004





--Détail des autorisations de zone --



1. Jambes parallèles.

au delà de vous
le mur de rayons
plus beaux que le soleil
-qui a besoin du soleil ?-

vous présenterez vos jambes
dans les emplacements prévus
pour la présélection

si vous avez couru longtemps
si vous aimez trop le vent sur votre corps
vos chances diminuent
pour le concours
d'immobilité


2. Formulaire E432x.

chaque jour
à l'heure où tous les autres arrêtent leur travail
pour prier
et supplier que le ciel soit nettoyé des étoiles
-qui a besoin d'étoiles ?-
ils courent pour se retrouver

mains appuyées sur les tessons
je dénoue délicatement
les papillons rouillés
qui m'empêchent de te voir

en prenant bien soin
chacun d'un côté
de ne pas déchirer la feuille
tu me passes je signe
le formulaire à remplir
et présenter aux autorités
pour s'évader


3. Akademgorok, couloir 5.

des véhicules se croisent
à leur bord
les hommes modifiés
comparent leurs nouvelles vies
tâtent leur corps sans eau
- qui a besoin d'eau ?-

on organise des jeux
le gagnant sera celui qui mémorise le mieux
le code des alertes

j'écoute les sirènes
les légendes prétendent
que nos ancètres aimaient crier
eux-mêmes

07-10-2004


-- Front de mer --


Ça commence comme la bande originale d'un film des années 60.
On imagine des bras nus aux portières, des microclimats tout prêts
dans la boîte à gants, des traces de rouge à lèvres jusque sur le capot.
On s'appelle Marcello et Sophia, depuis ce matin seulement. Et pour
toujours.

On entend à peine les petits cris. D'abord, on regarde par la fenêtre
pourvérifier si le sol est toujours plat. Si rien ne s'est soulevé ou
effondrésur quelque chose de vivant.

On hausse les épaules. On revient à la route. On sort encore plus
le bras. J'aimerais qu'un seul front de mer puisse faire le tour de
toute l'Italie, dit Sophia. Marcello fouille dans la boîte à gants.
Tiens, des pastilles de brume, certains sentiments n'aiment pas
la lumière crue. Le rire prolongé de Sophia couvre la seconde vague
de petits cris.

Mais Marcello commence à sentir les irrégularités du sol. Sophia
renverse la tête en arrière, parce qu'elle sait que ce geste le
bouleverse.
Sa tête ne revient pas dans sa position normale.
Quelque chose court sur le toit.

Soudain, on voit les gens, les milliers de gens, se mettre à courir sur
la plage, sur le front de mer, en criant eux aussi. Ils pointent tous
leurs doigts dans la même direction.

Quelque chose continue à courir sur le toit et la route se soulève,
puis retombe lourdement sous les roues, puis une fois encore, puis
une autre.

Enfin, ils aperçoivent les milliers d'animaux, qui courent eux aussi,
derrière eux, à côté d'eux, sur leur toit, sur la route partout. Des
souris,des chats, des chiens, et même des animaux de forêts qu'on n'avait
encore jamais vus dans les villes, de mémoire d'homme. Il semble que
même les arbres et les massifs de fleurs vont se mettre à fuir.

Un grand nombre d'êtres vivants se sont déjà jetés dans la mer quand
Marcello arrête la voiture.
Ils ont décidé de se retourner ensemble, d'un même mouvement, en se
tenant la main, pour savoir enfin ce qui avance vers eux et vers tous
les autres depuis l'intérieur des terres.

06-10-2004

Accueil Qui suis-je ?

Poèmes Nouvelles Forum LiensyLivre d'or

Page de l'Autre

AvantAprès

M'écrire

Fond de page : "HiTile5",

une aquarelle peinte à la main de chez BrownieLocks :