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Poèmes

pour voler debout

Avant/Après 2003

Avant

"Une tendre chiquenaude
Et l'étoile
Qui se balançait sans prendre garde
Au bout d'un fil trop ténu de lumière
Tombe dans l'eau et fait des ronds"

Hector de Saint-Denys Garneau - Regards et jeux dans l'espace.

-- Arènes --

(série de 22 textes)

"L'Entité lui avait dit que le temps s'était arrêté, là-bas, pendant qu'il était ici. Mais son corps continuait à vivre normalement"
(Frederic Brown, "Arène", 1967)



-- Arènes --

1. La diagonale du rite

toujours mettre en place
la poitrine la plus courbe
au-dessus du visage le moins diurne

puis tracer
la chorégraphie carrée
au milieu d'un cercle
de respirations brutales

bel écrasement de mufles
en sorcellerie secrète

poussières dans les yeux
puiser dans sa sérénité
pour agrandir l'espace
en mosaïques
de fééries fragmentées

et transformer
en souffle d'amour
l'arène soudée aux épaules

22-11-2003

-- Arènes --

2. J'ai mis aussi longtemps qu'un arbre.


sans lâcher la terre
je me suis approché du ciel

collé au tronc
voyageur moins que feuille
je suis monté
accordé au mouvement lent
j'ai tiré mes propres bras
avec ceux de l'autre

sans quitter l'impatience
j'ai mis aussi longtemps qu'un arbre

et je suis arrivé
là où le temps devient fluide
il n'y avait plus d'arbre
et l'arbre m'a appris
à pratiquer l'instant

22-11-2003

-- Arènes --

3. Eaux de vaisselle


la plongée
n'est pas écrite
sur les fonds marins
ni dans les vagues de l'évier

quelques divinités en poche
c'est à mon tour
de nettoyer la table
avec mon corps en cloche de Notre Dame

tu as laissé
quelques traces de chansons
impacts sur la mer

et ce soir
grâce à l'ombre de nos mains tendues
pour rattraper les assiettes
on croirait presque
que la fenêtre est quelqu'un d'autre
venu s'ajouter à nous

22-11-2003

-- Arènes--

      
  4. Liesses longitudinales.

       
        Traits d'amour
        lignes de douleur divisées en deux
        la montagne s'écarte pour laisser le passage
        à la caravane
        impalpable

        chargés de nouveautés antiques
        nous brillons de soleils qui s'échangent
        et portons sur notre dos
        le sol qui se refuse à nos pieds

        montagne comme la mer
        s'ouvre quand on la pousse
        lourdes portes  deux ailes de papillon rouge
        nous arpentons le corps précis
        allongé sous les repères du ciel

        mer muée
        un sommet chavire
       
        comme la mer la montagne 
        lignes de chevet  salamandre obscurcie 
        redresse tes couleurs souffle un meilleur feu
        et laisse la lave rêver
        de son pays solide       
        île parmi les plis
       
                27-11-2003                                        

-- Arènes--

       
5. L'orchestre du train distrait.


      L'orchestre roulait
      sans protection 
      à même le rail
     
      plus léger sans les vaches     
      disparues depuis longtemps
      le paysage adoucissait les notes

      de temps en temps la fanfare freinait
      s'arrêtait pour laisser monter un homme
      tout neuf mais qui savait déjà
      mêler la musique au fer et au feu
     
      et le vieux train repartait
      c˙ur lancé dans la vapeur
      avec sa cargaison de chocs mélodieux
      sans se rendre compte qu'il avait oublié
      ses fenêtres dans la gare
      et que sa musique ne voyait plus rien
     
      à cause de lui
      l'orchestre dut improviser
      tout un nouveau monde

            27-11-2003                                   

-- Arènes --                 

     
6.Fil de serres fluides


      il signe d'une boucle de buée
      lui
      que chaque matin enlève
      lui le moindre meuble de son atelier
     
      chair de chaudron
      j'atteins la porte
      je sors de vous
      stimuli froids
      ventres à jour

      il souffle
      les hanches des bulles  
      dans la vie du monde
     
      et le minimum à décrire
      de cette pulsion matérielle
      sources de bras aux ailes d'anges
      le plus infime à croire
      de ces présences aux sphères déterminées
      par le mouvement du coude
      serait le noyau de flamme neutre
      le centre de tous les points
      où verre sable et mains se rencontrent

      puis viennent les gestes brefs
      les ordres donnés par le cou des oiseaux
      poussent les ailes de chaleur
      et le verre pépie
     
      sans hâte
      il modèle l'aigle doux
      le fil aux serres fluides
      rougeoyant d'envergure

      et grâce à son sourire devant l'˙uvre
      un violoncelle s'expatrie de son torse trempé
      les plus lointains peuvent s'embrasser
      tant que le verre est un corps chaud qui tombe encore

                                                                                    27-11-2003

- Arènes --

      
  7.Petit guide pour la possession d'une oreille amovible.


        posée contre les rails
        ou bien sur soi de chaque côté
        l'oreille avance
        j'imprime sur le fer porté au rouge
        le goût de la fraîcheur
        baisers au train qui s'approche

        soucis des trajectoires
        je règle la tendresse de l'écoute
        visage face à ce qui vient 
        de plus haut ou bien vers lui de chaque côté
        le grondement nu du mouvement des peuples

        cheveux tendus de gare à gare
        la vie boit des litres de doutes
        et ma tête se recolle
        quelque part entre Dallas et son envers
        j'ouvre le guide pour savoir à quoi ressembler
        après toutes les soifs qui ont lentement séché
        entre deux temps
        comme des feuilles qu'on laisse infuser
        contre sa propre peau
       
        ou bien les peuples sont silencieux
        et c'est simplement moi qui pose
        pour la photo de la chorale
        dont je fais partie sans en être tout à fait sûr
        pendant que j'embrasse la voie je tiens un petit objet
        à l'usage différent ou bien pareil de chaque côté
        mais qui en tout cas
        nous aurait tous deux appartenu
        
        et
        posée contre les rails
        c'est l'oreille qui chante
       
                                                                      
01-12-2003

-- Arènes--

       
8. Allée garance bordée de quantité d'arbres Véronèse.

        je suis sorti de Dieu
        en plein pourparler des orgues
        sa porte donnait sur une allée garance bordée d'arbres
        entre les géants volait un violon presque humain
        qui portait de minute en minute
        les messages du petit vers l'immense
        et leurs retours sous formes de feuilles
        qui tombaient en prenant les couleurs des vitraux
        qui tombaient en couvrant les cheveux

        dans la longue allée aux arbres Véronèse
        j'ai aperçu la voix qui tenait toute l'église debout
        j'aurais cru qu'elle se trouvait dedans
        bien au centre tenant les voûtes dans sa paume
        distribuant les tensions et les sérénités de la pierre
        la porte de Dieu fermait mal   
        et j'ai pu deviner grâce à la foi qui filtrait
        pourquoi la voix se tenait à l'écart pour bâtir la musique
        tout comme l'esprit de la forêt peut se trouver partout
        tout comme la main se tend dans un sens ou dans l'autre
        pour échapper aux définitions et à la lumière crue
       
        la voix souriait
        drapée dans une longue robe rouge et verte
        cousue par délicatesse
        dans les mêmes tons que l'arbre et l'allée
        et c'est là
        dans l'ombre de l'église
        que j'ai le mieux chanté

                 01-12-2003                                       

-- Arènes --

       
9. Le jeu de la première empreinte

       
        je me demande tu te demandes
        en quel temps et quel lieu nous sommes
        et ce qui peut bien pousser à cette époque

        quelques pas dans le salon
        quelques rêves rêvés en tenant le vase
        pour étudier la géologie des empreintes
        permet de savoir à quelle version de soi
        offrir les fleurs en rentrant par surprise
        après une longue journée sans eau

        tu te demandes je me demande
        si vous voyiez à présent la scène
        vous apercevriez deux silhouettes
        murmures d'ombres et de soleil
        jouant au jeu de la première empreinte
        marchant l'une vers l'autre sur la pointe des pieds
        discutant à l'infini du premier geste et de sa profondeur d'eau
        chacune un bouquet de fleurs à la main
        chacune un vase dans l'autre   
       
                                                                              
01-12-2003

-- Arènes--

       
10. Le feu qui poussait sous la terre --


        Un jour le feu s'appellerait comme moi
        j'aimais déjà sa façon d'avoir percé la surface
        et de chauffer les hommes par leurs racines    
        par les commencements souples de leur vie
        et par les rêves qu'ils avaient égarés en route
       
        quelque chose faisait mal
        au loin au creux dans la misère de soi
        et ce mal était délicieux
        diffusé dans la peau par l'ange de profondeur
        le feu était vivant et son cri guérissait

        sans modifier le monde il cuisait la douleur
        la servait par surprise en élans ronds de calme
        en regards levés vers quelque chose qui met toute une vie
        pour s'approcher
        il emplissait l'air de fruits rouges et de morsures vivantes
        celles que l'on partage une seule fois
        le tout dernier soir du tout dernier été
        de son enfance

        j'aimais le feu d'avoir compris mes jambes
        qui pendaient au bord du monde
        et mon désir secret de sauter et d'étendre les bras
        je l'aimais de bien vouloir chérir
        mon début d'ombre
        tout en choyant mes soleils
        je le couvais de mes mains froides
        l'aggripais par mes côtes et par mon flanc
        le faisais mien et l'attisais en le serrant
        avec mes bras lancés vers lui
        comme s'ils étaient venus d'encore bien plus loin que moi

        quelque chose faisait mal
        au plus près dans le ventre de gloire
        et ce mal était familier
        sorti du corps  rendu visible
        le feu était patient et son cri savait tout
        
        pour nous rapprocher de lui
        le sol s'émiettait sous nos pieds
        et avec attention
        très lentement  comme une visée
        la petite part de nous capable d'extase et d'alliance
        s'acoquinait avec le simple
        puis se dirigeait vers le feu qui poussait sous la terre
        pendant que lui
        remontait à notre rencontre
       
                                                                              
04-12-2003

-- Arènes --

     
11. Ville aux voiles vivants

      La ville fourmille d'agents secrets
      descendus le long de lianes
      ou de rideaux tenus par des mains
      qui se cachent derrière d'autres rideaux
      de couleurs différentes pour ne pas les confondre
      et risquer de tomber vers le haut

      ma rive ta rive le fleuve mélange ses courants
      personne ne saura vers où chercher la mer
      ni comment rêver d'un autre endroit où vivre
      que ces quais de bordures familières
      où l'on vient parfois ensemble se hisser sur la pointe des pieds
      pour en savoir un peu plus

      ta rive ma rive chacun se met à courir d'un côté
      portant des liasses de renseignements
      que le temps modifie à la volée
      en écrivant lui-même sans ralentir notre mouvement
     
      chaque oiseau de la ville posséde son langage
      et se rend dans des arbres de rendez-vous
      marqués à l'avance d'une plume un peu plus claire
      en plein milieu du carrefour le plus fréquenté
      pour rejoindre l'autre son semblable qui sautille

      les oiseaux venus du fond du fleuve
      ma rive ta rive après avoir bien regardé autour d'eux
      si personne ne court tout en les regardant
      rentrent dans le creux de l'arbre
      une cagoule en feuilles passés autour de la tête
      on dit que c'est là que se fabrique la pluie
      ce qu'ils se racontent nul ne peut le savoir
      on aperçoit seulement 
      quelque chose qui bouge au creux d'un arbre

      et en se concentrant sur eux sans cesser de courir
      on est sur le point de savoir
      ta rive ma rive où va le fleuve et d'où tombe la pluie
      on est au bord de devenir à son tour
      agent secret de la ville aux voiles vivants
     
      05-12-2003                                         


-- Arènes --

12. Beaucoup d'anges et peu d'ombres sur le sol.


celui qui vole est lourd
des filets d'air portent les mots venus du sol
que des rainures évacuent sur les flancs
buées passées d'un gouffre à l'autre
réparties selon le langage à souffler

ch˙ur inéquitable
dans la chapelle aérienne aux pierres écrasées
par le jeu des pieds qui suivent la musique
celui qui vole se dévêt des toits
et prend appui sur les bras qui l'entourent

la terre s'égrène sous la masse
quelque chose pèse et s'enlise de joie
par la danse même
la vie prend poids
en bas dans les chambres
on éteindra tard ce soir encore
quelque chose aura peur d'autre chose
et on jouera à qui emmène qui

et nul endroit de paix dans tout l'univers
mille lieux de fractions d'ailes
frottées sur le monde
avec simplement quelques centimètres de tissu
et quelques mots à tenir dans la main
pour ne pas tomber
des épaules des quelques uns qui croient

celui qui vole prend froid
de haut en bas on en sourit
un peu ivres d'avaler la lumière
les gens remarquent l'absence de son ombre
et viennent avec des craies
dessiner une silhouette
à chaque endroit où il n'est pas passé

11-12-2003


-- Arènes --

13. Le manteau qui allait avec tout.


je ne savais pas en quoi il était fait
même en changeant de place
il semblait toujours venir d'à-coté
en tout cas ni du matin ni du midi ni du soir

quelque chose d'aimable dans sa texture
montrait qu'il avait été porté avant moi
par quelqu'un d'heureux

il ne protégeait ni du chaud ni du froid
il ne me protégeait même pas de moi
personne ne venait à ma rencontre
pour m'assurer dire qu'il m'allait bien
ou au contraire que j'aurais dû me changer

je ne savais même pas si je l'avais mis au bon endroit
ou dans le bon sens
comme lui
à son contact
je n'avais plus ni haut ni bas

il fallait lui construire des portes spéciales
pour qu'il puisse entrer dans la maison
et lui aménager des horaires de mystère
pour qu'il se plaise avec moi

et moi et le manteau qui allait avec tout
on a décidé d'aller s'habiller en ville
en s'essayant à tour de rôle

11-12-2003



-- Arènes --

14. Aube sans fil.


autorisé à posséder un style
grâce à la nuit qui penche l'homme en italique
lui donne des boucles s'il veut
il marche
un pas sur deux dans le vide
il pose une corniche là où la route est large
arrive quelque part
au sud d'une montre de Dali

village de pêcheurs
disparu sous la mousse
du grand nettoyage
qui le rendra blanc
inaudible

il pose le téléphone sur un rocher
tiens la vie c'est pour toi
ne quitte pas
pendant qu'il reste un peu de lumière suffisamment douce
pour ne pas t'immobiliser tout à fait

oreilles de pierre
blanc le ciel blanc le pont
l'homme s'incline en cursive
comme pour saluer la mer

ligne de lettres lancées
j'appelle les plages par leur nom
je les voir venir
s'approcher
flairer l'intérieur des terres
lentement
je les ramène toutes à la surface

l'homme entend allô
il s'évase en majuscules
fait de la place pour tout ce qui pourrait rentrer
c'est le rocher qui répond
maintenant
il peut lui dire
comment s'appelle l'ensemble du lieu


15-12-2003


--Arènes --

15. La grange aux voix volées


elles sont toutes là
les unes encore allongées dans le foin
liées ensemble
pour arriver à former un seul mot
les autres déjà debout comme sur des pattes frèles

celles-là ont oublié le jour
où elles ont été déchargées à la fourche
elles se souviennent juste des paysans sans graines
d'un moteur qui tournait encore
bien après l'arrêt
la sensation d'un pneu passé autour de la tête
et d'un peu de soleil mélangé à la boue

elles sont toutes là elles marchent
d'un bout à l'autre de la grange
dissimulent leurs petits dans les coins
et le soir
quand la porte se referme
les voix volées se déplient jusque dans la terre

16-12-2003


-- Arènes --

16. Elle a renversé un coeur sur sa robe


elle a renversé un coeur sur sa robe
une ombre roulée en parchemin de cil
un souffle en creux d'herbe
juste pour voir
si l'humus sait danser

papillons dans la terre
les hommes
ces corps qui arrivent de demain
ont du mal
à suivre les plis de leurs bouches
je veux dire la mienne
qui les précède toutes
de quelques instants

ces poitrines sans brouillard
avancent de quelques feuilles
ravissent deux ou trois gouttes
à des empires suspendus
sous de grandes colonnes d'eau

quelques petites courses à faire
vider les troncs de leur mort
je veux dire la mienne
tourner tourner
dans le sens des aiguilles du ventre
et inversement
puis laver a grand feu les rails des oiseaux

moi
infime géant
j'ouvre la lumière
par le petit bout

elle
elle pousse sur le balcon
au bout de la pièce
elle hoche la tête
je veux dire la mienne
essuyée d'étincelles
depuis qu'elle a renversé
un coeur sur sa robe


29-03-2001/16-12-2003


-- Arènes--

17. La reine des bateaux sauvages.


personne ne venait ici pour le plaisir
surtout le soir
c'était un pays de suie
évité par les oiseaux
une mer sale qu'on essuie sur son front
un monde d'industries et de phares de voiture
qui s'éloignent toujours et ne s'approchent jamais

trois éclairs
des carcasses s'illuminent
je referme la pluie sur moi
comme on remonte un drap

en face des torchères
des chants résonnaient
je marche vers eux je les cherche
sans courir
au contraire j'avance de plus en plus lentement
comme si j'avais peur de trouver

trois éclairs
des voiles blanches surgies de nulle part
je suis toute une flotte et j'ai presque trois siècles

sur la plage
drapées dans un même manteau immense
trois silhouettes immobiles
comme trois mâts
une enfant une femme une vieille dame
procédaient à un rituel
fait de chants de bras mêlés et de regards brillants
une sorte de blues gelé et brûlé à la fois
d'invocation à boire le bleu nuit

trois éclairs et à leur proue
la reine des bateaux sauvages
longue dame aux vagues brunes
revenait déjà dans son pays noirci
et l'éclat en fuseau des torchères mouillées
l'entourait
comme un fourreau d'élégante

16-12-2003


-- Arènes--

18. Prière des pattes.




il écarte les feuilles
les brindilles
et tout ce qui empêche de voir
les pattes

il les rassemble
pour former des signes
avec elles

petites
sèches
pliées
ou longues
qui continuent de bouger
toutes sortes de pattes
plus intéressantes encore
que les traces qu'elles ont laissées

il allume des feux
parallèles aux signes
et lève les mains
pour appeler

le ciel n'est pas haut
il est profond
disent les esprits qui tournent en l'air
il n'est pas léger
mais épais
il faut comprendre la sorte de joie
qu'on éprouve en plongeant
pour savoir pourquoi ils regardent
les signes

venez vous poser ici
venez respirer notre air
faire quelques pas
et toucher les pattes
avec les vôtres
peut-être changeront-elles de forme
ou bien ce sera vous

mais peu importe
du moment que quelqu'un veut bien
se pencher et faire entendre
ce bruit familier
des feuilles et brindilles qu'on écarte
pour continuer
la prière des pattes

26-12-2003


--Arènes--

19. Soleil lourd, algues sous la porte.


combien de repas par jour
vagissent dans les ventres ?

disait l'inscription mystérieuse
trouvée dans un immeuble
fraîche
malgré l'armée de scientifiques
qui l'étudiaient
pour comprendre
quelle civilisation interne
avait vécu là

sous un soleil lourd
qui brillait
uniquement dans la cage d'escalier
ils montaient et descendaient les marches
sans leur faire mal
ouvraient les portes des îles
de deux ou trois pièces
éteignaient et rallumaient l'interrupteur
pour nourrir leur pensée

à la fin de la journée
quand ils étaient partis
les enfants relâchaient les vagues
pour qu'elles puissent se détendre
dans l'escalier

puis ils faisaient passer sous leurs portes
des algues qui riaient
pour se prévenir les uns les autres
qu'ils pouvaient ressortir
pour écrire sur le mur
l'énigme du jour suivant

26-12-2003



-- Arènes --

20. Gong bien élevé et mécanique de chaleur.


je dois rouler
réparer de mon cercle en mouvement
la grande horloge
où habitent
tous ceux qui sont peut-être moi

chaque partie du corps se souvient
de qui elle est et de qui sont les autres
tête et pieds pas trop éloignés
pour pouvoir à tout moment
reformer le tout

avec ces autres que je suis
jeter nos heures au feu
pour en resoirer l'air

que brûle le sang du levier
il me soulève et m'inclut
dans les minuscules objets intacts
qui protègent les univers emboutis

gong bien élevé
serti à vous
pour me sonner
il faut me laver de passé
et m'enduire de futur
tout en tournant autour de l'ensemble formé
pour passer de musique en chair
et de mécanismes en roues vivantes


26-12-2003


-- Arènes --

21. Cette ancre de sable lourd.


nous avions bien dit
les cornes toujours au-dessus
de la poussière
et non l'inverse

c'était une des deux seules idées
que j'avais sur la vie
l'autre était
de maintenir la position
des sabots du futur

pour rien
pour la seule pureté du geste
chevilles intactes
simple muleta du corps
entré dans l'arène

la joie des mains
en lanières
grandes ouvertes
comme la gueule des fleurs
lancées des gradins

bravos pour la robe longue
aux plis insatisfaits

et ce qui pèse sur mes yeux
je le garde
pour marcher sur le sentier sec

maintenu par les cheveux
face à la bête

attaché à la terre
par cette ancre de sable lourd
qui a gardé
toute la pluie en elle

29-12-2003

-- Arènes --


22. Ferry de temps à temps.


disposés le long du port
on jouait à deviner le nom des bateaux
on riait
les yeux derrière des journaux troués
toujours datés du même jour
le seul de notre existence
où on était venu nous demander notre avis

loin les uns des autres
mais joints par la pluie
on regardait par dessus les trottoirs
pour essayer de connaître
les habitudes de la lumière

à quelle heure elle sortait
comment elle était habillée
si elle avait de quoi naître

on admirait sur l'embarcadère
sa silhouette
plus haute que les autres
et on se demandait
quelle époque elle avait choisie
pour s'être voulue si grande

sur quelle île nous allions construire
cette maison de secondes et d'années
à éprouver la sensation
de dévisser et revisser une ampoule
à l'intérieur
du ferry de temps à temps

29-12-2003


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Fond de page : "HiTile5",

une aquarelle peinte à la main de chez BrownieLocks :