L'enfant à l'envers


Au temps des photos noir et blanc, t'avais déjà la tête à l'envers, p'tit gars. Tu balançais si fort tes perceptions d'autour.

Moi j'voulais pas jouer au cochon pendu des balançoires, déjà.
Le sang, moi c'est réparti au plus juste qu'il m'a toujours mieux réchauffé.
Toi, t'aimais quand il te battait les tempes. C'est pas que t'étais bien à tout sentir dans ta tête, je sais. T'en avais besoin pour oublier de vivre
là où tu voulais pas, je crois.

Des sensations d'envers même avant que tu t'mettes à reluquer sous leurs jupes. A leur mettre les sens à l'envers, aussi.

Tu m'as toujours intriguée p'tit frère. Toujours j'ai veillé, de loin, en loin.
Avec bienveillance. Je savais que t'étais l'enfant à l'envers. J't'ai jamais cent pour cent compris ; tes dérives de sentiments, tes dérapages sur le bitume, tes motos, tes voyous. Tes excès, peur pour toi.
Mais je t'aimais à sang pour sang.

Pourquoi tu m'as rien dit, p'tit frère ? Tu nous as joué un tour de cochon,
hier... en t'balançant au bout d'une corde les pieds en bas.

Ludovic Kaspar, France.



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