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Poèmes

pour voler debout

Avant/Après 2003

Avant

"Une tendre chiquenaude
Et l'étoile
Qui se balançait sans prendre garde
Au bout d'un fil trop ténu de lumière
Tombe dans l'eau et fait des ronds"

Hector de Saint-Denys Garneau - Regards et jeux dans l'espace.

Juin-octobre 2004

-- Ce qui se passerait si la craie venait à manquer--


Vous avez tracé des cercles de craie autour de vous. Penchés, ramassés,
comme pour cueillir une touffe d'herbe herbe très difficile à extraire.
Vous la tirez. Elle vous tire.

Vous avez tracé des cercles qui tiennent les paupières.
Ne pas dormir. Ne pas laisser entrer la mélodie terrible et belle du
pays.
Vous écoutez la voix bien placée, les syllabes calmes. Pas plus de
quelques mots qui disent qu'il faudra bientôt rentrer à cause de la
pluie.
Rien de plus qu'une invitation à s'asseoir un peu.

si la chanson revient
elle ne partira plus
vous l'écoutez
elle vous écoute
elle sort sur le seuil
et prononce quelques mots
il pleut il faudra bientôt rentrer
on ira s'asseoir quelques minutes
pour voir quoi je te demande
tu me réponds c'est juste pour écouter

Vous avez tracé des cercles mais pas partout.
Mais ne vous inquiétez pas. Rien ne devrait bondir sur vous.
Rien ne devrait venir griffer vos visages.

tapies dans la nuit
les bêtes de musique
donnent une fête en votre honneur
et jouent à ce qui se passerait
si les paupières tremblaient
juste un peu
vous la mangez
elles vous mange
la mélodie terrible et belle
du pays

La fête est connue de tous, la maison se remplit. Elle se remplit d'eau
et de notes.
Les bêtes continuent à jouer et la poussière de craie qui vole fait
tousser
les enfants. Ça court dans tous les coins. On chevauche des balais, on
trace des cercles, on retourne des portraits. On piétine les ombres.
On rit beaucoup, jusque dans les coins des murs pour qu'il y en ait bien
partout.

Mais qu'est-ce qui brille si fort ? Il fait nuit. J'en suis sûr. On me
l'a dit.
J'aime la voix bien placée. Les syllabes calmes. On dirait que quelque
chose va bondir. Se retient. Sera encore plus fort à la prochaine
respiration.
Le seuil porté au rouge, à cause des pieds qui courent.

ce qui se passerait si
et qu'est ce qui tremble
loin dans le sol
je sais
j'ai tracé le cercle sur les côtés
mais j'ai oublié de dessiner
en haut et en bas
et on jouerait à quoi alors
avec toute cette pluie
ce qui se passerait si
quelques minutes s'asseoir
juste pour écouter
vous la voulez elle vous veut
terrible et belle
la chanson qui revient

Les rideaux bougeraient doucement, presque imperceptiblement. Ils
prendraient à tour de rôle la forme de quelques êtres aimés. Ils
bougeraient à peine. Ce ne serait pas un spectacle.
Juste une fenêtre qui s'ouvrirait toute seule.

Et ce qui viendrait alors vous transpercer serait si violent et doux à
la fois que vous saisiriez chacun un doigt de l'autre, en même temps,
sans réfléchir.


02-10-2004




-- Il ne manque --



il ne manque presque personne
la rue est même plus belle qu'avant
des immeubles ont été repeints
j'ai pris leur couleur
rouge comme la première pierre d'une usine

il manque encore une touche de pâleur
sur la gueule d'un sursaut
une crampe de visage pour réanimer l'ombre
la seule la vraie lumière du monde
celle qui ne se contente pas d'un éclat
celle qui demande qu'on s'approche et qu'on se touche
pour se rendre ensemble aux étages où la mer travaille
où toute l'humanité contenue dans une seule flaque
sert de fondations à notre ville

il manque à peine un son
une seule queue de musique à poser sur le chat
pour faire chanter la pierre d'un seul doigt replié
non
pas comme on frappe à une porte
plutôt comme on écoute le corps
d'un ami qui rêve

26-09-2004

-- Silhouette de glace rouge appuyée sur un oreiller de feu --


retenus
les emplacements sur le pont
tu te tiendras là et moi ici
il pleuvra des ogres
déjà

au moment où nous trouverons naturel
d'avoir un nez des bras des jambes
nous nous croiserons d'abord deux ou trois fois
par politesse
sans rien dire

déjà
silhouette de glace rouge
je multiplie les sauts
pour m'entraîner à aller et venir
le long des flammes qui descendent vers la mer
cette corde étrange tendue entre le pont et l'eau
c'est moi

on dit que le fleuve se lèvera un jour
exactement comme une personne
il paraît même qu'il aura la température du soleil
tu te tiendras ici et moi là

appuyée contre l'oreiller de feu
ma joue écoute
une partie de moi aimerait être prévenue
il paraît qu'on voit déjà à travers moi
et que je penche chaque jour un peu plus
vers la vie

25-08-2004


-- -- Soleil filtré à travers un linge --



il me reste encore quelques attitudes sereines
sourires aux jambes égales
cils qui se balancent au-dessus du vide

deux ou trois visages sur lesquels me pencher
auxquels confier amoureusement
le soin de m'emplir d'air
et de pourvoir à mon irrigation

encore quelques fruits
à faire pousser à même les fronts

encore quatre mains à tendre
et les créatures de leur ombres à nommer
d'une voix si forte
qu'elle se permet la douceur

j'ai d'autres temps à remonter
jusqu'à devenir mousse et lichen
puis simple cellule frangée de bras
se passant la nouvelle de leur venue au monde
comme un verre d'eau

sans compter les effets secondaires
dus à la vue du soleil
à travers les couleurs des habits
suspendus aux arbres

23-08-2004


"Deuxièmement, poursuivis-je, il n'y aura pas beaucoup de lumière. Il faut donc rester proche l'un de l'autre et prendre chacun une lampe"
- Roger Zelazny

Résidences

Vingt-troisième pièce

L'entrée des reflets d'yeux



Ici, on remplit par les yeux les corps des hommes vides.
Ici, on entre en composant des chiffres au hasard. Quatre, trois, deux, un seul, on s'appuie sur le nombre des yeux que l'on croit avoir.
On fixe un pied sous une autre tête, un bras sur un autre torse, jusqu'à ressembler soi-même à une clé aux bords irréguliers.

pour que le vent souffle
aille plus vite
rebondisse
sur les montagnes et les vallées de clé
c'est lui seul qui ouvre la porte

On médit du dehors, ce ciment de paysage aux couleurs artificielles, aux horizons mal fixés dont on aperçoit distinctement les fils. Une main les enlève une seule seconde trop tard. Le temps suffisant pour être
recouvert de rayons de rétine, d'écailles de clarté, de vitraux de cernes.

ainsi ton corps annonce sa présence
et fait un bruit de verre et de soleil
quand il se déplace

Je rebondis dans l'entrée des reflets d'yeux. Mes protections d'ombres et de paupières recouvrent à peine la matière étranglée versée en moi par mes yeux ouverts.
Des sacs sombres s'agitent dans les angles. J'espère que ce sont les morceaux des autres et pas les miens.

il vaut mieux que tu regardes l'escalier
la météo prévoit une éclaircie
vers le haut des marches

Je replie l'entrée, l'empile en feuilles , la déguise en reflets du dehors. Ceux qui rentreront ici sans s'être vidés n'y verront qu'une flaque un peu trop brillante, un miroir un peu trop expressif.
Puis je fais tourner la combinaison et je raconte une histoire aux chiffres pour qu'ils s'endorment sur leur lit pivotant.

j'espère que la clé
ne fait pas trop mal
et que l'entrée n'a pas trop mordu
les autres pièces

À part une éraflure de conscience, je suis entier.

22-08-2004

(à suivre...)


"Nous ne sommes pas comme du papier. Nous comprenons en chantant, en visitant les collines, les arbres et les trous d'eau". - Ivy Napangadi, femme kukatja du désert de l'Ouest, Australie.



-- Nakarra, Nakarra --




1. Seule, sa force.

manque le vent
je tourne sur moi même
tu disposes du moment
il ou elle versera l'eau
nous rions de la même chose
vous êtes bien peu pour un cercle
ils mesurent l'espace
elles possèdent le temps
manque le vent

dix bras se nouent
les uns aux autres
pour voler


2. Leur preuve d'amour

Ensemble ils voient tout
les moustiques aiment mourir
deux par deux sur le pare-brise

quelqu'un arrête la voiture
et peint
un seul coeur pour eux deux
sur le verre

ensemble ils voient tout
vingt pieds soulèvent la poussière
pour signaler l'emplacement
de leurs petites vies


3. Je n'ai pas de sang clos.


versez le prisme
les lignes saupoudrées presque au hasard
ta couleur exacte
file autour des ailes de l'avion
les prolonge
dessine une poudre d'homme
suspendue

chacun de nous
est le bagage de l'autre
versez le prisme
cent têtes regardent en l'air

ce qui se lève au décollage
c'est le sexe de l'esprit


4. L'éponge des ancètres


Un million d'années
pour tracer ce dessin

les chevilles cerclées
l'anneau inquiète
autant que ta beauté

les esprits noirs
se plaignent avec les esprits blancs
autour de quoi tourner ?

un million d'années
tu te seras trompé de très peu


5. Ce qui est soufflé vers l'avant.

Si tu savais
comme je sens le vent
maintenant

nous roulons devant nous
des buissons brûlants
auxquels s'accrochent
des milliards de lumières fraîches

pour dormir
nous nous enroulons
dans ce souffle

si tu savais
comme je rêve mieux de toi
depuis


6. Participe futur.

Il est intolérable de vivre
une goutte sur ta nuque
en rejoint d'autres

il faut s'asseoir un moment
sur la pierre
pour conserver une forme

fermer les yeux
et courir dans sa tête
de feuille en feuille
l'un vers l'autre
il est intolérable de vivre
autour de deux arbres
légèrement éloignés


7. Étreinte à sept niveaux.


Chaque oreille boit
notre folklore
est fait d'une seule chanson
chantée plus ou moins haut

chaque oreille
écarte une bouche
qui souffle vers une autre oreille

un seul caillou arrivé de l'ouest
-je le sens dans ta main-
porte déjà l'empreinte sonore
de la même chanson
déguisée en une autre
chaque oreille boit


8. Il n'y a qu'un dedans.

Saturne et ses anneaux
tes chevilles dans le ciel
viens

sans répondre à ma question
ce soir
viens
le regard insiste
fouille
viens
redevenus vivants
les volets sans morts pour les tenir
ne veulent pas se fermer
il n'y a pas de dehors
viens
sans répondre à ma question

lequel parmi ces mondes
est né de nous ?

27-07-2004

*********

Avec Matti Mudjidell Napanangka, dite "peintre aborigène", et sa
peinture "Nakarra, Nakarra", Marseille, la Vieille Charité, 27 juillet
2004. (expo d'elle et d'autres jusque début octobre, quartier du
Panier).



Ma sur adoptive veillera à détruire les idoles, à repousser les
prêtres et les dogmes, à remettre les aspirants sincères sur leur
chemin, devant la porte de la maison de toutes les lois
".
- Pierre Bordage, l'Évangile du serpent.

*********

-- J'ouvrirai, tu ouvriras --


J'ouvrirai la portière d'une voiture floue. Vous me ferez croire, liane
chérie entre toutes les lianes de la grande forêt, que le monde a bougé
et nous pas ou le contraire, en tout cas, pas lui et nous en même temps.
C'est un jeu, entre vous et moi, depuis bien avant les Khans, depuis
bien avant Pharaon. Mais il est beaucoup plus drôle à vos yeux depuis
qu'il existe des voitures. Elles semblent vous amusent tant. Vous
soutenez que certaines d'entre elles sourient.

Alors, pour vous faire plaisir et pour nourrir votre jeu, j'ouvrirai des
valises dans d'autres valises, elles-mêmes contenues dans des valises
plus grandes. Vous ouvrirez la dernière, et me passerez des steppes que
je déplierai sur le siège arrière, des taïgas peuplées d'êtres denses
aux grandes narines, qui sentent à des kilomètres, la présence du
moindre animal, même invisible.

La voiture ne sera pas tout à fait arrêtée mais nous monterons quand
même. Elle ouvrira ses portières comme des jambes adoucies par une envie
d'amour.
Nous dirons ensemble, par jeu, "chauffeur conduisez nous à un endroit
qui sonne juste quand on frappe son sol", capitale nécrosée, océan
vertical à escalader, traces de dents gigantesques dans la chair du
monde, baisers de baies et de criques. Peu importe. De toute façon, il
n'existe pas de chauffeur.

S'ouvriront au dessus de nous des grands chiffons noirs tournoyant dans
le ciel, des lignes de linges à demi-vivants que personne n'ose laver.
Par simple peur d'un sang lisible.
Nous ouvrirons chacun l'un des bras d'un chaman qui présentera un enfant
au soleil.
Il ouvrira les yeux et, en prenant de la vitesse, nous passerons sur un
corps qui dormait au milieu de la chaussée et qui nous en remerciera en
se retournant dans la route comme si elle était un drap.
Vos chevilles si délicates se feront lourdes, chère, vous frapperez le
sol comme si vous souhaitiez qu'il prenne feu, à force. Je comprendrai
que vous désirez marquer la terre d'un son particulier, d'une balise
destinée à guider les autres nous, plus tard. Vous ouvrirez les failles
en disposant vos pas aux endroits voulus.

Nous ouvrirons des dictionnaires, des cartes routières et des manuels de
conversation pour trouver s'il faut lui dire au chaman "viens" ou
"venez". C'est un point délicat. Il tient l'enfant, et lui seul peut
répondre audiblement. Toutefois , l'enfant est au-dessus de lui et donne
les gestes à traduire.

Des mélanges de plantes seront préparés, nous disposerons des
constellations vertes sur le capot brûlant. La voiture sourira. Vos
cheveux changeront de longueur, se tresseront en double hélice, votre
taille diminuera et augmentera plusieurs fois. Je vous mettrai une fois
de plus en garde, chère, contre ce phénomène dont vous raffolez, visible
de très loin, y compris par de mauvais yeux.

Liane chérie d'entre les lianes de la grande forêt, vous hausserez les
épaules en me rappelant qu'il y a bien longtemps que nous ouvrons
l'appétit des ombres.

Et comme pour vous donner raison, le soleil s'ourlera de visages sur
tout son tour.

20-07-2004



-- Simples serruriers du feu --



je ne sais pas porter la nuit d'une seule main
quand des formes inquiétantes et belles
qui ne sont ni fleurs ni feuilles ni fruits
viennent prolonger les branches

dans ce coin du jardin
avec pour seul entretien
l'ombre de nos pieds d'hier frottée sur l'herbe
je ne cherche plus à localiser mon coeur
ni à savoir ce qui peut bien briller là-haut

dans ce lieu entouré de tous les autres
-il y vit sûrement quelques familles indigènes
qui dansent une étoile sur le nez-
l'arbre creux se remplit de quelqu'un

simples serruriers du feu
nous n'avons pas de nom mystique ou ordinaire
ni de numéro d'ange à donner
à ce qui ne devrait pas marcher
mais vient pourtant de faire un pas

14-06-2004


"Ce qui est déjà mouillé ne craint pas la pluie"
- Proverbe grec

-- Même l'ombre de la pluie --


1.Avoir mal.

La poussée peut se manifester n'importe où. Dans ses propres reins, dans
une aiguille que l'ont tient à la main, dans une aiguille que l'on
plante dans ses propres reins, lors d'une scéance de magie noire dirigée
contre soi-même. Au confluent des deux, plusieurs choses peuvent avoir
mal ensemble. Tout peut avoir mal, même l'aiguille. Quelque chose peut
sortir de notre propre corps, une pluie brûlante, une averse rouge qui
peut faire mal aux objets que l'on croyait insensibles. Des pieds font
bouger tout cela, des pieds font bouger les objets posés sur nos têtes,
font bouger les télévisions en équilibre sur le crâne et pendant que
l'on danse, tous les pays du monde que montrent les reportages perchés
sur nos cheveux se mettent à trembler. Nous voudrions voir l'eau
s'infiltrer dans la poussière, nous voudrions nous souvenir de nos
visages enterrés. Nous voudrions même une seule goutte sensible.
Même l'ombre de la pluie.

Et des lézardes élargies sortent des animaux, des petits animaux de
pluie et de terre qu'on ne connaissait pas, qu'on ne voulait pas
connaître, qui n'avaient encore jamais vu le soleil. Ils prennent la
lumière dans leurs yeux comme une femme prend son homme en elle.

Même le geste de soulager peut avoir mal.


2. Les grains s'allongent.

La poussière vole sous les pieds. L'expression le dit, la poussière
vole. Quand ils rentreront chez eux, c'est ce qu'ils diront, ils diront
leurs pieds se sont mis à bouger et la poussière volait et le sol
tremblait.
C'est ce qu'ils diront en toussant, la poussière vole , ils espèrent que
la photo sera réussie quand même, malgré le fait qu'ils n'arrêtent pas
de tourner malgré eux, dans le sens inverse des grains et leurs corps
semblent s'arrondir pour ressembler aux parcelles de nuages qui eux-même
s'allongent pour ressembler aux corps.
Et tout ce bruit qui fait trembler la terre se rejoint à mi-chemin, ils
se demanderont en protégeant leurs appareils de leurs mains
transparentes, ils se demanderont comment des pieds si délicats et des
chevilles si fines peuvent-elles bien parvenir à faire vibrer le sol
jusque dans les os, et comment un simple geste peut-il faire si mal.
Comment une simple goutte peut-elle tout noyer. Et comment elle sait
ensuite tout ramener à la vie.
Même l'ombre de la pluie.

L'expression le dit, la poussière vole sous les pieds, mais on ne les
voit plus, ils sont recouverts de ces petits animaux qui n'avaient vu le
soleil et grimpent le long de notre peau trop claire parce qu'ils
croient que la lumière qui leur donne soif provient de notre corps.
Ils prennent des photos à la hâte, pour vendre la naissance d'un monde à
un autre monde en train de mourir.

Même la poussière peut fixer des images.


3. Appareils assoiffés.

Ils se demandent s'ils doivent nous tuer puisqu'ils ne peuvent pas
atteindre notre esprit. Ils multiplient les prises de vue pour mieux
nous mesurer, notre taille, notre poids, notre durée, notre chaleur. Ils
sont arrivés en conduisant des voitures et des maisons, ils ont dressés
une table sur lesquelles ils ont posé des dossiers à lire tout haut. Et
ils se sont assis autour de nous. ils nous parlé avec des masques et des
filtres à poussière et des lunettes qui rendent la vision floue pour ne
pas voir les chevilles fines qui dansent et soulèvent les grains qui se
ressemblent de plus en plus à force de s'entrechoquer, pour ne pas voir
les reins piqués d'aiguilles et les gestes qui ont mal, même ceux pour
soulager. La langue sèche, la langue de carton, la langue à moitié morte
se cambre vers le ciel, se courbe pour recevoir le plus de pluie
possible. Ils ont renforcés leurs corps avec des angles qui brillent,
ils ont construits des matières sourdes pour ne pas entendre le
frottement des saisons qui se courbent. Nous attendons le secours des
animaux qui viennent de l'intérieur du sol. Ils allument les chevilles
et les jambes comme des feux doués d'intelligence. Ils allument même le
dessous de la terre.
Même l'ombre de la pluie.

Et nous saisissons des louches, des moules à tarte et des casseroles
pour les faire entrer dedans, pour les tasser comme des pauvres dans une caravane, jusqu'à faire coller leurs corps aux parois. Plus personne ne bouge maintenant et pourtant la terre continue à danser et la poussière ne retombera pas et nous non plus, grain contre grain, nous aimons nous polir.

Même l'ombre de la pluie nous donne à boire.

09-06-2004

-- En traversant le fils du jardin --



des fois que ce quelqu'un vivrait là
mieux vaut se diviser
marcher et faire semblant de ne pas chercher
annoncer qu'on est mort d'une floraison trop sage
corps traversé par un arbre

des fois qu'on aurait un crayon sur soi
rubans qui flottent sur ses branches
le fils du jardin a les doigts entourés de papier
chargés de voeux que les autres écriront à genoux
en riant de leur concentration
et de la joie de se souvenir de nous
chapeaux rajustés qu'ils ne portent pas
n'importe quel geste fera l'affaire
des fois que au cas où si jamais
quelques yeux remontaient à la surface
pour respirer

des fois qu'il pleuve et qu'on se mette à fondre
on y vient avec des assistants
payés pour chanter sous un parapluie et distraire les autres
n'importe quel geste n'importe quelle voix
des fois que quelqu'un regarderait
au fond des yeux plus loin encore

puis on monte sur le pont
on y surplombe la rivière et ses dos qui nagent
-être seul à voir le fond et le cacher de son corps-
n'importe quel remous dans n'importe quel sens
n'importe quel accessoire adapté à la longueur des mains
des fois que ce quelqu'un apparaisse
on règle ses oreilles et sa vue
tout témoigne d'un mirage vrai
océan réduit aux dimensions de coeur
que l'on porte à son cou

au cas où si jamais des fois que
si le fils du jardin veut bien exister
dans l'éclat du noir et l'indifférence des couleurs
-toujours belles au fond du regard-
tout juste pourront-t-ils deviner bien plus tard
après la fille de la rivière après la fin du bruit des routes
là où l'océan se rétrécit
pour entrer en nous en passant par les arbres
tout juste pourront-ils déduire depuis le sommet du pont
que ce quelqu'un brille joliment


05-06-2004


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Fond de page : "HiTile5",

une aquarelle peinte à la main de chez BrownieLocks :