Poèmes pour voler debout

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fin juin à mi-juin 2002

AvantAprès


-- L'eau du lac était verte --


L'eau du lac était verte
et tu m'appelais
il devait y avoir un rapport
entre la couleur et le son

Si elle avait été bleue
tout serait resté muet
ou bien magenta et tout aurait crié
avec élégance et la distance qui sied
aux accidents de ce lieu
où on n'ouvre pas les corps
quand les bateaux pleins de nous se retournent
comme si c'était réglé d'avance
presque caressant

À cette seconde même
une enfant jouait du violon
et songeait à me dire au revoir
avant même que je songe à repartir
on dit toujours au revoir aux airs qui nous traversent
même quand ils commencent seulement

L'eau du lac était verte
Il reste de cet homme
un numéro de téléphone
à appeler comme on trempe ses mains dans le lac
bout de chiffres valeur qui varie sons du dedans
pieds à additionner aux pins et aux vagues
aux planches tièdes et aux notes de jazz
qui rendaient l'eau joignable
au moment même où ma pile est morte
de marquer le tempo

L'enfant dormait depuis longtemps
l'eau sombre avait rendu à la terre
les vies des bateaux

Ton souvenir assis dans mon oreille
me tenait éveillé
l'esprit des planches revenait vers la forêt
je caressais l'appareil
son absence de bruit serrée tout contre moi
somme toute on apprend à ne pas dire
comme on apprend à nager

L'eau du lac est verte et l'enfant dans la maison
sait que je vais revenir bientôt
que jai toujours été là
je suis comme elle rien ne me porte
et son violon continue à jouer tout seul
animé par toi

25-06-2002






-- Scéance chez l'hypnotiseur --


Vous dormez
vous renoncez au mouvement
vous déjugez la vie
elle ne tombe pas droit sur votre corps
il y a des plis des congères d'amour des serpents bleus
votre chambre est envahie de magie
vous ployez de bonheur
vous êtes le fourreau des couteaux de pluie
la vie est belle vous tendez votre bouche

Il émane de vous une odeur mitoyenne
la sienne l'unique celle qui prend racine
la vie est grave vous essayez d'autres temps
elle est un arbre vivant qui remonte
qui remonte au racines
d'un baiser dans votre tête qui vous prend qui vous mord
merveilleusement

Je ne sais pas ce qu'elle dit je dors
j'échappe aux flancs qui descendent
je brûle de chant sous mes paupières
feu qui prend par surprise
attitude des astres
vous la dessinez vous enseignez sa composition
vous tracez des soleils

Or safran vitre à lêcher marché aux pleurs
vous la crachez en pépins
vous la retrouvez sans vous elle rayonne elle prie le feu
allongé sur les braises vous n'avez pas mal
vous n'aurez plus jamais mal
vous avez une mission

Elle prie le feu la vie se propage elle en veut plus encore
elle prie le feu de l'emporter de la rendre de l'aimer mieux que vous

25-06-2002




-- Tout à côté des mers --


L'envie est là
nous y puisons en défaisant les carreaux
des continents s'éloignent
retombent des murs dans le seau avec le plâtre
et une partie de qui nous sommes

La mer est de l'autre côté du globe
avec nous sur le même monde en même temps
aimant bleu elle appelle
elle appelle les dos qui se joignent
pour former un regard plus grand

Je serai rive
je régnerai dans la profondeur
doux décrets en terrasses
grandes baies salées où poser les lèvres

Il y aura un endroit secret dans le jardin
juste dans l'axe de la mer
qui tourne avec nous sur le même monde en même temps
on n'y viendra que légers
en sautant sur un pied
pour dénicher l'envie
et chanter des mondes par petits carreaux

25-06-2002




-- Décisions prises sur l'ouvroir du sol --


La fête a dispersé le temps
sa grande famille d'épouvantails qui nous ont enlacés
déjà les toits des premières maisons réapparaissent

Au marcheur qui s'éloigne et ne distingue plus ses mains
le sol chante l'orage qui éclaircit le conte
ce qui s'est passé ailleurs et ce que peut ici
perle d'ombre enchâssée jusque dans les corps
cette terre a un nom et se dresse quand on l'appelle
elle revient avec le jour
où qu'ils soient ils vivent à l'intérieur d'elle

Au chanteur qui lit dans le silence
ce qui s'est passé hier et ce que peut demain
le sol dit les habits larges et légers qui tournoyaient
les regards vifs qui entouraient les lèvres
et les fronts pressés les uns contre les autres
socle serré où se lit toute l'histoire depuis la première pierre

On verse les derniers grains de fête
on s'élargit en se lisant encore un peu
il n'y a pas de fumée les vivants montent en panache
sans se dissiper sans croire à l'arrêt du mouvement
bientôt le soleil décidera de se joindre à nous
bientôt nous ouvrirons le sol


25-06-2002




-- S'abreuver de churs --


Des voix soulèvent d'autres voix
plus hautes à peine claires espacées
souffles d'intervalles notes appuyées au rocher
la fierté plus petite le temps nous aime ainsi

Le temps nous aime ainsi il nous tue de refrains
extirpés de nous surs plus claires appuyées l'une en l'autre
peuple de femmes qui chantent

Je suis revenue de la ville
avec le cahier des morts
je marche sur la rougeur de la terre
je porte un pays

Les bras se lèvent et protègent la vallée
les nouvelles sont rares un berger les rassemble
le geste décrit la merveille de ne rien avoir à soi
vivre entre les cordes de l'instrument
chorales des sentiers
villages à vider le temps

À flanc de churs
venir te boire

25-06-2002




-- Vigies végétales --


Je me rapproche du centre des feuilles.
Je longe le jardin en cercles de plus en plus petits.

Arrêt sur l'infime.

L'écoulement du voyage se traduit par un bruit
de lits de feuilles qui se versent les unes dans
les autres.

Averties, les vigies végétales favorisent mon
mouvement en calant sous mon corps des
brins et des troncs.

Porté de profondeur en profondeur, palier de
parcelles qui descendent, je parviens à rouler
jusqu'à la plus petite demeure.

25-06-2002




- Couleurs usuelles et ombres de fête --


Arrivé au rouge, je m'en veux d'avoir été blanc.

Dans une mimique de porte abîmée, je raccourcis
les éclairs qu m'ouvrent pour en faire des
couleurs usuelles, des objets de semaine qui
passent de main en main.

Déformé, je m'appuie sur mes larmes pour
construire un vivier sec, une cité d'angles
alertes, prêts à se lever pour remercier le
fouillis.

Ces ombres de fête, plus émouvantes que
tout ce qui brille, ces corps d'encres qui se
déplacent et répartissent des réservoirs roses
tout au long de la vie.


25-06-2002




-- Vol d'âmes et d'abîmes sur les genoux du ciel --


En exerçant le métier d'être vide
j'abonde de sentiments vrais

Sans chercher à distribuer les sièges
au peuple qui prie et à celui qui ne prie pas
j'entre dans les églises pour y scier les messes
les ouvrir d'arbres
folies vertes qui remontent jusqu'au roues du ciel

Prêtres des plages
gourmands de mouettes et d'astuces pour voler
vous me suivez des yeux
sans savoir s'il faut
me plonger dans l'eau
ou m'enfoncer dans le sable

La ligne d'eau sonne dans les curs
à l'heure où on échange les genoux
en se parlant d'âmes et d'abîmes

Je rampe dans la travée
comme un tout petit enfant qui s'apprête
à menacer le plomb

En m'efforçant de ne rien contenir
je me lève sans tomber de vous
et je reconstitue la rose

25-06-2002




-- Train --

Train aux couleurs changeantes.
Voyage bleu veiné d'or.

Train aux vitesses différentes selon les
wagons.
Lancement des autres vers les uns.

Je viens d'elle.
Je viens de cette pépinière d'amours inexactes
et belles de l'être.
Ligne fraîche et douce comme une caresse sur la joue,
la fratrie de fractures débrise les visages.

Le voyage est une camaraderie cambrée.
Une arrivée en provenance de soi.

Je te vois. Féérie de fatigue, tous mes poids s'annulent.
Je cherche des regrets pour maintenir le train à terre.

Tiroirs à te trouver, les compartiments te connaissent
sans te contenir,

Tu voyages, tu te souviens de moi, je défile sous tes yeux,
ma rue se prolonge, j'habite partout, banlieue d'échos, filière
fragile autour du reste du parcours.

Viennent les plis des rideaux blancs qui dansent dans les tunnels,
viennent les franges des feux que nous sommes.

Wagons des feuilles qui remontent en hiver, train des dos qui
n'ont pas mal, qui portent leurs lignes légères dans un sac de reflets.
Quai de présences montées en marche.

Train où on compte en pas de femme plutôt qu'en kilomètres.
Lunes liées comme des roues entre elles.


La campagne me traverse. J'ai des arbres et des rivières dans
mon corps.
J'ai des ponts pour m'annoncer devant.

Quelque chose me rejoint bien avant la gare.
Je descendrai à la station des sentiments sacrés,

22-06-2002




-- La prophétesse aux mêches navigables --


Mon bon monsieur
le bleu du ciel est si rouge
il n'entoure rien
il ne délimite pas les tranchées d'oracles
ni les sangles des saisons

Le flux et le reflux
se posent chacun sur une de mes épaules
je regarde la prophétesse de la plage
j'insiste en défaisant les jours d'avant
sans les détacher de leur trame

Il faudra vous vivre entier
l'éternité n'est pas veuve de guerre
rien n'est fermé que les yeux
mon bon monsieur
dit la gitane
en repoussant les cartes de la main

Accroupi entre deux grains
je la regarde en riant et lui réponds
Ici des curs ont couru
et sauté par dessus nous
puis nous nous sommes aperçus
que nous retombions avec eux

La gitane fait semblant de soupirer
et mélange plusieurs sables
pour créer sa réponse
mon bon monsieur
si vous comprenez
le tourbillon qui vous accompagne
que vais-je devenir ?

Elle coupe une mêche de ses cheveux
l'étire à la dimension d'un bateau
me la tend en offrande

Je navigue vers la lumière
sur un esquif noir

21-06-2002



-- Voyage pour se reconnaître --


Je n'aime pas ce qui est haut
je défais les drapeaux des sommets
et les repose dans les vallées
pour célébrer la conquète des fonds

Une bougie sur chaque pied
cire chaude des chevilles
le chemin s'éclaire
je me plante au plus bas

Je descends doucement
vers le simple chaud

Ange de pénombre
mes ailes encombrées de piolets
j'aime ce qui rampe et cogne contre la vie
les papillons qui trébuchent sur une nappe d'air
et viennent se reposer dans mes yeux qui te parlent
j'aime toutes les fleurs que je ne t'offre pas
et les pierres essoufflées qu'on lance vers soi

Je marche
les chandelles en terre
ressemblent à des sourires
frottés l'un contre l'autre
leurs reflets doux juste devant moi
quelques mètres à distinguer
et tout le reste du monde peut me surprendre
prendre ton visage
trembler comme moi

Une légère traction
la cordée me demande
à quoi je pense
je lui réponds en secouant le fil
de haut en bas

J'aime les épaules sur le point de renoncer
d'un soupir de tendresse
devant la porte plancher à ouvrir par dessous

Je n'aime pas ce qui est haut
je préfère ce qui est partout

21-06-2002



-
- Comment feindre de se déplacer hors de soi en musique --


Pratiquer une ouverture sur un être cher.
Le placer au milieu d'une plage, à la limite du sable sec et du sable
mouillé. Faire jouer une musique du bout du monde. Une musique si
lointaine que les gens qui l'écoutent se rappellent aussi de ce qui leur
est proche.
Si proche que les gens qui la jouent croient être nés tout à côté
de vous.

Louer quelques bateaux et faire inscrire sur leurs voiles des messages
de sagesse. En dissimuler les lettres pour susciter le désir de lire.

Attendre que le sable s'infiltre et que le chant s'incorpore. Attendre
que l'être cher soit granuleux et composé de l'autre autant que de
lui-même.
Tremper les instruments jusqu'à la menace. Tenter de ne pas s'enfuir
le long de leur cordes.
Prendre pour femme la ligne de flottaison.

Caresser les cheveux de l'être cher et reboucher doucement les plaintes
d'un monde apeuré de se connaître.

Ne plus attendre.
S'exercer à la mer. Creuser jusqu'à sa tendresse la plus sombre, croire
en ses courants les plus arides.
Porter à sa bouche des vagues dont on décide la dimension selon ce que
l'on veut ou peut dire.
User de ce chant pour rythmer les possibilités mobiles de ceux
qui restent à terre. Trépigner de conscience.

Poser chacun de ses pieds d'un côté du temps.
Ciseler son heure.
Croire en la solidité de l'eau.
Croire que l'on se déplace entre le ciel et l'eau et réciproquement
alors qu'on ne fait que choisir quel soi verra le soleil devenir bleu.


21-06-2002




-- Méharées marines --


Inaudibles.
Inaudibles les étranglements qui desserrent, envers des étouffements,
souffles qui grandissent.
Invisible la plage qui flambe dans l'enveloppe, discrets orages qui
marient les continents d'amour, qui les serrent et les soudent en
ciselures libres, en oiseaux de mers rares, en lames d'océans précieux,
gardés dans des boutiques de brasiers bleus.

L'esprit du lieu danse et sourit de vent.
Je me crois autre. Je pousse des portes d'hôtels, trace des lignes
entre ce que je suis et ce que je ne suis pas. J'étale des ports entre
nous, des grandes lignes d'eau froide et de pierre morte, des bâtiments
de secondes, fines comme des lunes savantes à travers lesquelles on se
verrait croître et diminuer.

Pendant ce temps, la crique respire. J'y ai vu des enfants de tous les
âges. J'y ai vu des temps s'accroupir. J'y ai vu des bateaux devenir
dieux de planches et d'écume, j'y ai vu des fauteuils clairs se dire
qu'ils pouvaient voler. J'y ai vu des enfers se rincer de naissance, des
vux sauter des haies de courants.

Créatures de bois et de sel, courbes gonflées de vagues, rainures pour
que les faux amis passent à travers et s'effilent jusqu'à la conscience,
interstices savants de nos embrasures qui clignotent, cur qui bat dans
l'eau.
J'y ai tout vu sauf moi.

Mais j'écoutais l'esprit en grains, la dune de grâce qui entourait nos
chevilles :
"Je voudrais des marécages utiles, des ombres qui se jettent dans la
mer, étincelles, je voudrais des étoiles profondes aux épaisseurs
vaseuses et des hommes qui se promènent juste au bon moment. Je voudrais
des chocs qui guérissent. Je ne suis qu'un esprit aux membres qui
nagent, je ne suis qu'un océan raconté dans un corps.



Je voudrais des chandelles disposées sur la plage avec malice, je
voudrais voir les fossettes des flammes nous envoyer des baiser et je
voudrais un vent qui nous comprenne, parce qu'il pleure d'être
heureux."

Sauter de si haut. Se recevoir dans une coupe d'années, prolonger un
embarcadère au bec qui boit les vies. Chemin de mousse. Orgues aux
épaules. Aimer est un chemin qui glisse et qui retient, une ornière à
mourir sa mort, une piste d'éclosion.

Et puis ? Et puis les talons qui écrasaient les ponts mouraient peu à
peu sous la poussée de la terre qui devenait ciel, montaient de mourir,
s'évasaient en prises de mains froides qui libèraient une flamme.

Nous nous rejoindrions sous rien. Il n'y aurait pas d'arche, pas de
colonnes d'atomes qui attendent l'artifice.
Qu'attendre, puisque tout est déjà allumé ?
Qu'attendre, puisque tout aime ?

Il y aurait ce rien, à profusion, débordant, envahissant. Il y aurait
ce manège surgi des axes des âmes, ce caroussel de carreaux, cette valse
sur les vagues.
Il y aurait nos bouches qui tournent autour des lettres. Et tout ce
qu'on pourrait embrasser se mettrait à parler d'une seule voix.
Simples pluriels, infimes brins du balancement des branches bleues. Nos
voyages perchés, souterrains, boues qui brûlent aux plus bas dessous,
rouges argentés qui scintillent en haute chair.
Nous serions des proies difficiles.

Femmes dans des paniers. Bouquet d'une seule. Toutes ses intelligences,
toutes ses phalanges de couleurs, toutes ses explosions de beauté, tous
ses cris ourlés qui avancent vers le déploiement des dérives, toutes ses
épaules striées de mondes verticaux qui prient pour que les îles
s'illuminent.
Toute cette cathédrale chantante, tout ce ressac rouge qui reluit de
roues dignes d'être aimées.

Peuple de méharées marines, de jetées qui s'embrasent sous l'eau,
peuple de promontoires en poussière, proues à perpétuer l'instant qui
vient.
Je voudrais délivrer la cachette des étoiles en procession.

Maintenant vient l'espace du temps audible.



20-02-2002



-- Ici et son double -- 5


Je ne quitte pas les lieux
je les transporte

Ce doit être ici
cet arrondi de terre qui protège sa suite
ici le tronc flottant qui fait tourner les gouttes
ici ce coin de lèvre qui commence à parler

Ce doit être ici
sous le bruit de la plage
mon dos qui dépasse du sable
ici le début de tout
ici le vu de s'égrener

Je n'imite pas les coquillages
je me remplis de ce qui écoute



- Marée maquillage -- 4


Front de beauté
les vagues soulèvent la pensée d'un dieu

Soleils lavés à l'eau claire
des passants cherchent des boutiques d'ombre
pour orner leurs poignets
de bracelets qui s'insterrogent

Quel homme est-il ?
des paradis se croisent
et se posent la question

Pour avoir l'homme exact
les algues donnent
l'odeur de la vie
au visage bleu qui retourne nos peurs
dans ses courants

Cette plage est en fleur
la fête ne se vend pas
les mains doivent être douces
amarrer les miroirs démaquiller le ciel
pour lui tracer
des yeux à nous
des yeux à nous

-- Coursier à ralentir le froid -- 3


Toute ma vie
j'ai levé des briques au dessus des têtes
les vôtres qui passaient d'ailleurs en avant
toute ma vie j'ai lavé l'eau du corps
pupille chaude plaque sensible réduit à tout
je bous de vitesse
la vie n'est pas morte mon cur s'avale d'un trait

Au dessus de vous en dessous de toi
toutes mes têtes ont crié des faux noms
des lettres en trop
tracées par peur d'aimer longtemps
un toit pour courir grâce malgré soi la vie n'est pas morte

D'ailleurs en avant
en dessous de vous au dessus de toi
je m'inquiète d'hier et de ses yeux qui passent
j'habite une lenteur
chaleur du coursier la vie n'est pas morte tout un monde en l'air

-- Tissu vert trempé dans les mains -- 2


Quai rouge sur l'eau verte
les pensées prennent le large
et le redonnent plus vaste encore

tissu d'océan sans édifices larmoyants
la vie a des ailes tandems de tissus
corde à corps qui claquent au vent

J'ai l'âge du vert
j'ai tout le temps des tissus trempés

Les piles de ciel dans l'armoire à linge
quelques pas de danse sur l'embarcadère
les paumes moins froides que l'eau
je voyage sans ma vie l'amour est un lavoir

Tissu vert j'ai l'âge des traces
l'histoire des secondes inégales

Je bats des yeux
le coucher du soleil s'imprime en vert

Des âmes jointes par les cils
jouent à traverser leurs mains

J'ai tous les yeux des tissus
j'ai l'âge d'éteindre l'ombre
pour qu'elle brille

-- D'autres gris chamarrés -- 1


D'autres viennent à chaque heure
plusieurs à la fois
chevaux gris de toits en toits
ardoises pleines corps des nuages
ils galopent maisons libres d'autres viennnent

A cette heure de la mer
hier choisit les gris
les fils d'argent tendus de mer à homme
la vie est douce un instant
le temps rétrécit sous les gris du soleil
une maison pousse invisible d'autres viennent

La ville a peur
que tout cela s'arrête
vallée d'eau je me penche
il fait nuit les gris se retournent je dors en couleurs
la vie est douce un instant
du sel sur les silhouettes d'autres viennent


Sarzeau-Vannes-Port Navalo, 16-19 juin 2002



Après Avant