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Poèmes

pour voler debout

Juillet 2003

AvantAprès

"A qui nía pas subi sur lui cette caresse
A qui nía pas touché du doigt cette herbe épaisse
Qui frissonne et se courbe comme avant"

-Gérard Manset


-- Et regardez ce qui brille en même temps dans leurs yeux --


il existe une maison
on y passe sous des arches de bois blanc
chauffées tout au long du jour
la nuit venue on ferme les yeux de bonheur en les franchissant
un poids très doux sur la nuque
comme une balançoire complice
qui dessine des grands yeux
quand elle fait semblant de vouloir passer de l'autre côté
du portique


il existe une maison ou deux d'ici à la rivière
cette sensation de fleurs enroulées tout autour de soi
il existe un patio imprimé sur les coeurs
bien indiqué d'une flèche aux bouts arrondis
pour caresser la cible
pour qu'on sache contre quelle poitrine se serrer
quand on arrive de si loin

on arrive avec la force de sa maigreur
délesté de tant de pieds laissés derrière soi
tombés puis mal remplacés par d'autres
pendant que l'on criait d'une voix de plus en plus basse
rendez moi mon amour rendez moi mon amour
avec tant de soi laissé dans chaque mot
que la composition de la terre s'en trouvait modifiée
devenue bonne à manger à boire à s'en recouvrir
jusqu'à rendre par sa bouche les rivières plus claires
et le feu éternel
tant qu'on l'embrasse

il existe une maison à la voix légère et mouillée
de milliers de gouttes qu'on se jette les uns aux autres
pour s'appeler sans raison
simplement pour voir comment l'autre bouge et s'étonne
viens
viens rejoindre le bord de la rivière
ici on brûle en bleu et la tendresse arrive à cheval
elle descend doucement le long de nos corps
elle murmure
rendez moi mon amour rendez moi mon amour
presque heureuse de pleurer dans ce paysage

le cheval raconte en s'abreuvant
qu'il existait au dessus de lui
un autre animal qui avait trop pensé
un homme qui se balançait toujours
même après le voyage
il jetait des colliers de fleurs et répêtait ce geste inlassablement
en chantant son amour dont le souffle couchait les herbes
si doucement qu'elle se relevaient encore plus grandes

rendez moi mon amour rendez moi mon amour
continue de dire l'homme comme s'il galopait encore
comme s'il ne trempait pas son visage dans la rivière
où son amour est en train de boire aussi
et regardez ce qui brille en même temps dans leurs yeux

mon amour est fait de ce bois qui se couvre de fleurs
quand on lui parle ou quand on le caresse
il est fait de ventres que la vie a rendu doux et doués de parole
il est fait de cette eau qui rend les blessures claires
le bout des doigts sensibles
la voix tremblante et la lecture hachée
précisément parce qu'il existe une maison au milieu de nos bras
où tout se rejoint

21-07-2003



-- Pieds sans fond effleurant le sol --


avancer
jardin d'été

il s'en faudrait de peu
pour qu'aucun son ne sorte
du portail que je franchis

avancer
ville déserte
pourtant étrangement agitée
surfaces granuleuses
où que se pose ma main

avancer
changement de saison
j'entre dans le café
dont je suis la boisson

je lève les bras
pour dépasser de la tasse
les gens s'aperçoivent que je suis là
commandent un peu de moi

le jardin me manque
j'y retourne
j'espère que le portail ne s'est pas déplacé

avancer
pieds sans fond
effleurant le sol



17-07-2003


"Aqui para nosotros"

(Noir Désir, Tostaky)




-- Humbles grattes-ciel --


les roses de l'incendie
portées
jusqu'au dernier étage du château de verre
vers une simple diva de couleurs vives
portées silencieusement
par des bras gris et lourds
qui soutiennent son éclat léger

Le projectile rentré, comme des volets qui parlent seulement
le matin et le soir, pendant la lecture d'une des nombreuses lois de la
moindre douceur.

un nombre impair de genoux
qui s'écorchent sur les marches
en gravant un repère au couteau rouge
un nombre impair de genoux
sur chaque mois chaque année
une nombre impair de genoux
un pour chaque cycle lesté de plumes
un pour chaque instant à nous

La forme des roses qui courent portées par ma main s'applique
exactement à une oreille, une seule au monde, à part l'autre
qui lui correspond.
Flore verrouillée, elle garde la forêt, seule amie commune à tous
les enfants du monde.

la même feuille
où que chacun de nous soit né
la même feuille
entrée de la jungle
la même feuille
réceptacle des rêves
la même feuille
viens derrière mes yeux
la même feuille
nous allons danser

Et nul ne savait ce qui courait devant la voiture sur l'autoroute,
moustiques, arbres, enfants, robes de mariées, moments passés à nous regarder dans les yeux, ustensiles fréquents, poignées de mains vides, pleins d'essence fumants d'âmes.
Le tout sous la chaleur des hautes ombres.

humbles gratte-ciels
ces êtres immenses et compréhensifs
se dressaient à notre approche
il nous semblait alors vivre une grande histoire
être debouts sur un cheval
et sauter par dessus les guérites
qui gardaient la ville

Pourtant, je marchais à pied, plus vite que tout autre être vivant, plus
vite que les ailes, plus vite que les sabots, plus vite que le souffle.
Je marchais comme si je rentrais chez moi, comme si je revenais dans un lieu qui m'avait toujours appartenu, soudé à mon ventre, au corps
surèlevé quand je pensais à lui, d'aussi loin que je sois en train
d'exister ou non.

Mes lèvres sur la trace des pneus, ma silhouette accroupie devant le
seul qui tourne encore, roue accroupie et ouverte, ombre criblée de bras, de jambes et de sexes comme pour faire l'amour par surprise à l'ombre humide et heureuse d'un carosse.
Si un soir de pluie il venait à faire jour après minuit.

le doigt sur la carte
nous inclinons nos têtes le paysage se renverse
le doigt sur la carte
je me penche à la fenêtre il fait beau ailleurs
le doigt sur la carte
la vie pèse d'un poids délicieux
le doigt sur la carte
à voir s'animer de plaisir
le monde entier

À l'entrée de la ville, les gratte-ciel rêvent de petits hommes comme
nous, exactement de la même manière dont nous, nous rêvons d'eux.
Ils ouvrent leurs étages comme des jambes qui ont envie d'écouter l'air qui souffle.

Pays des incisions douces mais épaisses, êtres larges, abondants,
mobiles, édifices autres que soi mais proches de soi, maisons munis de bouches aux lèvres latines d'où pourraient sortir des civilisations
fondatrices de mondes entiers.
Si seulement les continents savaient parler.

sous la cambrure humaine
des humbles gratte-ciel
je porte de profondeur en profondeur
l'incendie des roses
jusqu'aux bras de la simple diva des flammêches
qui plaisantera au sujet de la dénivellation
pour ne pas montrer qu'elle est émue

et j'essuie
le temps qu'il fait
sur celui qu'il ne fait pas.


16-07-2003

-- Les éclairs montent --



tout tremble

la terre s'envole
elle sent bon
quelque chose descend du ciel
et la croise

la rencontre était prévue
elle est pourtant à chaque fois belle
d'une autre façon

des signes s'échangent
le long d'une colonne de lumière
temple instantané
qui disparaîtra
dans une seconde
ou deux
si tu es là aussi

je te demande ce que tu en penses
tu hausses les épaules
tout est simplement lourd
une sorte de butoir de la vie

chaque nuque semble prête à embrasser
penchée à cause du poids des gouttes

tout tremble

j'aime
l'imminence du tonnerre
et la belle colère de tes cheveux
quand les éclairs montent

15-07-2003




"Somewhere
over the rainbow"


-- Le lapin de Broadway --



oui
c'est ce que je voulais dire
-Judy Garland chantait au même moment-
le lapin de Broadway vit un peu partout
sous les chapeaux
dans les étincelles des yeux
non loin du jardin de la première tour
lui-même mitoyen du second bateau de terre
lui même proche la naissance du troisième sein de l'Atlantique

Tu marches le long des trottoirs, les gratte-ciels ce sont les hommes,
la pluie, ce sont leurs mots, leurs chansons.
Rayures sombres et claires, comme un costume de vérité, une fois
les coeurs sortis de scène, hachures de leviers pour le tout dernier
lapin en liberté.

à Broadway
les oreilles brillent
les verres se vident
et j'allais te dire quelque chose
juste au moment où la ville entière s'est mise à chanter
over the raimbow
n'importe comment
pour couvrir ma voix

Et les sirènes des bateaux versent par millions les Poletti, les O'Riley
et les Wieselowki.
Des millions d'yeux mouillés pour construire une terre solide.

Des millions d'exils
pour
de sa propre bouche
exhaler un chez soi

Et les oreilles du lapin de Broadway se nouent tendrement l'une à
l'autre, simplement parce qu'il aime tout cela et qu'à l'époque qu'il s'est mise à rêver, Judy Garland n'est pas encore née.


15-07-2003

-- Équerres et graduations se déplaçant en sens contraire--
(ce lac est une larme utile)



1. Un énoncé qui n'a pas toujours pied.

À observer les différentes profondeurs du lac, nous resterons
un moment perplexes, à nous regarder.

À chaque pas, tout changera : l'eau nous recouvrira,
puis ne dépassera plus nos genoux, remontera jusqu'à nos hanches,
refluera vers nos poitrines.

2. Géométries mariables.

soit moi
un cube de surface à effacer
pour en faire une sphère de plusieurs profondeurs
plus toi
ovale pourvu d'angles
le tout à moitié plongé
dans un lac lui même pas vraiment sûr de lui

3. Après tout pourquoi pas ?

Me demander ça à moi, celui qui en sait le moins.
Des feuilles craquent d'indices, des étendues de mousses proposent
des solutions sur lesquelles s'allonger.

Des soleils de diverses températures ajoutent à la beauté
de l'atmosphère en mosaïque.

j'écris en réponse :
ce lac est une larme utile

15-07-2003



-- Voix voulue par le vent --
(je te rejoins toujours)




les pochoirs sur les murs du centre-ville
messages rouges et bruns
silhouettes choisies pour leur capacité à conduire les sons
sans intervention d'aucun homme vivant
je te rejoins toujours

un cercle de pneus en flammes
quelqu'un vit au milieu
depuis ce jour là

une musique joue
toute seule
composée peut-être au tout dernier instant
seul moment où elle pouvait être audible
voix voulue par le vent
qui soulevait ce jour-là les affiches tombées à terre
papiers collés autour des corps
peut-être ont-ils été protégés
par les oiseaux porteurs d'avertissements

aujourd'hui
installez des écluses entre chaque pièce de votre maison
qu'il faille beaucoup de temps pour passer de l'une à l'autre
embrassez-vous longuement
et regardez la lumière venir puis devenir trop forte
ce n'est pas de la lumière

je ris dans un café où on ne sert aucun verre
entouré d'un cercle de chiens qui tournent
depuis ce jour ils n'aboient plus ils chantent
voix voulues par le vent
ils appellent leurs familles attablées avec moi
nous trinquons
et chacun peut alors deviner le contour des autres
comme avant

je te rejoins toujours
les corps peints passent sous des arches invisibles
portes mystérieuses tracées dans l'air
par l'impact
passent avec lenteur sous les affiches qui volent
se laissent lêcher par les chiens heureux de retrouver des gens
et de cesser de tourner tout autour de la ville

dans la rue noircie quelques feux brûlent encore
je te rejoins toujours
j'entends la valse des fleurs de Tchaikovsky
voix voulue par le vent
un bouquet dans mes bras je descend vers le fleuve
il y a ce pochoir qui te ressemble un peu

bien avant ce jour
j'avais le même
à l'intérieur de mes paupières


15-07-2003


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Fond de page : "Trees in tornado",

une aquarelle peinte à la main de chez BrownieLocks :