Poèmes pour voler debout

fin janvier 2002 à fin décembre 2001

Avant Après



-- Cathédrale verte --



L'aiguille qui lit mon corps n'évite pas les craquements, restitue
chaque imperfection avec art. M'écouter est un peu comme marcher sur un
glissement de terrain.
Sous les pieds, le socle inamovible. Mais autour de la tête, l'orbite
des ustensiles, frappés.
J'aime leurs matières simples, leurs coutumes d'outils. Je me sens bien
au milieu de leurs manches en bois clair qui tiennent compte des
hésitations des mains.

J'ai voulu que l'aiguille me lise à l'ancienne manière.

je veux dire pas avec un simple trait
avec le droit de s'égarer
sans être trop précise
il y a assez de machines en liberté en ce monde

Bien sûr, elle n'est pas une aiguille. Sa douceur est renommée,
célébrée, prononcée par tous, sauf par moi.
J'ai simplement voulu vous montrer qu'elle ne s'arrête pas à la
surface, qu'elle n'a pas peur de franchir les couches organiques,
d'écarter les pans feuilletés qui constituent mon corps, celui que je
sais être.

Grâce aux outils qui m'environnent, je colmate quelques incertitudes.
Ne serait-ce que pour dormir la nuit.

tout comme les trains
les outils ont des horaires
pour les saisir et les lancer
et nous sommes leur quai

Actuellement, ils surveillent mes joues, leur mouvement de va-et-vient
dans l'air.
Gonflées d'enfance à la seconde où je vous parle, elles se creuseront
dans un instant, lorsque j'aurai ouvert les yeux trop longtemps d'un
coup.
Il y a comme des projets de caresses dans ces recoins de peur.

les instruments doux tapotent mon visage
afin de le tasser
pour qu'il tienne
et qu'il en soit heureux

Ainsi, mon visage montré -à peine mal ajusté au visage intérieur- peut
tromper les gardiens les plus aguerris. Il possède cette capacité de
très léger décalage propre à générer les livres.
Ouvrages inachevés, toujours. Les saisir provoque un choc électrique
nécessaire à les continuer.
Ainsi je deviens l'outil d'un enchevêtrement de feuilles, le rituel en
bois clair d'une forêt manuelle.

Au fond, je suis un être peu ouvragé, Une simple colline de la
cathédrale verte, un refuge sous les pieds, où s'abriter de hauteur.

mais je sais
par le toucher des outils
que la terre fait un bruit délicieux.

24-01-2002


"La beauté est un mode d'éclosion de la vérité."
- M.Heidegger, l'origine de l'oeuvre d'art


-- Une course folle dans un paysage très coloré --


Le soulèvement vert
ouvre encore d'autres jambes
toujours plus nombreuses

Le champ est infini
ses barrières sont là
pour l'envie de soulever les hanches
tremplins d'or interne entre leurs vols écarlates

Ils courent du sombre vers le clair
par simple envie d'être vigne
chair de soleils pressés l'un contre l'autre

Habitants habités
ils enlèvent à la vie
les bandelettes qui la retiennent de bondir
et plongent au creux mûr du vif déroulé

Prégnantes prières
ils halètent leur noms
- Dieu a su rester jeune -
se souviennent vaguement des rituels
du monde immobile qu'ils ont quitté
franchissent des brins et des tiges
dévastent le vide

Les griffes essouflées des cailloux
couvrent mal les indécences de jus rouges
des grappes en rivières frottées sur le ventre
le souffle dit "c'est un secret"

La vie propage les aréoles
c'est l'été des greniers d'air
à incendier de couleurs
frottées au feu d'une course folle
dans un paysage très coloré




22-01-2002




-- Siddharta* rit --


Siddharta rit
il a trébuché sur une rivière
le temps coule comme il peut

Il tend sa main et tourne doucement quelque chose
à son époque il n'y a pas de fenêtres
son geste d'ouvrir concerne l'esprit

Le dos les pieds les reins
tout fait mal au marcheur
c'est pourquoi la joie de Siddharta
est plus grande que l'oiseau dans sa main
mais moins sûre de l'Éveil

Sa robe est sale
personne ne la lui arracherait pour avoir chaud
cette nuit les rôdeurs iront nus
leurs corps argentés glisseront comme des salamandres
et des pétales se poseront sur son front pour y mourir en paix
ou y trouver une autre vie

Siddharta appuie sa tête
les arbres sont de rudes débatteurs
de la pratique du Dharma
mais des frères doux le long du dos

L'oiseau tient en équilibre sur sa paume
et respire
ce sera le seul bruit du monde jusqu'au matin

Demain il sera plus jeune
l'esprit ne se lasse pas de vivre
le temps coule comme il peut
les arbres ne trébuchent pas
et Siddharta rit

22-01-2001


"- Toute puissante que tu sois, ô clairvoyante, ne te moque pas des
souvenirs de l'aveugle"
- Jean Giono, les vraies richesses

-- Je participe aux commencements --


Si la composition de l'univers venait à se modifier, je le sentirais
bien avant les autres. Cela tient au fait que je suis déjà décalé d'un
cran.
Lorsqu'on me fait remarquer que le vent souffle d'un endroit à un
autre, je demande "lequel des vents ?" et à l'expression des gens, je
sens qu'ils en voient un seul.

un seul qui tourne comme plusieurs
un seul qui vole plus lourdement que l'air
un seul qui compte
un seul

Pour être tranquille, je prétends alors que c'était une plaisanterie, et
pendant qu'ils tentent de m'ouvrir discrètement avec divers instruments,
ils
s'efforcent de rire poliment, en me faisant signer des tonnes de papiers
(qui n'ont aucune valeur, je connais déjà les nouveaux arbres qui les
remplaceront dans quelques milliions d'années).

quelques millions d'années comme autant de fils
quelques millions pas plus
pas plus d'un pouce
passé très doucement sur les lèvres

Je ne crois pas qu'il y aura de grandes lumières dans le ciel comme ils
nous l'expliquent dans les livres, Je suis au contraire persuadé que les
premiers remuements du nouveau monde viendront de la vase, à mes yeux
matière plus précieuse que l'or.

l'or sans or
l'or de peu
l'or du fond des yeux
l'or qui remue en parlant

Cela commencera comme la première fois qu'il y a eu un monde.
D'autres chimies inexactes, mais inexactes d'une autre manière,
peut-être plus juste, viendront s'agencer en moi et autour de moi.
Je parierais qu'au tout début, le nouvel univers ne sera pas plus grand
que moi et pas spécialement beau à voir non plus. Des sons flous, des
teintes ingrates, des mouvements désordonnés.
Ni les continents, ni les panneaux indicateurs des lieux de naissance,
de mariage et de mort ne seront encore distincts. Il y aura peut-être
les premiers rois, déjà formés par erreur. Ils serviront de matière
première - leurs organes, pas leurs idées- pour le consolider.

Pour vouer un culte au nouveau monde et accéder à ses merveilles, il
faudra surmonter sa peur. Je veux dire la sienne autant que la nôtre.

la peur
la peur merveilleuse
celle de ce qui est grand
mais virevolte comme ce qui est petit

Ce jour-là sera le plus beau de toute ma vie car il me faudra tout
réapprendre.

16/21-01-2002




"Les chats ont de la veine : l'obscurité ne les empêche pas de lire."
- Louis Scutenaire


-- Le toit où les chats parlent d'avenir --


Chacun de nos pas en pente
fait une remarque au sujet du paysage
sans exercice de transparence
sans oublier la taille des étourneaux
ni les dégats de l'homme

Nous désignons ce qu'il faut voir en premier
pour mieux sauter de toit en toit :

Ce mur est un ciel soucieux
qui s'est durci pour être franchissable
sa douceur réside
dans le fait de nous regarder en face
et d'observer avec tendresse
l'amour caché au fond de nos gorges

Ce buisson est d'un vert très patient
feu concentré jusqu'à la fraîcheur
s'y tremper redonne espoir
et nos ronronnements gagnent en grâce
ce qu'ils perdent en envie de hausser le ton

De la chambre juste en-dessous de nous
montent quelques notes d'une boîte à musique
quand tout le monde est couché
les enfants nous appellent
pour nous faire tourner sur les tuiles

Aux abords de la ville
fument les grandes décharges des prières
elles travaillent à éclaircir nos robes
et faire briller les bras en corbeille
des émerveillés qui attendent de nous recevoir

Assis près de la gouttière
nous devisons à propos du sens de l'histoire
des reflets roux sur nos poils et du toucher des tissus
puis nous parions quelques souris
sur la seconde exacte
où le jour va se lever

21-01-2002




"Je prendrai le soleil dans ma bouche
et sauterai vivante dans l'air mûr"
- Björk, Sun in my mouth, album Vespertine

-- Cesser d'être obscurs --



Comment voulez-vous que j'écrive ?

Comment voulez-vous
que je n'aime pas le trajet qui relie deux arbres
d'ici jusqu'à l'envie de vivre
d'ici jusqu'au lieu où cesse l'obscurité ?

Le fauve qui se fabrique en nous
est si doux
il tient dans un petit cube d'odeurs inarticulées
secrétaire d'un soleil qui se lève en tremblant
conscient que les hommes ont froid

Ma main vient jouer avec ses angles
détordre et faire briller les ailes qui le prolongent
apprendre beaucoup en observant les positions
que nous adoptons ensemble pour le tenir

Comment voulez-vous que je m'allume
si vous éteignez un à un
les intervalles disposés entre l'animal et moi
moi qui chéris la station debout
et les quelques notes qui me redressent ?

Mon autre main vient traverser la pièce
et donner à mon corps
l'élasticité d'une question qui trempe avec les céréales
à cette heure du matin où le fauve rentre en fanfare
en annonçant qu'en même temps que nous
il va cesser d'être obscur

21-01-2002




-- Les chaises à papillons lisibles --


Les chaises d'où je ne tombe pas
ont l'expression d'un visage de l'île de Pâques
faussement impassibles
- si on les observe sans bruit, elles se mettent à battre -
elles n'apparaissent qu'après une longue marche
sans avoir trouvé le panneau fin du monde

Elles sont couvertes de petits mots en couleurs
pour ne pas oublier les fonctions vitales des instants
ni les fleurs au corps qui progresse

Papillon bleu ouvrir les yeux
papillon carmin bercer tes pieds dans tes mains
papillon vanille être tranquille
au sujet du jour et de la nuit

Un grand cahier éparpillé s'appuie sur le dossier
simple présence effeuillée à quatre pieds

Sur ces banalités en bois d'être
les papillons lisibles fabriquent un journal extraordinaire
qui frôle toutes les étapes du chemin
de chaises en chutes
de châteaux chavirés en charpies à chérir
puis ils s'assoient parmi nous et patientent

Déjà un marcheur
pas plus lent que son rêve
tombe en lecture

17-01-2002



"Et quand tu es éveillé dans l'ombre, la lumière, c'est toi"
- El Chura

-- Solo de crayon bleu céladon -


C'est un corps qui se taille comme une mine
tout petit au bout
c'est l'histoire d'un crayon bleu
au solo surgi des bruits ambiants
bien distinct des bords de la feuille
il marche en son centre

L'homme s'essaie à l'espace
pour réparer les abords de la clarté
le papier couvre son corps
comme un lit qui le saisirait entre le pouce et l'index

Trop serrés
les volumes ont des crampes
les doigts du regard cherchent le bleu
sur la feuille irradiée de rouge
l'eau où se poser et donner à boire à la main

Le crayon voudrait bouger sans rien déchirer
seulement suggérer les pommettes
souligner les lèvres pour mieux dire
et camper la silhouette
évidente comme un champ lavé de soleil

La feuille se retourne
pour rapprocher le visage de son avenir
et par ce geste d'estompe absurde
il y a une morale au dessin

C'est un coeur qui s'élargit d'entourer la main
plus grand que le champ visuel
c'est l'histoire d'un trait versé qui dit regarde moi
regarde mon crayon solo céladon
trempé dans les élans du rouge
il court vers l'intérieur de la vie

14-01-2002



"Tu inventeras"
- extrait du film de Zabou, du même titre que le texte

-- Se souvenir des belles choses --


Le toucher de l'herbe
dans le creux de mes mains
me rappelle quelqu'un

En danger de comprendre
je regarde tous ces gens alignés sur les bancs
j'aimerais tant savoir lequel d'entre eux je suis

L'air est plus doux ce matin
je plisse le front
pour en retenir un peu dans ma tête
et ressembler à mes amis assis
qui ont tout le ciel en eux

Avant ou après mon réveil
j'ai ouvert mon petit carnet
et j'ai écrit le nom que je pourrais avoir
peut-être

Je m'appelle moitié d'arbre
rive d'ailleurs ou moisson douce
il suffira d'un son clair frappé sur ma peau
ou d'un soleil déguisé en ombre
pour me souvenir des belles choses
et inventer le reste de moi


14-01-2002


"Le matin le mèdecin me réconforta ; pourquoi être triste ? Après tout,
j'ai mangé les anchois, les anchois ne m'ont pas mangé."
-- Franz Kafka

-- Inoubliable rideau rouge --


Désignés
les dos viennent ouvrir le rideau rouge
on ne verra pas leur regard
que je croise souvent
si cela arrivait
la scène serait plongée dans le réel
et la vie sur terre deviendrait possible

La pièce peut commencer
pour la faire surgir il faut des mots soucieux
des noms froids qui brûlent dans l'air
cassent le corps sans espoir de justice
et rendent la vie imprononçable
sauf pour ces fous
que je croise souvent
leurs bras autour des flancs
leurs yeux fermés par les portes
des institutions qui les empêchent de tout nous dire

Étrange de repenser
aux belles maisons de ceux qui tuent
les belles maisons au milieu des arbres
leurs jolis porches ouverts aux vents

La pièce n'a que quelques mots
que je croise souvent
elle dit je t'aime tant
et quelque chose éclate dans ma tête
comme la parodie d'une vision sérieuse

Du milieu de la salle
se lève une femme infiniment belle
mais pas belle comme un spectacle
plutôt comme le gémissement d'une fleur
la face grise d'un rêve rouge tombé plus bas que monde
avec cette sorte d'humour
que seuls possèdent les chants les plus purs

Mais le plus beau
c'est le rideau
gorge rougie de cris
petit chemin de plis
il vous présente la nouvelle vie qui va se jouer ce soir
avec sa façon si tendre de s'ouvrir
qu'on se croirait vivre en d'autres temps
que je croise souvent

13-01-2002



-- Jalavindhu* --

10. Dans la direction des récipients.

Longtemps
après l'assourdissement des cheveux
lus à voix basse par des flammes sans couleur
le temps est encore jeune
la ville est entière
Et Jalavindhu joue à la guérir
pour se réveiller

Elle porte dans ses mains
un peu plus d'eau que de coutume
parce que les coins de son sourire
sont destinés à grandir

Et la terre ne pèse rien à côté de l'arbre
car l'eau d'aujourd'hui
n'est pas encore célèbre
ce qui lui permet de couler


11. Une chanson bien à soi.

Le marché n'a pas de pieds
pour aimer la terre
les tamis flottent loin au-dessus des grains
la légèreté des outils n'étonne pas les mains
ni la danseuse de corde
qui appelle les gouttes d'eau
à gonfler l'air

"Sans Jalavindhu
je suis pareille au reste du monde
sans Jalavindhu
pour broder la mer autour de la ville
et prolonger les arbres plus bas que nous
sans Jalavindhu
pour fleurir la route"

Et la roue des visages
semble regarder au centre de tous les corps
là où la mer est si belle
qu'il est midi
partout dans le monde


12. Pluie

Le sel fait baisser les yeux
de ceux d'entre nous qui en ont plusieurs
mais la danseuse de corde remue les coeurs
la mer l'a envoyée
comme une ramure bleue au-dessus de nos têtes

La regarder en face
fait battre le coeur de Jalavindhu
dix mains la portent au dessus de la poussière
dont les grains étincellent

Et les gouttes qui retombent dans la mer
ne sont pas petites à côté d'elle


08-01-2001
*Jalavindhu : sanscrit pour "goutte d'eau"
(cf cycle Anantaram/Manjari/Siddhi, 17 sept 2001)


"Toi, líhomme,
tu pratiques la lévitation
cíest ton choix
la femme pèse lourd
les choses se précipitent et te révèlent
en tirage argentique"
-- Xavière Remacle

-- Image à manger --


Tenue
entre le pouce et l'index
la photo ressemblerait presque à un outil

C'est tout ce que j'ai trouvé
pour ramasser ce que je ne suis pas
le rassembler en petites miettes égales
elles faciliteront la lecture
de ce que je n'écris pas

Les voisins sont très fréquentables
quand ils devinent que je suis triste
ils viennent regarder ta photo
hochent la tête de te trouver belle
disent que cette femme va bien plus loin que le cadre
pendant que je fais bouger ton portrait
pour que tu participe aux débats

Reliées par soustraction
ma main et la petite pelle à ramasser
s'étirent en réfectoires plats
on y vient manger debout
les pieds écartés pour rire
l'arrière des genoux prêt au plaisir
si on les caresse

C'est un lieu agréable
la gravure d'un vieil homme en costume
orne le fond des assiettes
comme dans toutes les bonnes maisons
grâce à son large sourire
je peux me passer de sucre
sans doute son apparition est une farce
faite par lui que je serai plus tard

Le bruit de la cuiller sur les couleurs
rend libre intérieurement
c'est un appel
à mêler de chair les parties volantes du corps
afin de faire contraste avec les rêves
et les faire ressortir
ainsi ta photo devient comestible
et peut s'immiscer dans le présent

03-01-2002


'Je n'explique jamais rien"
- Mary Poppins

-- Un petit coin de parapluie --


Il n'y a rien à expliquer
ce qui tourne est fragile
mais ce qui ne tourne pas n'est pas

Si je baisse le nez
ce n'est pas pour descendre plus bas
mais tout en haut des pays tracés sur le trottoir

Quand l'ombre est mouillée
les parapluies dansent
et s'ouvrent dans les coeurs
alors pourquoi tout ce soleil ?

Il n'y a rien à expliquer
mais à serrer des bouts de papier contre soi
il se pourrait qu'on devienne livre
et à fêter tes yeux
il se pourrait que je sois un jour doué de regard

Cette journée a été inexplicable
et j'arrive à l'instant
de toutes tes couleurs qui marchent
rugissantes

02-01-2001


-- Ailes --


1.Hesperiidae.

L'irruption mord. Sa bordure reserre les franges d'un renversement
dentelé.
Charniers menteurs, foisonnants, colorés, les ailes contrarient le sol.
S'appuient les grains sur la beauté, s'éparpillent d'un même saut les
temples mobiles.
J'aime être improbable, faire mouvement entre les brindilles.
J'aime gorger les mains vastes, les envahir de couleurs secouées.
Seule au milieu des yeux, la chorégraphie s'invente à chaque étage de
boucle.


2.Heliozelidae.

Un cri sec de surprise. Il rebondit sur des ligaments d'air qui
s'enroulent, prolongent le son en filaments clairs.
Renouvelée à chaque seconde, une poudre frémit, peuple de graines
obstinées à s'ouvrir sans modèle.
Syllabes de filigrane, l'éternité en vrille ne dure qu'un trémoussement
de fêlure. Pourtant, comme un défi, la sensation s'élargit,
J'aime me faire une place sous ce soleil. J'aime participer à sa
diffusion.
Les antennes cognent contre le mur. Quelque chose cède, s'ouvre en
coques successives.

3.Incurvariidae.

Une fleur et tout change. Celle-ci se balance près de moi, semble
soucieuse. Elle abonde de couleurs, respire lentement, m'appelle, Je
prends son chemin d'air, sa colonne s'imprime dans la mienne, me
traverse. m'infléchit.
Des oiseaux se succèdent sans qu'aucun n'arrête le précédent.
Quelques détails de ma trajectoire prennent une dimension d'empire.
J'aime palpiter sur ce pont. J'aime lisser mes antennes en suivant ses
veines chaudes.
Je m'incurve et m'agrandis. Je me souviens que quelque chose me manque.
Je me souviens que j'ai un nom.
C'est le soir, mais à cette seconde, j'ai déjà commencé à progresser
vers le matin précédent où quelqu'un m'attend.


01-01-2002
Avec la voix d'Elisabeth Fraser

* sous titres : espèces de papillons (papillon toi même)



Petites gouttes et grands récipients

31. Le prix des étoiles


Pour casser
la tirelire au-dessus de mes yeux
j'ai demandé au ciel
de me faire un prix

Je reste debout
jusqu'à valoir plus cher

Ce soir à minuit
tout cet or se versera dans nos mains
et des étoiles entre les doigts
tu pourras donner le même sourire
à tous les pays


31-12-2001



-- Hommage à la couleur du désert --


L'homme avance d'un pas
le soleil aussi

Ce corps ne sera pas un client facile
un chantier de pigments témoignera d'une pluie
jeu de creux et de bosses

L'homme avance d'un pas
le sable aussi

Dunes à dériver
les fous regarderont du haut de leur âme
si l'ombre fait défaut

L'homme avance d'un pas
le vent aussi

Des explorateurs auront donné nos noms
à des lieux en pente douce
et le souffle viendra de tous côtés

31-12-2001


-- Devoir de vacances --


Chacun des nez qui passent devant nos yeux
se termine plus loin que l'autre
comme des robes allongées par le froid
velours immunisés

Les bonnets se renfoncent
et le reste du corps se tasse insensiblement
prêt à bondir à voix basse
tandis que l'enfance
garde l'essentiel de son teint lumineux

Des corps en lanières entourent avec les yeux
d'autres innocents aux mains derrière le dos
pour se raccrocher aux poignées d'un monde
qui n'avertit pas du vrai

Regards en-dessous
des surfaces sont en guerre
-nous sommes tous les méchants-
mais grâce au noyau de feu dans sa trousse
un cartable au visage doux
se repose et sourit de pétales

Souffler sur les gens sans même s'en apercevoir
et faire croire que l'on va tuer sans bruit
l'élégance des chevilles qui tournent
alors que les flocons
en devoir de vacances
témoignent d'autres passages qui courent plus vite encore

Royauté sans mépris
un rire atteint la cîme
le meilleur est à craindre

30-12-2001


Avant Après