Accueil Qui suis-je ?

Poèmes Nouvelles Forum LiensyLivre d'or

Page de l'Autre

Poèmes

pour voler debout

Avant/Après 2003

Avant

"Une tendre chiquenaude
Et l'étoile
Qui se balançait sans prendre garde
Au bout d'un fil trop ténu de lumière
Tombe dans l'eau et fait des ronds"

Hector de Saint-Denys Garneau - Regards et jeux dans l'espace.

-- Janvier-février 2004 --



-- Apprentis Séismes --

1. L'école des ères

toujours
les animaux tremblent
quelques minutes avant la terre

les hautes silhouettes des mémoires
atteignent le seuil
pendant que les humains
s'arrachent mutuellement
leurs bandelettes
et suivent la pente

certains plis
entrent en collision
on aperçoit
les premiers feux
qui sortent

on croirait presque
que les premières femmes reviennent
à la surface du monde

les animaux
un peu nerveux
leurs narines
élargies
jusqu'à se contenir
les uns les autres
et tomber
ensemble

au moment exact
où la terre se lève
je ne regrette pas
de verser
dans une coupe en forme d'homme
l'encre solide
de la matière qui me compose


04-01-2004

-- Apprentis Séismes --

2. L'aimant des naissances.



une salamandre
en traverse une autre
plus grande

fleurs de la guerre
tendrement poussées à contre-sol

lisières absurdes
entre rien et encore moins
les murmures chauds des fleuves
dressent des frontons clairs
où lire à voix haute
l'impact possible
de la douceur

ici
un jour
dit l'inscription
une main
a effleuré
un cheveu qui fait mal
pour verser
toute l'eau d'une vie

faire parler les mèches
passer le doigt
sur un disque sensible

métier d'homme

ce mouvement d'hélice
ranime celui d'un bracelet
autour d'une cheville
et tout ce qui vit
se met à tourner

désordres en lisière du métal
des bâtiments tombent
sous l'alliance des pieds et des rivières

et
collées aux crues
les salamandres assurent
que l'ensemble formé
par tout ce qui se relève
s'appelle dans ce pays
l'aimant des naissances


05-01-2004

-

"Il était certainement possible de convertir chaque molécule d'un corps
en une une série de lettres, à la manière de dés jetés sur une table"
- Vincent Ravalec


*********


-- Chenilles de tapis* --


Le tapis aurait bien des choses à dire. Même coupées, les
mains l'ont tenu, secoué à la fenêtre, griffé puis réparé, étiré jusqu'à
le rendre
translucide.
Regarder à travers et voir le monde nimbé d'une aura rouge, comme si
les choses les plus fixes étaient des organes en train de palpiter. Et
d'avancer.
Des chenilles de tapis qui rongent les motifs, escaladent les arbres
tissés, en font soigneusement tomber les feuilles. Il faut saisir ce
bref instant pour s'apercevoir qu'elles ont des bouches.

et à chaque fois qu'une feuille tombe
quelqu'un s'attable ici
dans cette vaste salle où tout le monde est aimable

même coupées les mains

deux pièces
jetées dans la soucoupe
je ne me souviens plus
laquelle est tombée la première
mais ce qui compte
pour nous chenilles
c'est la somme des deux

J'annonce le chiffre et nous avançons d'autant sur le tapis. Tout le
monde se précipite pour juger du résultat en regardant à travers nous.
Dans nos croisements se tissent d'autres fils, rouges, vivants, d'une
rassurante concordance. Il sera bien vu de s'y empêtrer pour faire
connaissance et échanger nos commentaires sur les couples d'organes
mobiles que nous devinons affairés à nous tisser sans cesse.
Les mains. Même coupées.

quelque chose
à travers nos corps
tisse un tapis et secoue les chenilles
la reptation d'une meilleure version de soi
plus souple
impossible à noyer
qui déchire jusqu'aux franges
du tapis suspendu

Les deux pièces repartent en l'air. Longtemps. Plus elles montent, plus
leur valeur augmente. Le prochain chiffre sera si long à annoncer qu'il
faudra beaucoup de corps lours allongés de tout leur poids sur les
branches pour faire tomber les chenilles et l'écrire d'un mouvement
souple.
Chacun revient à sa place, assis sur sa chaise microscopique. Prêt à
ramper de nouveau sur le tapis pour lui donner de nouvelles profondeurs
et, à pleine bouche, lui inventer de nouveaux motifs.

Désigné comme le prochain fil, quelqu'un crie par défi que l'univers
entier est une larve et qu'il s'agit d'une très bonne nouvelle, car tout
est à venir.

même coupées
les mains


07-02-2004


* ""Carpet Crawlers", Genesis, "the lamb lies down on Broadway", 1974.

"I'll be there
climbing up the walls"
- Tom Yorke (radiohead)


-- Papillons d'étang --


Même fermés, les yeux entendaient.
Il y avait ce bruit de matières qui communiquent entre elles,
collées par un choc. Ce lac de connivence qui rassure par son étendue,
longue bête bleue, venue d'une immense caravane d'eau animale.

la seule
d'entre elles
qui apparaisse.

Les yeux maintenus fermés par des pinces.
Un fracas si assourdissant qu'il en est devenu intime et que s'en
défaire serait un nouveau hurlement.

les yeux
même fermés

Les oiseaux qui volaient à ce moment là au-dessus de nous,
mitraillés par les projections du métal, poursuivis par des
bouchers blancs au tablier sans tache.
Le passage doux d'un doigt le long du poignet suffisait à les effrayer.

à rentrer leurs mains propres
jusque sous leurs pinces trempées
trempées dans les échos du choc
trempées dans le mélange vivant

Les yeux même fermés entendaient s'accroupir les corps, presque
stupides à force de simplicité, ayant oublié le nom savant des vents et
les façons sérieuses de se déplacer.
Parcourus d'ondulations complices rappelant une promenade bras-dessus
bras-dessous au bord d'un étang, le dimanche.

parvenue en dessous de son corps
la tête continue
à faire oui

même fermés
les yeux

Et là, assis dans les glaires du soleil, cousue à la lumière floue qui
oscille entre solide et friable, une ombre attend que la lumière soit
minutieusement séparée de la ténèbre par chaque roseau.

07-02-2004                            

"(...)pour faire pulser à fond tout ton sang noir astigmate derrière
cette putain de vitre qui sent líélément du fer et le commencement de
notre bouche".
- Death in Vegas

-- Sécrétions sous l'orbe qui joint les parties de nous --



1.

J'essuie mes pieds sur un paillasson sur lequel est écrit welcome.

Tout se hausse, se déplace d'un niveau ou de plusieurs.
La mer en entier, la vierge imbibée, l'effet surround tenu
entre les dents comme un os.

2.

J'admire l'éclair sale du futur, je m'envie d'avoir été moi, j'envie
l'enfant qui me roulait dans ses mains et qui pouvait encore
me choisir, moi, son avenir et me pétrir de forme allongée, avec des
inclusions de brindilles, ou au contraire m'arrondir et appuyer avec le
bout du doigt pour enfoncer les verres de couleur à travers lesquels
j'allais voir faux toute ma vie,
comme on chante faux.

Projeté par l'humour du prisme, par les
insectes qui dînent ensemble de moi et poussent mon corps doucement
en fredonnant des chansons de chitine.

J'admire celui qui se tenait au début de la mer et qui savait où elle
commençait.
J'admire le visage encore nu du temps d'avant l'ablation, l'enfant qui
sort exprès sous la pluie et qui prononce quelques mots et fait un geste
de la main.

Alors si la pluie s'arrête avant qu'il la repose, il croira pour
toujours qu'il est seul responsable de la marche du monde et du drapé
des climats.

3.

Retirer des bijoux utiles ou des vieux objets internes,
des lourds greniers aux poussières de lymphe et des banques de soi
aux écorces d'hématies.

J'aime avoir extrait ces choses sanglantes et nobles qui n'ont jamais
renoncé
à leurs vertèbres.

4.

J'aime les paillassons sur lesquels il est écrit welcome.
J'aime y frotter mes pieds nus et sentir des arpèges irritants remonter
au creux du scrotum et j'aime penser que l'escalier est lui-même un
corps qui
bouge à une autre vitesse que le nôtre et qu'un jour il s'animera et
j'aime
aussi penser que tous les enfants que je croise en montant, ceux qui
descendent à cause des flammes qui dévorent tout le haut de l'immeuble,
à cause de tout ce qui éteint la voix et qu'il faut fuir,

j'aime imaginer qu'ils
sont heureux de sortir dans la nuit et qu'ils se touchent la main pour
trouver la bonne inclinaison, la parfaite balistique du geste qui
arrêtera
le feu.

Et c'est la nuit où mon ventre s'allume de curiosité, à cause du
paillasson qui pique mes pieds nus et sur lequel est écrit welcome.
Et cela gêne les voisins qui voudraienr dormir dans le lit de
flammes et de mâchoires qui se collent l'une à l'autre, soudées par
une lave d'os qui leur permet de faire partie d'autres ensembles
détruits
d'où elles étaient injustement exclues auparavant.

5.

Pourquoi a t-on choisi ce peuple parmi les autres, et pourquoi au moment
où ma mère s'avance et sort pour la dernière fois de mon ventre,
encadrée par une milice d'une autre couleur que celle habituelle,
pourquoi
au moment où on claque la porte une dernière fois, l'enfant se concentre
sur le chapeau mou du milicien et se dit qu'il aimerait bien avoir le
même,
il voudrait le lui demander et l'enfoncer sur sa tête jusqu'à
disparaître dedans.

Mais il manque les bons mots et les bons gestes pour arrêter le feu, les
poignées auxquelles s'accrocher, la formule en lianes, les fruits
secrétés qui s'allongent, s'étirent en arrosoir entre les étages pour
nouer des écharpes d'amour humide autour du feu

comme on calmerait une source avec une autre.

6.

Et le temps infini de la traversée
entre les deux temps . Celui d'où on vient, celui qu'on doit atteindre.
Et tout ce trajet avec le frigo vide à porter autout du cou vide de tout
sauf du froid qui s'empile pour tenir chaud, parce que nous sommes les
parfait antipodes des lois de la vie et que nous les inversons en les
faisant tourner avec nos pieds.

Et je demande à l'officier est-ce que je pourrais être enterré avec vous
ou au moins porter votre chapeau
et quelle est votre formule secrète, avec quels gestes de la main pour
arrêter tant de monde, pour arrêter tant de vies, pour former de si
longues files d'ombres qui effraient jusqu'à la nuit en personne.

7.

L'enfant qui remonte toute la file et prend les gens par l'épaule
pour demander son nom à chacun de ceux qui vont disparaître dans le
gouffre chaud.
Il lui semble important de prononcer maintenant le nom de chacun avec
cette voix qui hausse tout, déplace tout d'un niveau ou de plusieurs.

Et gronde la voix-mère d'où nous dérivons tous. Et coule la merde vive
sur le pont de cristal, tourbe humiliée des singes que l'on dénude, dont
on découpe les vêtements autour des fesses pour qu'elles apparaissent
telles qu'elles sont, avec la pointe des os qui empêche de s'asseoir et
qui perce
le sol.

8.

Et il me revient d'un coup la présence de quelqu'un qui ne ressemble pas
aux morts.

9.

Et qui pose des choses et en bouge d'autres sur mon corps comme si
j'étais un damier et que se jouait un jeu d'une importance capitale sur
les irrégularités de ma peau
Je me contente de savoir que cet immense panache de feu couché en
travers du ciel, c'est nous. C'est notre corps, réduit à la lumière.

Quelque chose qui porte un nom et un visage mais qui joue à le cacher
remonte du fond de moi jusqu' à la surface du ciel
et clot sur ma bouche le sarcophage de lèvres tendres
la coquille de nuit ronde au centre de laquelle nous saurons peut-être
de quelle autre espèce nous sommes les hamsters qui dansent dans le
laboratoire,
et qui joue à nous traverser l'un l'autre de tant de fils qui tirent sur
les chairs
sans les dégénerer.

10.

Il se donne des fêtes au milieu du charnier

Et toutes ces cendres mélangées vont pouvoir jouer à nous,
si jamais la pluie vient de ce quelqu'un qui ne ressemble pas aux morts.

Je m'envie d'avoir été moi et de connaître encore la femme-formule qui
permet de choisir les parties de soi qui doivent tomber.

Et si vous saviez ce que j'ai gagné d'elle en la perdant.

Pendant que les officiers tracent une croix dans un carnet en
nous détaillant, je vois que l'escalier est sorti derrière moi, qu'il
porte
une robe d'été comme une fille gaie et très occupée à relier les étages
entre eux
par un arrosoir de feu, sans oublier de distribuer les paillassons sur
lesquels est écrit welcome.

11.

Et je vois celui que j'ai aimé être, de nouveau nu , tenant tout entier
dans le chapeau mou que l'officier nous a gentiment laissé avec un drôle
de sourire,
tout petit et poli par des mains qui me caressent en chantant, non pas
distraitement comme pourrait faussement l'indiquer l'expression du
visage

mais simplement parce qu'il faut bien se concentrer pour faire
les bons gestes des mains et prononcer les bons mots
et parce que sa chanson vient de plusieurs endroits en même temps

de partout ou nos pieds nus s'essuient sur un paillasson sur lequel est
écrit welcome.

31-01-2004/07-02-2004                

-- Portrait en bord de mer peint sans sel et sans eau --


Je sais une seule chose : le chevalet, c'est moi.
Je me reconnais à la disposition des échardes et à la douceur des ronds
tracéx dans le sable par mes pieds.

je ne vois
que le bord des gens

Paysage décalé , sans cesse en dehors du regard, toujours au coin, qui
se résorbe quand on tourne la tête vers lui.
Toujours à chercher le centre, à écarter les bras pour en tenir les
bords
et le faire pivoter pour le regarder enfin en face.

il existe quelque part
posé entre le sable et l'eau
un livre
avec des yeux
à l'intérieur de chaque mot

Grands espaces à arroser de soi, de cette partie sèche de soi qui n'a
jamais vu la mer ou qui ne veut plus la voir.
Morte depuis longtemps, la tête ne peut plus rien empêcher.
Seuls les pieds savent convoquer le sel et l'eau, les faire remonter
par capillarité dans tout le corps, jusqu'au moment où l'océan ressort
par la main.

je déduis de tout cela
le centre qui manquait
et je pleure
le contraire des larmes

Peindre au couteau un ciel épais, où les nuages ont des visages, pour
faire éclater au-dessus de soi l'humour et la pudeur du sel sur la
langue et les joues rouges de la mer bleue, qui s'excuserait presque
d'être si grande et de causer tant de tourments.

je cherche un geste
de préférence inutile
comme celui de se coiffer
pour descendre la dune en courant

Maintenant, la mer est partout. Sur une chaise de bistrot, pliée dans
la poche, dans les yeux du livre.
Partout sauf là où elle devrait être, entre la ligne d'eau et l'autre
ligne d'en-face.

je cours si vite
que les vagues font la moitié du chemin
et viennent à ma rencontre

Il reste à tracer, sans sel et sans eau, un portrait en bord de mer où
on verra tout, même le milieu des gens, même la base des vagues, même
les visages dans les ronds de sable où je m'appuie.

09-02-2004

-- Ce qui s'incruste dans ma chair a parlé ce matin --
[kisslanding mix]



1.
[hélicoptères de l'armée tournant trois fois sur eux-mêmes]

les nerfs du soleil ont battu ce matin sur nos flancs
ici se découpe une montagne vers laquelle on ne marche jamais
terre accroupie de l'ennemi aux membres grèles
au visage différent

ici les rations d'eau se négocient à même la langue

2.
[la lumière d'une bougie révèle d'autres régions de toi]

assise en écharpe sur le sol glacé
tu marques d'une autre couleur les zones encore vivantes
quelque chose dans l'air démembre d'avance
les phrases possibles
alors personne ne dit rien

les nerfs du soleil ont éclairé ce matin le dessus de tes lèvres

3.
[si chaque instant avait son mot à dire]

je pose parfois mon oreille sur le sol du jardin
pour entendre ce que se disent les fleurs qui t'ont vue passer
patrouille quotidienne pour effacer le fracas
ici se découpe une montagne qui marche lourdement
corps ramassé de l'ennemi aux longues mains

au visage qui me ressemble

4.
[fin réseau de filaments qui brillent]

assise en tour de cou sur l'herbe irrégulière
penchée comme les brins par le souffle des pales
ici l'eau coule d'en-bas
pour boire il faut s'allonger de tout son long sur la terre
alors personne ne dit rien

les nerfs du soleil sont venus scintiller sur toi
ce qui s'inscruste dans ma chair a parlé ce matin

09-02-2004

-- Couloir de la mer --



liés au clou
soliloques abrasifs
sous le choc des couleurs
jetées gueule à gueule

rougeurs
plaques
peinture appliquée sur la peau
un monde se bouche
sa carte se décolle

seul reste
intacte
fichée en moi
la tige bleue qui me tient debout
le couloir de la mer

10-10-2003                          

-- Frôleur--



l'esprit frôleur
touche la zébrure
imaginaire
que j'aimerais tant porter au cou
à la fois cachée
et bien en évidence
comme une marque d'usine

le genre d'endroit par où
quelqu'un pourrait naître
ou simplement passer
me traverser pour aller quelque part

je fais semblant
de cacher mon cou
là où le frôleur
dresse
un étal sensible
où je peux me vendre

10-10-2003

-- Banc d'ombrelles --


quelques uns sont morts
d'avoir parlé des ombrelles

quelques uns sont morts
l'air heureux
en s'éteignant à peine
sans avoir pu prouver
que ce continent existe

pourtant
le long de ses côtes
vit bel et bien
un banc d'ombrelles
peuple au corps ouvert
qui scintille du désir
d'être raconté

10-10-2003

-- Plongeoir --


Tu riras du bleu de la piscine et des vertiges qui pinceront ton nez et
éblouiront tes yeux de mouches rouges et noires. De manèges de papillons
d'or aux fesses muticolores, à la trompe enrouée.
Trop de choses qui tournent.

Tu regarderas les autres enfants, comment les plonger tous ensemble
dans l'eau d'un même mouvement pour leur apprendre à vivre, comment les
obliger à te coiffer lentement en donnant à chacun de tes cheveux un nom
de reine.

tu t'amuseras
des péripéties du larynx
de ta voix plus basse puis plus haute
puis en dessous de l'audible
ce sera le temps
rien que le temps
qui te cherche

Tu songeras qu'il existe des chemins plus secs, plus rassurants.
Capable de te guérir des vagues. À te poser au centre dans un pays rond
et plat qui ne déborde jamais.
Tu songeras au sang qui goutte des maisons de famille à chaque fois que
tu en sors en promettant de revenir.

Mais tu continueras à sourire aux seins qui sortent de l'eau.
Non. À ce moment-là, tu ne songeras plus. Tu te videras avec appétit
pour plaire au monde, tu plongeras toutes sortes d'instruments dans ton
ventre pour faire de la place à une présence dont tu ne sauras pas si
elle vient pour te mordre ou pour te secréter.

Tu trouveras tous les moyens d'écoper la vie de toi. De la discréditer
pour mieux la connaître.

Puis tes chevilles se détendront pour te faire oublier le temps
au-dessus, le temps au-dessous, et il y ne restera plus que le délice de
tourner en l'air et d'échapper à tout.

et ton visage
ouvrira
le miroir
de la piscine
pour te sourire
juste avant l'impact

11-02-2004                  


-- Châteaux marchant sur la mer par un jour de grand soleil --


1.la colline des peines perdues

pour participer
au grand mouvement du monde
ils sont tous venus
ceux des sexes amplifiés
noués dans la machine
ceux des nuages métalliques
collés sur le visage

Ceux déformés par un éblouissement qui les a pris un jour sur le côté et
que personne n'a pensé à redresser ils sont juste resté là en oblique un
pied posé à plat sur le sol l'autre joint à lui seulement par le bout
d'un orteil et c'est cette aventure latérale qui leur donne l'air
perpétuel d'avoir aperçu une fleur incroyable et d'être pour toujours
sur le point de se pencher pour la cueillir

[respiration]

ou de tomber sur la vulnérabilité de leur flancs qui leur donne l'éclat
particulier des grands-voiles à demi rabattues.

ils sont tous venus
sur la colline des peines perdues
ils poussent leurs maisons
fragment par fragment
jusqu'en bas
jusqu'à la mer
le plus vite possible
se débarasser de soi


2.maisons sur le point de franchir l'obstacle

faire passer l'ombre de carotide en carotide pour noircir le sang qui
monte à la voix gonfler la gorge comme un oiseau en amour pour devenir
plus lourds sur la terre et chaque brin d'herbe foulés leur crie vous
êtes méchants méchants et des voix venues du sommet de la colline
assurent que ce n'est pas grave et qu'écraser le vivant relance une roue
encore plus grande et démonte les nuages métalliques les arrache
lentement de nos visages

[respiration]

un jour le cercle sera si vaste que nous tiendrons tous ensemble à
l'intérieur nous serons arrivés en haut de la colline là où on se montre
les uns aux autres les îles en riant et en leur donnant de meilleurs
noms

celle-ci te ressemble
regarde celle là est la mienne
regarde la lumière
qui fait semblant de se noyer
et tout ce qui tourne avec nous
est resté fidèle jusqu'à la mer

et regarde le soleil j'ai un petit objet chez moi qui lui ressemble je
m'en sers souvent pour récupérer les petits fragments de nous qui sont
tombés du bord de la table dans les rêves des autres et qui ont fait de
ces îles que tu vois les seuls endroits au monde où pousse cette fleur
incroyable vers laquelle tu te penches presque à la toucher


3. ce que dira la fleur incroyable

regarde ce petit objet on dirait le soleil mets le devant tes yeux et
regarde moi comme tu ne m'as jamais regardé regarde moi comme si la mer
était à peine plus grande que moi et surtout n'amoindris rien ajoutera
la voix en haut de la colline pendant que les maisons entraînées par
leur mouvement continueront de rouler vers le bas

[respiration]

et les flancs feront mal encore ce ne sera plus le même mal mais
l'autre mal celui qui signale que le mal est parti
puis je regarderai à mon tour en premier je me tournerai vers cette
fleur incroyable et ma main la touchera longtemps et son parfum fera un
grand bruit de machine qui s'arrête et de soie qui se déchire pour
montrer quelque chose qui attendait derrière pour être montré

personne n'osera bouger avant que nos flancs se referment

et nous verrons si clair
que les châteaux
pourront traverser la route
et marcher jusqu'à la mer

19-02-2004


-- Qu'avons-nous mangé ce jour là ? --

nu à quatre pattes
perdu dans la forêt de ma maison
j'anime les conversation du repas
fragile entourage d'une fève
je prends de nouveau ma tête dans mes mains
à la même page du ciel que ce jour là
entre le premier quartier et la pleine lune

mon corps étendu sur un matelas de miroirs
je me repose de moi

quelque part entre verre plein et verre vide
glissant le long de l'intérieur des phrases
je tente de retenir encore
cette semence qui vole horizontalement
et mouille les pages
de taches en forme de fleurs

je bois au tronc des arbres sans couteau ni fourchette
pour en extraire le temps
je bois au tronc des arbres qu'on a tués
pour écrire la plus basse version du livre
et servir le plat suivant

nu à quatre pattes
j'appuie de tout mon poids sur ces feuilles privées d'apesanteur
assises tranquillement à la même table que moi
quelque part entre le premier et le second cercle des tuiles

fragile entourage du ciel
j'emmène le dessert sur le toit

bien calé entre la première et la dernière page
je suis des yeux cet enfant debout sur la table
qui saute de verre en verre
juste pour jouer à être
une petite quantité d'eau qui marche

en attendant qu'on me débarasse
fragile entourage d'un souffle
je regarde mon reflet dans le rideau de pluie
quelque part entre moi et une version meilleure
je consulte à la même page du ciel
la rivière déchirée par les arêtes des meubles
et je me rends compte
qu'elle se pose exactement la même question que moi

nu à quatre pattes
perdu dans la forêt de ma maison
insecte blanc posé sur une nappe blanche sans imprimé
capable de remuer dans un sens ou dans l'autre
mais pas de me souvenir
de ce qu'on a bien pu manger ce jour là


26-02-2004


-- Geôlier qui relâche son sourire--



en temps ordinaire
j'entrepose la haine comme vous
en petits cubes conservés au froid
faciles à rouvrir
je marque d'un point noir avec un stylo bon marché
le fil à tirer pour m'enlever des autres

j'oublie comme vous
en temps ordinaire
quelle main j'ai levée la première
et jusqu'à l'ordre de mes doigts
malgré le rangement de mes ongles
du plus petit au plus grand

pourtant
paume qui vénère sa plaie
je remonte la piste
et je ris avec l'échelle qui monte de la glace vers le feu
autour d'un verre couvert de buée
sur laquelle des scènes se dessinent
et s'animent sous nos souffles croisés

des gens semblent couler le long des parois
et laisser des traces qui nous ressemblent
quelque chose qui parle plus que moi et moins que nous
sur lequel je pose mon oreille et ma joue
se courbe comme un dos de douceur
chargé d'un grand sac d'images et de sons

né sans histoires entre deux cordes
ma vraie venue au monde se produira bien plus tard
une nuit d'odeur d'herbes sous les nappes de chaleur
une de ces heures suspendues à toutes les autres
où on distingue enfin le hâle du vivant
le visage unique de chaque grillon
et ce que chaque antenne d'homme
a de particulier à apporter au monde

alors
-geôlier qui relâche son sourire-
je clignerai des yeux pour montrer que j'ai compris
je dessinerai une grande bouche qui sourit sur le frigidaire
et je me souviendrai du son de mes mains
frottées l'une contre l'autre

27-02-2004


-- Autoroute du 29 février --

tous les quatre ans je répare l'enfer
je profite de la journée qui existe à peine
pour arrêter la voiture rouge et descendre de moi
je vérifie les pneus et leurs traces de vie

l'enfer est une petite voiture de sport
douce et racée
que l'on conduit sans y penser
en souriant aux sièges
couvert de robes sombres et épaisses
on dirait alors
que des prêtres lancés à toute vitesse
traversent les arbres et les gens
en priant pour ne jamais s'arrêter

mais tous les quatre ans
une cloche sonne sur le volant
et me rappelle de garer le mal
en bordure du vivant
les portières se reposent
le toit s'ouvre en grand
le réservoir respire

vous êtes là aussi
armés d'outils et de chiffons
assis sur le capot encore brûlant
prenant le visage de l'autre dans vos mains
pour le démonter l'essuyer puis le remonter
en vivant les uns des autres

et de ce geste de tourner un cou
puis de passer très doucement le tissu autour des lèvres
naît un amour étrange

tous les quatre ans je cisèle la route
chargé d'entailles et de pluies douces à poser


29-02-2004

Accueil Qui suis-je ?

Poèmes Nouvelles Forum LiensyLivre d'or

Page de l'Autre

AvantAprès

M'écrire

Fond de page : "HiTile5",

une aquarelle peinte à la main de chez BrownieLocks :