Poèmes pour voler debout

mi novembre à fin octobre 2001

AvantAprès


-- Le goûter des nervures --



L'idole tuée brille de mille nuits roulées en boule, roulée dans une main tournée
vers le zénith de son corps.
Dorée de halètements, une épée dépassant de la bouche n'a plus de ronces à
poursuivre, mais seulement une direction à montrer.

En voyage sur le toit, la simplicité pas plus grande qu'un chat montre au ciel ce qui
serrait la tête.
Il y a des enfants heureux dans ce poing plus ouvert que bien des fleurs.
Et un goûter riant dans l'ombre, un goûter de nuit qui vient embrasser l'arche formée
ceux qui nouent leurs souffles comme des signaux. Tant d'espace pourtant, entre eux
et pourtant tant de joues l'une contre l'autre pour souffler sur ce vent artisan, le
grossir de soi.

Les anneaux qui relient les casseroles et les étoiles caressent la plante des pieds
et remontent dans chaque bulle boullonnante, offrant à chacune un monde à entourer,
ornant d'un intérieur la périphérie des nuits.

Une peau mystérieuse, qui n'est autre que la nôtre se moquant se ses écailles, qui
n'est autre que la nôtre retournée, se marbre alors de petites coupes à acueillir
l'océan. Peuple en soulèvement, elle captive de fenêtres chaque pas des feuilles
attentives qui apprennent à changer de couleur dans le jardin.
Sueur panier, se presse la flambée des pas en corbeille secouée. Ça ne se mange pas,
c'est posé là pour donner envie de faire se balancer la casserole toute la nuit,
comme un rêve sous un portique.

Alors, le goûter des nervures est prêt. Il parcourt les papilles d'un patio dont les
bleus avancent les uns autour des autres et se réchauffent avec le temps. un patio
qui est nous autour de l'eau.

16-11-2001


-- Écharpes --



Rien ne remplace
le plaisir d'entrer dans cette fluidité
absolue dénouée chaude
libre règne d'écume
conversation autour du cou

Démocratie des pirates
une femme choisit la couleur du drapeau
et la gravité du plongeon
il y a de la passion dans cet éventail

Une rose éveillée sourit à la durée des dès
et à son immense envie de réunir
ces tissus doux d'indulgence

Les vies se font signe avec des écharpes
et tant pis si les hommes sont toujours seuls
pourtant
il y a ces présences
aux doigts qui se touchent
et la poitrine qui respire sous ces draps debouts
sait ce qu'être veut dire

16-11-2001

-- Le jour où l'***** a ***** --


(poème libre à entr'écrire )



Un jour

*********

où chaque partie du jour est le matin

*********

aux instants sans meubles encombrants

*********

quelque chose s'est faufilé

*********

un petit animal de liberté

*********

c'était mon ombre

*********

qui revenait de vacances carboniques

*********

elle me dit :

*********

"je t'aime comme je suis
aime moi comme tu es"

*********

ou bien le contraire ?

*********

en tout cas
ça s'est passé un des nombreux matins
qui relient aujourd'hui à demain

*********


16-11-****


"Les couleurs sont des actions de la lumière"
- Goethe

Résidences

Vingt-et-unième pièce

Dessous



Dessous, c'est très haut.
Dessous, ça s'ouvre comme une lettre au-dessus du ciel.

Certains voient un dieu dans ces plis et se précipitent avec des brosses dorées en
poil de cris pour les nettoyer de gris, courent avec des torches dans les galeries,
pressés les uns contre les autres, se frottant les uns avec les autres pour produire
des étincelles.
Veulent t-ils trouver qui vit dans la maison d'en-bas ?
Veulent-ils brandir les premiers des timbres et des plaques de rues dont les noms
célèbreront leur découverte ? Être les premiers à
interviewer les habitants : "Quel est votre signe géologique ? Croyez-vous à la terre
du dessus ?" ?
Mais ils confondent tout. Par exemple, ils croient être assis sur le grand-père alors
qu'il ne s'agit que de la table de la cuisine qui se repose des hommes.

Heureusement la matière ne devient pas folle à leur simple contact. Pour s'animer, il
lui faut la tendresse d'un rayon émis par un homme qui marche tout seul, sans aucune
lumière dans la main, sans aucune voix
dans son oreille, sans aucune carte pour lui dire s'il monte ou s'il descend,

Régulièrement, des remous à l'intrieur de lui -lettres envoyées depuis le centre de
la terre- lui dictent quelques phrases qu'il n'écrit pas, mais éternue dans les
couloirs.
"C'est la peur qui gouverne le dessus du coffre. Le reste appartient à la roche, à la
grande eau tranquille, aux visions rouges d'un immense corps sombre qui refuse les
reflets. Tout le reste appartient à l'amour profond qui dépasse des scintillements
rocheux "

Des pierres tombent horizontalement vers lui. C'est sa peur embusquée au coin d'une
galerie du salon, sa peur en chasse qui lui jette des bouts de son propre corps.
Les cailloux jetés indiquent la direction opposée.

D'un souffle de quartz, il allume les bougies qui brillent sous le monde.

14-11-2001

-- À notre approche --



Arbres en surface
quelques nervures sur le lac
et pas plus que ça

Qu'est ce qui tremble mieux
que cette propagation des cercles
venus poser un cou sous les feuilles
pour que rien ne dévore
l'espace en équilibre
au centre des bras qui plongent ?

Je suis le corps d'un gyroscope
où le vide n'a rien taché
parce qu'il est partout
pour que la roue soit bien pleine
de nous et des forces obliques
qui polissent les ovales

J'ai passé quelques vies
dans le sens de la largeur
en-dessous de l'histoire
c'est pourquoi je sais les doutes
qui lancent des tourbillons sûrs de leur âme

Au bord de ce lac
nous nous aidons les uns les autres
pour faire la vaisselle des câlins
et quand les coeurs brillent
les feuilles ont des poitrines
et les pointes de l'hiver
deviennent presque supportables à saigner

J'ai oublié l'eau sale
et la recette pour faire les vagues
a soigneusement délivré le coffre dénoué
au fond du lac qui descend les escaliers

Bleu animé de stries rouges
je réponds à que l'eau raconte
et le marais miracle
devient facile à remuer
à notre approche

13-11-2001

-- Le chapitre du lecteur --




Sans doute
mes moments les plus heureux
je les aurai vécu entre les pages d'un livre
dont je serais
plus que le personnage
plus que l'auteur
plus que l'histoire
je serais le contraste entre l'encre et la feuille
corps qui délimite l'infini et le fini
et donne mouvement aux yeux

Je n'écris rien que ce blanc vibrant
sur lequel des couleurs ont pris pied

Ce vide au bout du rosier
cri gracieux d'espaces lourds
fait le jeu des mottes de mer
où l'air entre comme il veut

Je sais des gens
qui nous vivent tout haut en marchant
s'ils bougent
le livre bouge avec eux

Un de ces soirs d'hiver
fleurira par surprise
au beau milieu du livre
passionnant comme un feu
le chapitre du lecteur

09-11-2001

-- Mieux vaut embrasser --



Là où nous ne sommes pas
il y a la place pour un monde ou deux
une civilisation aux coutumes si proches
dont les rituels sont l'eau d'un puits renversé

Bas-relief de langage
il n'y a que le froid qui sauve
ce millefeuille couvert de neige

Si tu savais comme j'ai peur
quand tu ne nous dis rien

L'exégèse compliquée
d'un seul mouvement simple
attache plusieurs poids aux paupières
et ces clins d'ombre
me rapprochent encore plus de toi

Des poches de mots
conservent les cadavres des juges
en mauvais état
et leur chute est un printemps
tu sais
cette harmonie muette
ne détruit qu'eux

Tresses de départs et d'arrivées nouées
trombes de cernes sur le ventre
une bouche voyage sur les visages
pour leur dire :

"Ce n'est pas dans les lignes de la main qu'il faudrait lire
mais dans sa chaleur
quand elle se pose sur un front
pour articuler la fièvre
comme un langage serein "

C'est tellement beau
d'entendre les voyelles et les consonnes
chanter ensemble

Quand cette bouche parle
mieux vaut embrasser

09-11-2001

-- Mieux vaut embrasser --



Là où nous ne sommes pas
il y a la place pour un monde ou deux
une civilisation aux coutumes si proches
dont les rituels sont l'eau d'un puits renversé

Bas-relief de langage
il n'y a que le froid qui sauve
ce millefeuille couvert de neige

Si tu savais comme j'ai peur
quand tu ne nous dis rien

L'exégèse compliquée
d'un seul mouvement simple
attache plusieurs poids aux paupières
et ces clins d'ombre
me rapprochent encore plus de toi

Des poches de mots
conservent les cadavres des juges
en mauvais état
et leur chute est un printemps
tu sais
cette harmonie muette
ne détruit qu'eux

Tresses de départs et d'arrivées nouées
trombes de cernes sur le ventre
une bouche voyage sur les visages
pour leur dire :

"Ce n'est pas dans les lignes de la main qu'il faudrait lire
mais dans sa chaleur
quand elle se pose sur un front
pour articuler la fièvre
comme un langage serein "

C'est tellement beau
d'entendre les voyelles et les consonnes
chanter ensemble

Quand cette bouche parle
mieux vaut embrasser

09-11-2001

-- Les douze travaux du soleil --


Pour se réveiller
de plus loin qu'hier
le soleil a besoin
d'une ombre qui l'étonne
et d'un rêve qui le rêve

Avant
couché durant trop de nuits
il s'est tenu
au bord de toute existence

Un début d'hier
un rayon de demain
avant de décider
d'entrer dans la lumière
les paupières vérifient
le métier des mélanges
et la position
du calendrier dans le ciel

Maintenant
les feuilles sont rouges
à moins que les arbres aient pris feu
Maintenant
il fait jour
à moins qu'on ait repeint les étoiles en bleu

Le dos du matin craque un peu
c'est normal
le rêve a fait son travail

Encore une journée à traverser
et de demain
il ne restera
qu'un sourire croisé par miracle

09-11-2001

-- Les petits métiers de la lune --



Rien ne m'oblige à ne pas venir ici pour regarder le jour à travers le noir.

J'habite un gant gracieusement offert par une main car l'infini n'est pas une chambre
où passer la nuit. On risquerait d'y voir le soleil se lever en-dessous de soi. Et
puis, c'est un peu grand à chauffer.

Vivre à la place dans un incompressible petit coeur permet d'arpenter un lieu
raisonnable, je veux dire façonné à la taille des découvertes. Par cet espace
irréductible naissent des tables de petits déjeûners à prendre avant l'aube (de
savantes études ont prouvé que des tartines exposées à la lumière de la lune durent
plus longtemps et font rêver la bouche).

Alors, comme ça, les astres ont grandi là, chacun dévoué à sa tâche, chacun tenant
dans la main un bout de l'autre, chacun offrant à l'autre des échelles pour boire un
peu plus haut ?

Nul ne sait ce qu'il adviendra de ce moment et de cet endroit qui sont moi.
Surtout à l'instant où les reins pèsent lourds dans le dos et appuient comme deux
tunnels en équilibre. On se croit aspiré par le tranchant d'un bruit, dévoré par la
lumière crue, mais c'est la lune qui travaille notre corps et nous fait pousser des
ailes par surprise.

Elle apprécie le geste de ces hommes qui lancent leur âme vers ses yeux. En échange,
elle s'expose au rayonnement des épaules qui la portent de nuit en nuit.
Lune de terre, elle agrandit la matière-frère pour y faire tenir une grande idée : et
si le monde était un atelier ?

Penchés sur notre sol, parcourus d'outils intelligents posés sur un établi de tendre
savoir-faire, nous serions alors les petits métiers de la lune, souples figurines
sculptées dans la nacre, ouvragées comme des heures aux bras grands ouverts .

09-11-2001





"Les couleurs sont des actions de la lumière"
- Goethe

Résidences

Vingtième pièce

Le réveil des reines rouges


La maison n'est pas un coffret aveugle, un de ces greniers sans mémoire qui ne colle
pas aux mains.
Pensée par la mer, elle fait partie de ces organismes à échanges dont les briques
sont la conscience posée jour sur jour.

Les briques sont les reines rouges, la route pavée des orchestres édifices.

Quand nous progressons à travers ses pièces, nous tenons dans une main des
silhouettes de papier découpé.
De l'autre main, nous ramenons le tissu de nos vêtements plus près de nous, comme un
gouvernail aux plis tendres qui orienterait nos virages sensoriels.

Que donner comme voyage à la maison ? Ajourer ses briques pour que l'air les
traverse, les transformer en instruments de musique aux notes égales comme des
visages bien en face les uns des autres ?
Faire descendre les fils jusqu'au bord du front et tenir en vie un monde qui se
prépare à l'harmonie ?

La silhouette de papier bouge, se relaie de retours dépliés et d'allers mimés.
Elle parle au bout de la main :
"Les briques, je les veux épaisses, je les veux composées d'atomes volontaires et
denses, je les veux lestes comme des anges explorateurs au milieu d'une forêt qui
aurait de la conversation."

Briques à l'abricot, reines rouges soleil en croisement des yeux retroussés par
l'envers du danger, leur flux se tient bien droit à table mais ne manque jamais de
surprendre les seuils.

Au milieu d'un repas de refrain, au centre d'une fête pastel, j'ai posé la plus
réussie de mes silhouettes en papier sur l'arête de la plus rêveuse d'entre les
reines rouges.


Alors, sa conscience s'est éveillée. Il n'y a pas de quoi en faire un évanouissement
de fondations, juste une bonne fièvre de bâtisseur.
La maison ne s'en fait pas, elle laisse se propager le prodige des soleils chinois
qui s'animent sur les murs

Cette éruption d'épures sera guérie par la poussée des pièces. Et le corps de la
maison, tissé de reines rouges se répondant les unes les autres, ne sera pas bien
loin de ressembler à celui du jardin.

02-11-2001

-- Une par une --



Des îles au milieu de la grande fatigue mais aussi quelque chose qui a envie de
bondir et de célébrer un évènement illisible.
Renommés par leur dissidence, des objets usuels mêlés à des parties du corps.
Tous servent à quelque chose. Tous s'inclinent, surgissent et se meuvent à loisir,
selon une écriture aussi large que haute.
Et surtout, chaque élément tourne dans un autre élément, danses enchâssées mais
libres.
Observer cela occupe toute une après midi d'automne, y compris le crépuscule. Puis se
lancer à son tout et y participer dans un mouvement généreux que plus rien ne divise
ne doit pas faire oublier d'isoler ses fenêtres avec des livres. L'hiver arrive.
Quand le vent soufflera d'en-bas, il fera un froid très intelligent.

En attendant, cette heure est à peindre.

Quelque chose glisse depuis le toit.
L'air prévient l'arbre, l'arbre alerte les odeurs, les odeurs avertissent la maison,
la maison met en garde les oiseaux, les oiseaux viennent marcher dans la main. La
main attrape un pinceau qui va de très loin à tout près.

Mais la main
la main dans rien
la main toute seule dans la poche
région d'avant les lettres
tant pis pour la conférence
je vais trouver autre chose
mais je laisserai quand même
le verre d'eau près de moi
pour parler plus clairement

Le monde regarde avec incrédulité cette étrange espèce qui attend d'être morte de
soif pour se mettre à boire. Malgré quelques mouvements de poignets très gracieux et
des lèvres heureuses de chanter, apprendre à regretter est t-il si indispensable à la
bonne continuation de cette journée sans accrocs jusqu'au soir ?
Ne pas oublier la frange importante de notre population qui aime mentir.
Je mélange mes mains, la droite à gauche, la gauche à droite, plus quelques
mouvements vers le haut et vers le bas pour bien montrer que nous sommes en pleine
scéance de magie. Il ne faudrait pas qu'on vienne confondre un souffle donné en
infinie douceur dans les cheveux avec des piétinements très serrés dûs à des
mouvements qui s'interrogent.
Au milieu de tout ça, les coeurs ont besoins de contours.



Quel autre mouvement
pour imbiber le chevalet ?
peut-être une facétie pour ciseler l'homme

Il pleut des yeux
tant mieux
pour les petits bouts de papiers
découpés derrière mon dos
tant mieux
pour les corps cachés derrière les rideaux

L'oreille contre le tableau
et les couleurs tièdes
qui donnent leur nom
et se présentent
une par une

Grâce au langage de la finesse des sensations dans la paume, ces instants ne se
suivent pas tous mais ils se comprennent parfaitement entre eux


02-11-2001.




-- Galeries amphibiennes --


Les lumières
dans les mains
mouillées
les lumières
les yeux dans l'eau verte
l'eau fermée
l'eau plonge dans l'eau

La pression
de l'air
sur la pierre
la pression
la peau dans le noir
le noir bordé
le noir éclate dans le noir
engendre
des îles de lumière et de mousse tendre
où vivent quelques tableaux
à peine émergés

La ville
n'a pas peur de dormir seule
lèvres frottées de temps
nous sommes les lampes qui veillent
les enfants qui dorment
les enfants de cinq siècles
procession grenadine
pointes de soleil couchant
capuchons d'équilibre
le soleil dans ma main
et un pont
qui souhaite grandir encore

Les pas dans la nuit
canal des chandelles
mêche enroulée aux jambes
les jambes dans le froid
le froid réchauffé
dans la cité sans peur
nuage de tendresse



Entre les bordures intimes
pas entourés de places
passages de présence
quels fragments d'amour
prendront la dernière fête du soir
pour rentrer
où même pour aller
au delà de chez eux
jusqu'aux galeries amphibiennes ?

26-10-2001


-- L'instant choisi d'une bouche ronde --


L'eau qui entre en nous
nous fait grandir
plus encore
que celle qui sort de nous
car elle nous amenuise

La vie tourne les hommes porte à porte
et je ne sais rien
de leurs ancres contractées
ni de la survie des pépins salés

La rivière pluie guérit les poissons-fruits
disent les reflets ouvragés
germes de cristal
tes pommettes accoudées
sur le pont des balancelles

L'eau verte s'abstient de nous révèler sa mission
et les maisons qui bordent la rue
ont les pieds dans l'âme
leurs lampes réinventent le rivage
et la table au bord du ciel
simple saut tranquille
tient nos vies sur son épaule

Délivrée
ta bouche
mon attention se porte
sur le rond qu'elle semble former

Quelles lettres à souffler dans l'hiver ?

25-10-2001


"Les couleurs sont des actions de la lumière"
- Goethe

Résidences

Dix-neuvième pièce

La colline des cheminées étonnantes



La prochaine fois que j'inviterai l'architecte, je lui dirai que j'ai changé d'avis :
c'était une bonne idée de mettre une colline sur le flanc de la maison.
Je l'inviterai derrière son dos, pour dessiner des sourires sur le plan qu'il tiendra
dans sa main. Sa main doucement en contact avec le papier roulé. Ni serré, ni
échappé. Ni à lire. ni à rosir, mais à roussir comme un ciel qui s'aventure à sortir
le soir.

La colline bouge avec nous ou sans nous, c'est selon, mais elle a une préférence.
Elle est jalonnée de cheminées. L'architecte dit qu'elles sont là pour nous étonner
de couleurs. Nous ne les verrons pas en progressant sur la colline au seul rythme de
nos fronts qui poussent sur la membrane de l'air. Si nous sautons à la gorge des
flammes, elles resteront en noir et blanc, posant dans la suie comme des souvenirs
fiers de tenir debout.

Ces flammes nichées dans la maison, il aurait pu les mettre près de la cuisine, cela
nous aurait permis d'économiser sur les plaques à retourner les instants. Mais sans
doute, c'était trop simple pour cette entreprise diagonale qui représente la création
d'une maison droite.
Un peu comme si je murmurais ton nom en italiques dans le creux de ton oreille.

Bien sûr, les cheminées de la colline nous poseront des questions. À nous de les
étonner à notre tour pour leur donner envie de poser une motte de terre sur l'autre,
et jouer au sommet qui court vers le ciel.
Plus vite que nous ? Pour cela, le grenat des poitrines en plein vent réunira les
enjambées.
À la vitesse de la douceur ? Alors, les flammes seront ocre vivant, épaisses
d'échelles.
Un peu comme si nous étions des âtres main à main

25-10-2001

-- Verve acquitée --



Alors c'était comme ça ?
il s'approchait cadencé de grelots
de puissances ombellifères
âme compensée de semelles
comme ces demains pneumatiques
sous les chaussures des filles d'aujourd'hui ?

Il regardait à travers quoi ?
rebond de rémiges
il semblait posséder un certain style
dans l'art de commencer par la fin
et une propension au velours chair
qui rapproche les pays

Quels fluides à filer
roulait-il sous l'assiette du goûter ?
à l'heure où sonnait le rappel des lèvres
dans leurs quartiers d'hivers
il empilait encore des alpages
hangars d' étoiles à cueillir sous des draperies étranges
aux cercles composés de carrés

Et comment faisait-il
pour se taire dans ta voix
et penser la poussée
coeur sous la ligne
enfiévré d'un instant
qui te ressemblait ?

24-10-01

-- J'envie les appendices --



J'envie les appendices
et tout ce qui élève les surfaces
au-dessus de leur ordinaire
car leurs saveurs d'alignés voyous
dérangent les experts

Je viens buter contre les fronts qui se cognent
criants commerces suturés de mutisme
j'éclaire les cloches de tendresses battantes
barbaries assurées d'un diapason
j'importe des pouparlers de libellules
des quartiers de foules vives

J'écrème les clarines épaisses
et les battoirs charivaris
je recueille la mélodie
sans suivre la voie des vaches
trop peu douées pour courir après leurs prochains jours

Métier qui peine
à maintenir les fils en terre
je n'envie pas les crépitements des vitrines
je compte les existences
qu'il reste à affamer
pour rassasier mes mains
ces rivières relevées
réclament des aveugles à traverser
dans une rue à toucher

24-10-2001

-- Château agenouillé --



Chaque matin
dos à ma glace
je viens me raser de rochers

Selon l'abondance du prisme
mes voisins de salle de bain
disent que je ressemble aux mourants
où que je franchis d'un bras les rideaux d'incisions

Tuyauterie d'enchanteurs
la vie se moque du monde
et mon miroir à mi-chemin
de la pluie et des gouttières
ravage de roues sensuelles
l'imprévu d'architecte
dans le château en fête

Ce qui bat des herbes
pèse son probable de friches
ses rêveries ardentes aux gravures opportunes
petites morts balancées d'arbustes
mes coins luisants de force
comme une embrassade de dancerie poignante

Et l'art de vouloir sous les lustres
m'ouvre un coffre où se donne cette sorte de bal
pendant lequel le ménestrel avouerait l'odeur d'offrande
sous les aisselles des femmes
en regardant loin devant moi

Douceur qui bouscule les sèves aréoles
sources sans prolifération d'archives
ces pas réveillent un réseau possible
de la gorge rougie jusqu'aux extrémités jouies


En ivresse d'équilibre
tourbillon sur le porte-savon
cette mouvance est solide
elle délivre s'ils le veulent
les occupants des reflets
du château agenouillé
devant son double décalé

24-10-2001


"Toute destinée, si longue et si compliquée soit-elle, compte en réalité un seul
moment : celui où l'homme sait une fois pour toutes qui il est"
-Jorge Luis Borges

Résidences

Dix-huitième pièce

La planche à incliner les chagrins



En l'approchant, on prendrait presque cette île en longueur pour une erreur, ou un
tapis mal coiffé. Mais comme rien dans la pièce ne bouge pour la faire changer de
forme, la planche et toi, vous vous apprivoisez tranquillement.
Les sortes de piquets que l'on distingue sur elle ne sont pas des clous, mais des
petits arbres. À chaque fois que tu diras "aïe ! sans t'être piqué", ils pousseront
un peu plus, pour te montrer qu'ils t'accompagnent. Lorsque tu marche vers l'avant,
ils progressent vers le haut.

L'île en longueur ne mesure pas toujours la même taille. Ses vagues de bois montent
et descendent avec les humeurs, elles sont le contraire des échardes et les toucher
guérit du froid.

La planche à surprises ne s'ennuie jamais. Elle regarde, avant nous, le côté de la
maison tourné vers le futur. Là où les oiseaux ne savent pas se retenir d'annoncer
que le soleil arrive.
Vas-tu t"engager sur la planche avec tes deux pieds pour qu'elle reste entière ?
Ou préféreras-tu t'élancer et faire le saut de l'amour pour la surprendre à ton tour
?

Je ne sais pas comment passer d'une saison de la maison à un autre. Mais j'ai
remarqué que plus j'approche de la planche, plus mes chagrins s'inclinent.
Des lèvres s'étirent vers le haut. Et je crois bien que ce sont les miennes.

21-10-2001

Avant Après