Poèmes pour voler debout

fin février à fin janvier 2002

AvantAprès


"Les aquarelles faites à l'eau de mer se gondolent au moment des grandes
marées"
-Alphonse Allais

À bord du continent bleu

Sixième courant

La côte des imperméables



Il y aurait un nouveau jeu.
Soudain, se reconnaître n'aurait rien d'impossible.

Il suffirait de s'engouffrer dans la pluie qui nous éclaire, dans cette
eau douce qui sait battre l'eau salée, mélanger la mer à la rivière, et
nos corps aux nuages.
La côte découvrirait sa pellicule étanche.
Il y aurait bien des coquillages à lire, bien des nuits à nacrer.

soudain le sable prendrait corps
enroulé par le vent
se mettrait à marcher vers il ne saurait où
soudain la terre aimerait vieillir
comme une aurore en fût

Il suffirait d'adoucir les étraves. Et de courir d'un bout à l'autre du
bateau, sillages d'encre dans le bois clair. Nos peaux. Fermées. Arides.
Cerclées de panneaux hostiles à toute navigation.

Il suffirait que la vigie dise "Femme !" au lieu de "Terre !". À moi
seul, je ferais le tour de toutes tes lèvres, avec escales.
La côte tournerait comme une clé découpée dans nos âmes.

Et les mouettes
plongeraient depuis demain
nous prendraient dans leur bec
éteindraient nos entrailles opaques
caresseraient nos paupières
en criant le mot qui nous allume

Saoûles de l'espoir de finir d'exister, les rimes des ombres
promettraient de ne plus cingler vers le plus loin de soi que nous
fréquentions assidûment, clients fidèles des chiens qui nous mordent.
Tripots de varech. On jetterait par dessus nos épaules les verres
sombres qui nous brisent . Leur éclatement nous rassemblerait.
Estaminets de trottoirs frelatés, où moi, l'homme, même la nuit je suis
la pute du soleil qui viendra, demain, bientôt, tout de suite, déjà.
On ne payerait plus nos fautes.

jetées au vagues
Soudain les femmes oseraient sourire de travers
trembler parce que l'espace est si grand
presqu'autant qu'elles
et du monde desséché de masques sans sel
des hommes s'avanceraient
pour venir frissonner au fond d'elles

La côte des imperméables, à l'épaule déjà nue, entourerait de
tendresse notre friture d'impostures, pêchée en plein roc, éprise de
poings fermés, captive des angles de nos visages qui se regardent en
coin.

Nous serions de nouveau ces enfants qui se retrouvent et se multiplient
autour d'un simple écarquillement de lune. Les éviers des abysses
n'étoufferaient plus sous les souffles perdus qui se vident en nous.

la tempête des enfants
battrait contre les flancs de la lune
sans râcler les récifs
la côte des imperméables
se déshabillerait
et la plus noire des vagues
la plus petite convulsion d'astres
saurait me laver de ce qui n'est pas toi.

Il y aurait un nouveau jeu.
Soudain, s'asperger serait devenu naturel.
Il y aurait un grand assassinat miraculeux, un grand mouvement bleu qui
basculerait le poids du ciel dans le verrou des voiles.


22-02-2002




-- Le déplacement des fleurs des champs --


L'hiver a tout inventé.
Il a forgé jusqu'au moindre crissement le grand corps de plastique qui
voulait recouvrir la terre et s'infiltrer dans ses poumons.
Il a lutté avec la matière en se blotissant contre des lests.


Il a donné des noms au temps

L'argent qui cingle et dilue la vallée dans un grand carcan glacé
d'ombre
seulement le temps des villes n'est pas le temps des champs
et l'eau qui marche vient tenir dans ses bras doux
cet oriflamme de fleurs couchées
ces couleurs à pleuvoir partout
le long des hommes
heures sauvages
d'éternité qui
tourne

Ses pieds froids se sont alors tournés vers les prés, là où les fleurs
tournaient. Astragale réglisse, Citronnelle, Arroche étalée, Stellaire
holostée, Silène penchée. Des noms à cueillir ou à mélanger pour qu'il
se trompent de saison, de taille, de propriétés médicinales.
Chacune savait où poussait l'autre, chacune savait se déplacer, comme
une averse munie de jambes.
Elles donnaient des bals en plein air, et leurs clochettes à corolles,
leurs carillons carabinés affolait l'hiver, perclus de bourgeonnements,
courbaturé d'éclosions, grippé de perce-neige.
Agonisant de sources, il mastiquait un plan pour que l'hiver dure toute
l'année et qu'il puisse cesser de rouler le soleil devant lui comme un
rocher. Et surtout que ces insolentes petites lunes bariolées cessent de
virevolter et de retourner la terre en dansant.


Mais
pauvre hiver
d'un seul coup
parce que c'était dimanche
parce que l'eau se déplaçait
un peu plus vite encore sur ses jambes
il a cessé d'intéresser l'univers et ses assistants
qui ont tous complètement oublié de le fournir en hydrogène
les fleurs savaient ce que tourner veut dire et elles tenaient beaucoup

à garder leurs noms

21-02-2002







-- Déprendre la température --


J'envisage d'en finir d'ici peu
avec le thermomètre
et sa manie de monter puis descendre

Dans un pot de fleurs en fièvres
il poussera en parfaite santé

À l'instant où mon corps tressaute
et revient d'hier
j'applique ses feuilles sur mon front
pour imprimer le journal de demain

Et après tout
peu importe si les jours ont froid ou chaud
mon poids les rendra heureux

20-02-2002




-- Mais qui parle d'évaporation ? --



Cinq heures
il est temps de sortir la rivière de sa théière
et de la verser pour qu'elle s'aère un peu
ses bords sont formés de moi
et réciproquement

Nous buvons ensemble
nos torses bombés sur le plus insolite des verrous
celui qui reste toujours ouvert

Nous buvons autour d'un puits muni d'anses
autant dire un gouffre optimiste
(grâce à la soif et à la bonne éducation
les éventuels lancers de gouttes passeront inaperçus)

Dans le puits un caillou vole
toujours vert
comme ces poussins de poussière
qui nagent dans l'air
le jour où ma fenêtre choisit l'étincelle du mois

Tapis de fierté secouée
notre image à la télé
proclame que l'amour est un produit ménager
une passoire ouverte à la robe essorée
qui transpire de circuler
d'oreille en oreille par l'intérieur du corps
pour mieux connaître le point de vue de l'autre

Mais qui vous oblige à les écouter ?
je ne crois pas à la publicité
ni aux outrances de nos parois
qui feraient tout pour attirer notre attention
tout le monde sait que l'amour
est la sphère dans laquelle nous infusons




D'ailleurs il n'est plus cinq heures
et nous ne sommes pas encore bus


19-02-2002




-- Petits travaux d'aménagement --


Le ciel a forgé le jardin
et moi je retourne à la pluie
les bras autour des genoux
comme les enfants en forme d'allumette
brindilles qui voudraient se mouiller
un peu mais pas trop

Je retourne à l'eau qui marche sur nos vies
et je salue sa tendance à vrombir

Le seul son des gouttes ne lui suffit pas
elle a besoin d'un autre bruit
du chant d'un souffle qui vibre comme une antenne
il y a de l'humour dans cette envie
plus belle encore que l'envers des larmes
quand leur mouvement désespère de s'arrêter de rire
ou bien pleure de se cacher

Je rêve de ce simple pas frotté sur le grattoir
de cette seconde plus neuve que celle d'avant
je l'ai déjà vécue
peut-être à moitié seulement quand j'y réfléchis
en tout cas je sais les coins tendres des meubles sur les flancs
quand on marche à tâtons la nuit
vers quelqu'un qu'on aime

Nous en aurons vu des pays
avant de revenir
rien n'était de trop
puiqu'ici
rien ne vieillit assez gravement pour changer de couleur

J'aime ces moments uniques
où le bleu brûle sans jamais se répèter
j'aime ce pays où le feu prie pour notre retour
terre où le soufre bénit les hommes
ciel où je me moque des autres



La pluie a forgé le jardin jusque dans la cuisine

tu as suspendu les ustensiles en cuivre
avec tous ces objets que tu animes
d'une façon qui les rend très doux
comme tout ce qui me parle de toi


18-02-2002




"Attrape une vague et tu seras assis tout en haut du monde"
(une chanson des Beach Boys)


-- Les îles qui tremblent sous la mer --


Pourquoi cette tristesse
de ne pas savoir donner un titre à ce temps
sous prétexte que les goélettes
glisseraient peut-être mieux sur la rivière d'un tapis d'algues
que sur la vitesse des vagues ?

J'éponge en ventre nettoyé
tout le lest de ce qui n'est pas dit
somme toute rien de grave ne saigne au travers de ces mailles
les mouettes emporteront à son heure le reste du monde
pas toi

L'aube en médecine douce
se chargera plus tard d'ausculter les variations du ventre
en posant son oreille sur les sauts des couleurs sauvages
qui prennent l'eau comme une femme

Corps cambré d'étraves
j'éclaire ta profondeur

ils bondissent
nous bondissons
de soir en soir depuis la falaise
fils d'argent ancrés sur la marée qui montre le tempo

Émus par le contraste
des bouées sur la lumière
nous levons la coupe qui se balance aux arbres
pour présenter au vent
son eau parcourue de roues


Elle bondit
nous bondissons
vague bien droite sur ses jambes qui tremblent en secret
lune fière de tenir le tableau d'un soleil qui trébuche
et sculpte de l'intérieur son sel d'or aux joues rouges

Pourquoi cette envie d'étreindre les courants
d'ouvrir les colonnes d'eau entre les bras des continents
quand tout à terre rêve d'ascension
et d'immerger les feux navigables
pour réchauffer les îles qui tremblent ?

05-02-2002




"Quand je vois la couleur, j'entends de la musique"
- Vassili Kandinsky

-- Lucioles à peine éraflées --


La nuit prochaine soulève à peine son poids d'insectes
que déjà ma main saisit le livre non écrit

J'ouvre la fenêtre
les lucioles traduisent
et profitent du papier pour s'asseoir un moment

Un air étrangement doux
estompe la différence entre les yeux et les feuilles
aucune créature ne doit se sentir seule

Chaleur accroupie sur le titre
La nuit vit sa vie de lectrice
et régle la luminosité du chemin d'ailes

Bordé de corpuscules harmonieux
j'entame à peine la lecture du vide entre les pages
-indispensable pour remplir chaque lettre-
et les mots séparés les uns des autres
confient aux lucioles
la mission de faire briller à voix haute
l'éraflure sur ma paume

04-02-2002



-- Peu de congés possibles pour une salamandre sérieuse --


Je voudrais tant savoir
si l'être immonde fascine toujours mes semblables
si les méandres massives jaillies de son contraire
dressent toujours leurs piliers bleus jusqu'au sommet du crâne

J'aimerais prendre le temps de connaître
à foulées de monument
le point de vue de l'infiniment petit
apprendre quelle quantité de lumière mangent les rouge-gorge
avant d'accrocher la beauté à leur cou

Mais quand on est longue allongée très basse
toute la terre défile en même temps sous soi
d'un seul revers de mon logis d'écailles
j'essuie les flammes qu'on me lance
et traverse les bouches mal intentionnées
en rêvant d'un congé vertical
où j'apprendrais l'histoire de l'art et à conduire une grue
pour construire une maison très haute
où il faudrait toute une vie à mes soeurs
pour atteindre le haut du mur

31-01-2002



"Rien de pire ne peut arriver à quelqu'un que d'être complètement
compris"
-Jung

-- Petits points à relier avec des fils de couleur sortis de soi --


Des points apparaissent. Sur le bois de la porte d'abord, en-dessous du
niveau de mes yeux. Sans doute pour que je lève pas la tête tout de
suite.

Le ciel, quoi le ciel ? Si je cesse de le regarder deux minutes, ça le
fera marcher sur des jambes plus courtes, donc plus proches de l'humour
du sol.
De toute façon, beaucoup de ses abeilles m'environnent. À moins que je
ne sois l'une d'elles et qu'elles fassent tout pour que j'en souvienne.
C'est un peu comme un petit déjeuner parfait dont on aurait eu envie
toute sa vie, mais qu'on n'arriverait pas à reconstituer tout à fait
entièrement.

La lumière est sèche, secouée d'angles, zébrée de créatures invisibles
qui la rendent stridente et piquante. Sauf celle que je tiens dans mes
mains. Celle-là est comme je les aime, un peu usée de me comprendre.
C'est pour son bien.
Mais pour le reste de la lumière, qu'ai-je donc à me faire pardonner ?
Je la préférerais plus lourdement douce, ombragée, épaisse avec des plis
pour se construire un auvent, une arche d'épaules pour converser dessous
ensemble à voix basse.

Demain, j'essaierai le sommeil, tout ce petit monde y verra peut-être
les choses autrement, glissant sur une longue suite de voyelles, sans se
cogner aux consonnes et s'abolir de sections.
L'air, non le souffle, ne gardera que les plus fluides des abeilles,
celles qui joignent le "oh" d'une expression d'étonnement au "ah" de la
simple constatation d'un univers entier.

Vus de plus près, les points ont des couleurs qui vont aider la lumière
à m'être plus familière. Déjà, elle me soulève doucement pour jouer à la
soif et rapprocher mes lèvres de l'eau.
Je n'ai rien à craindre de ma soif.
Si je bois de l'eau, elle deviendra une autre boisson en passant à
travers moi.
Elle parlera aux points, pendant que j'étirerai un long fil fluide de
couleurs faites de moi.
Pour essayer d'organiser l'essaim qui chuchote derrière moi, je ferai
venir le fil depuis le creux de mon dos. Je sais le faire. C'est un
terrain d'entente, un pacte secret entre le monde et moi.
C'est notre sagesse à risques.

J'ai toutes les créations du monde possibles dans ma tête. Il faut que
j'en choisisse une. C'est le moment que craignent les abeilles. Hop,
elles rentrent leur dard, viennent m'apporter du miel volant avec une
expression détachée. Mais pour la soif, il y a mieux.

Pour éviter le pire, l'eau décide de me boire moi. L'eau des chansons,
l'eau des jeux à changer de forme, l'eau des flaques à écouter glisser à
l'intérieur, l'eau des instants qui se versent les uns dans les autres,
l'eau des visages heureusement surpris, l'eau des peurs escaladées,

La taille des points augmente. J'aimerais vivre dans l'un d'entre eux,
un seul. Non pas que la multitude m'effraie. C'est plutôt moi qui lui
fait peur,
parce que je ne compte pas par chiffres, pas à cette heure-ci. Je dis
"très, beaucoup, trop, plein", c'est plus précis.
Les points savent mon destin. Ils travaillent, même s'ils ont l'air
d'exister à peine. Justement, c'est leur travail. Être présents.
Pour que je les relie avec des fils de couleur sortis de moi.

Les points, je vous parle. Qu'est-ce que vous voulez faire plus tard ?
Être des cicatrices d'avenir ?

31-01-2002

"(...)cette bouteille, ce verre, un gros galet sur une plage déserte, ce
sont des choses immobiles mais elles déclenchent dans mon esprit de
grands
mouvements. ".
-Juan Miro



-- Personnages en présence d'une métamorphose --


Contrebleus

Tôt, le matin, je trouve souvent la vie intelligente.
Il y a cette dune à descendre en courant. L'eau dont on sent qu'elle
deviendra dure à cause de la vitesse. Sa lumière serrée en témoigne
dejà.
Je ne me dis jamais que les choses se sont replacées comme lorsque
j'étais enfant. Je savais déjà alors que l'eau n'est pas seulement un
refuge.

Un cerf-volant au dessus de moi. Impossible d'apercevoir la personne
qui le tient. J'en ressens un malaise. Je voudrais attraper quelque
chose, tout de suite, le serrer contre moi.
Des bleus inattendus se cachent dans des caisses à ouvrir.
Je sens un peu fort. De manière pas désagréable. C'est l'odeur de ce
que je n'ai pas encore saisi.
Les bleus ont trop chaud.
La vie trouverait dommage de me laver maintenant.

*

Minirouges

La suite s'organise autour d'une expression d'étonnement partie de mon
visage.
Cela ressemble au moment où une station de radio interrompt ses
programmes pour annoncer une nouvelle importante, à la fin d'une
après-midi ennuyeuse.




Il y avait des traînées pourpres dans les vagues. Ce devait être ma
faute. J'oublie toujours d'immobiliser la mer quand je la regarde.

Attiré par mon odeur, un tableau de Miro s'est échappé pour me
rejoindre. Il se trouvait dans le petit musée de la vieille ville ,
celui en haut des marches où on m'a prié de sortir parce que je mangeais
une glace trop rouge.
Ses personnages en liberté ont commencé à modifier tout ce qui est
autour d'eux.
Ils ne commencent pas par l'aspect, mais par l'intérieur.
Je vacille un peu sur mes jambes. Une présence inconnue vient habiter
mon ventre.
Je sais à cet instant que toute trace d'eau douce a disparu de la
ville.

*

Ultrajaunes

La nuit est venue mordre le reste du temps un peu plus tôt que prévu.
Contre la cohérence de l'univers, il existe un traitement bien plus
efficace qu'une tempête. Il suffit de remuer les fragments de son corps
les uns autour des autres.
La bestialité de ce cosmos m'enchante, me plaque au sol.
Le cerf-volant du matin est tout près de moi, il est en train de fouir
le sable. Comme moi, il voudrait être responsable des malheurs du monde,
le traîner derrière soi au bout d'un fil sale.
Je le serre contre moi, le lèche comme une glace dont je ne verrais que
les contours, dont je serais le vrai parfum.

Les personnages de Miro vaquent à leur affaires. Ils sont faits de
tremblements aigüs, de cambrures épurées. Ils ont roulé avec moi, en bas
de la dune. À la place du ciel, un autre océan est venu s'ajouter au
premier. Je le contemple, allongé sur le dos.




Sur la plage, nous trions tout ce qui est petit, tout ce que nous
allons emporter.

Sur les indications des vagues, nous commençons à dicter au sable les
premiers gestes de la métamorphose.

28-01-2002



-- Les animaux des deux ailleurs --


1.

Je n'entends rien.
Des bruits recouvrent les miens.
Je penche mon oreille remplie d'animaux. Je voudrais qu'ils tombent.
Ils courent, terrorisés, comme pour échapper à un feu.
La peur les rend méchants. L'absurdité de leur voyage les martèle, les
aplatit. Ils deviennent fausses pièces, ronds factices qui roulent
d'ailleurs en ailleurs.

2.

Ils veulent m'empêcher d'entendre. Font interdire certains mots,
patrouillent en uniforme de fourrure blafarde. Un projecteur à lumière
crue, brutale, sans abri, nous découpe en deux ailleurs, nous compte.
L'ordre ne règne pas. Nul ne peut m'écarter en deux moitiés de rideaux.
Dès que j'entends, lis ou pense ton nom, je me recouvre de moi, toute
imposture arrachée de ma poitrine.
Somme toute, une portion appréciable de terre sourde se déploie entre
nous, mais elle est chaude.

3.

Une diode attentive clignote. Des gens me parlent. C'est un peu pareil.
Ils veulent savoir ce que je vais prendre comme boisson, comme plat,
comme couleur préférée, ils s'agitent autour d'une table. Le bois
étouffe les sons.
Je retrouve les animaux du dedans, cuits, rôtis, étouffés.
Je fais semblant de vivre quelques instants de distraction pour que les
gens partent et me laissent tranquille.



4.

Complice, la diode attentive se synchronise aux battements de mon coeur.
Cette lumière-là est une parole consciente de tous ses recoins.
Quelque chose émane de moi. Surgit. S'étonne de se retrouver.
Je prononce ton nom, encore.
sous a
sa lueur droit
chaque oreille à la vie
Ici comme ailleurs, il a le pouvoir d'innocenter le monde et d'acquiter
les animaux.
J'entends à nouveau.

26-01-2002

Avant Après