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Poèmes pour voler debout

Site 100% noir lumineux

Février-mars 2003

Avant Après

-- Tessiture de la prouesse -




Nous nous tenons droits, en files magnifiques.
Nous entrons quelque part.

Nous embrassons les distributeurs.
Leurs fleurs qui sautent en marche.
L'injection de plusieurs scénarios.
L'égoût du diamant.
Le souterrain des étoiles.
Le balai de l'apprenti-sorcier.
Les poussières libres.

Et l'envie des soleils, leur projet de nous atteindre.

Il existe quelque part, une joue contre laquelle on frottera la sienne
toute sa vie.
L'autre joue dort dans l'ombre, elle se charge de distribuer dans chaque
seconde qui suivra cette folie qui vrombit à l'intérieur même de la
tendresse.

Il y a pourtant de nombreux moments sans abattoir.
Comme ce jour où l'arrière de mes genoux fourmillait, ou
j'abondais de gares et de voix qui chantaient les destinations.
Où la chose la plus importante au monde était cette envie
de ne jamais m'asseoir malgré mon souffle court.

Je loge les familles que je rassemble en moi.
Simple prouesse de ne presque rien faire,.
De me contenter de prononcer les origines.
De déterrer les tessitures de leurs desctinations.

Quelques appels suffisent pour reconstituer le monde.

Une rivière, un hangar de cris assemblés à la hâte, un artifice entre
chaque pas, un menteur qui se balance entre les nuages, un espace
mouillé à enjamber près du ventre, un fleuve à franchir.
L'ordre de mission d'une larme.
Des pendeloques jumelles sous lesquelles se célèbrent les craquements
que fait le corps lorsqu' il découvre l'étendue des matières qu'il est
capable de traverser.

Quelques chiffons catapultés.

Et rien ne se finit jamais, ni les minutes interminables à
longer le train, à dévisager les portières, à deviner si on va monter
dans les bras, dans les jambes, dans le sexe, dans les articulations qui
remontent patiemment tout ce qui est brisé, essouflé, pantelant, front
contre terre, coeur contre main, souffle long cette fois, bien trop long, dont on ne sait
pas si on va arriver à le reprendre encore une fois.

Tant les vivants sont espacés.

Et on court, on s'appuie, on se bute contre les ondes projetées par le
corps
et les chevilles s'envolent, se disloquent, et on se prend
les pieds dans son propre tissu, mais on avance quand même, dans les
draps, dans le rideau de surdité, et on crie contre les poitrines
creuses, gonflées de musiques à se passer bouche à bouche, les têtes rapprochées,
qui se touchent, vont se toucher, se sont touchées.
Et on écarte de toutes ses forces les bulles noires qui nous avaient
envahis, on les transforme en pépites de couleurs et les larmes
jaillissent, si fort qu'elles sortent à l'horizontale, recouvrent tout,
dévastent tout, soulèvent tout. Crue d'anges abimés, forgerons de
cristal qui sertissent le feu
en perles syllabiques. Meurent contre votre flanc qui s'allonge
démesurément pour les garder.

Et même couché, haletant, la tête sur le côté, l'oreiller mordu,
le robinet qui ne se ferme pas, plus jamais, et même allongé contre
son ombre de sueur, on soulèvera encore pour des milliers de
millénaires un être de confiance, en riant de violence, en l'élevant
jusqu'aux batailles du miracle, en regardant à travers les plis, en
grognant des colliers de joyaux presque indistincts les uns des autres.

Et je crois que peu d'entre nous dormiront tranquilles.
Car il y a cette faim magnifique. Cette faim bien campée sur
ses jambes, cette faim superbe, élégante comme un
cri en robe du soir.

Il y a une maison, du plâtre, des tuiles, des fenêtres, des habitants
à manger, à dévorer, à liquider, à refaire, à aimer plus que tout, à
aimer, aimer, aimer, en les pressant doucement contre soi jusqu'à en imprimer
le moindre détail.

À brandir en insistant sur l'invincibilité de la douceur.

Je me souviens de ce qu'est la prouesse, ficelle inextricable, chorale
éclaircie, réseau déroulé.
Je me souviens de ce qu'est la prouesse.
J'en suis la tessiture.

26-03-2003

-- Rendre heureux les supports des signes --



J'entre dans ce monde
avec des signes sur les bras
croisés
à moitié visibles
bandes de terre
sur lesquelles la pudeur
a écrit quelque chose

Je suis venu
faire la guerre des yeux
qui remontent du poignet à l'épaule
peints
larges
regard du mouvement

Juché
poussant des portes invisibles
un être rit dans la vitesse
longs tissus qui claquent dans l'air
on donne des fêtes dans les virages
on élève au rang de dieux et déesses
un mètre ou deux de soie colorée
qui dépasse de la portière

Nous longeons des champs
hommes et femmes plantés en terre
certains ont tout abandonné
pour la simple joie
de taper du pied
ensemble
pour tasser l'amour

Sorties de la poitrine
ensemble
une lumière une chanson
libérées
par les bras qui se décroisent

Quelques gouttes
tombent le long du cou
on peut leur parler
en respirant par la peau
leur ombre monte du sol
virevolte
retombe
atteint certains d'entre nous

Nous ressemblons
à des roses rituelles
tenues
par des géants
qui courent
pour nous offrir
à des êtres plus grands encore

Les bras s'ouvrent
se lèvent
racontent
chantent
élèvent des édifices

Noyau accroupi
dans la posture du soleil
d'autres yeux apparaissent
au creux des mains étendues

Nous
les supports des signes
avons l'air
d'étendre un linge merveilleux
sur un fil
dans un jardin

Toujours
le dessin se forme
par le geste d'ouvrir


26-03-2003

-- Lumières au carbone --



Ce que j'aime le plus, ce sont les petites traces noires laissées sur
moi
par la pression. Elles ont quelque chose d'émouvant, comme des
visages à l'ovale déroulé.
On y voit les lignes de la main et même quelques pensées qui
s'impriment.

Ce que j'aime le moins, c'est m'agiter dans le noir et oublier les
craquements tendres de la feuille.
Quand cela arrive, je prends un peu de lumière et j'appuie.
Après une seconde d'hésitation, l'univers se rapproche de moi
et me tend ses soleils comme on passe le sel.

Un flash aveuglant et lisible.
Des éclairs tactiles, traits doux qui mordent sur les
frontières, s'évadent, reviennent chargés d'essences exotiques où
d'ombres de voisinage.

Ce que j'aime, c'est moi quand j'ai bu tout ça. Surtout les fissures
laissées sur ma peau.
Elles ressemblent à des petits arbres intelligents
et sont là parce que la lumière a appuyé exprès un peu trop longtemps.

12-03-2003

-- Retrouvailles avec un papillon assis --



Il y avait un papillon
assis sur une chaise
et les gens autour
marchaient le moins lourdement possible

J'aimais beaucoup me retrouver là
en ce lieu où tout restait en place
sans s'arracher

Ils me disaient
sois gentil
assied toi juste à côté de lui
ne fais pas semblant de ne pas le reconnaître
il y a de la place pour vous deux
inspire doucement
souffle profondément
envoie l'air le plus loin possible
pour le mettre en confiance

Ils me rassuraient
c'est facile de se souvenir
parfume toi de la tête aux pieds
sois une fleur et concentre toi
et tu pourras lire ses ailes
tout haut

La papillon grandissait à vue d'úil
et j'ai été entouré comme lui
d'une douce lumière rouge

Le lieu devenait si calme
que je pouvais compter les choses
sans qu'elles s'en aillent les unes après les autres
et au fur et à mesure qu'il battait des ailes
les différentes parties de moi
émettaient un bruit léger
se frôlaient pour se réhabituer les unes aux autres

C'est comme ça
que le papillon et moi
nous sommes réconciliés

12-03-2003



"Si líon écoute le temps síécouler à líintérieur de soi, rien ne sera
jamais trop tôt ni trop tard. Tout est harmonie et vient de soi-même"
- Svava JakobsdÓttir, La Saga de Gunnlöd

-- S'allier aux sésames --


1.

Dans la main
cette sensation pleine
de graines qui portent des entailles
comme une écriture lue seulement par la paume
graphe des graines et des fils qui les relient
longues fenêtres que les mains jettent
dispersent
mais d'une autre façon rassemblent tout autour
un vol de colliers
qui retombent avec une précision extrème
autour du cou des femmes
qui sont sorties dans le jardin
sans savoir qu'elles avaient envie d'un cadeau

2.

Plaisir qui cesse
au moment où on se dit qu'il ne faut pas
verser comme ça
les choses dans d'autres choses
que ça ne changera rien au poids du monde
alors pour chasser cette pensée
on court le plus vite qu'on peut
avec les graines et les fils dans la main
si longs
qu'on nous voit de très loin
et plus on court
plus tout va bien ensemble
on aurait presque le devoir d'être heureux de tout
même d'avoir trop chaud
même d'être épuisé
le front contre la surface dure qu'est devenue notre ombre
même de sentir son corps incertain
comme glissant
et libre

3.

On grimpe dans le cerisier
celui qui nous attire depuis tout petits
celui qu'on avait réservé
pour le jour où on réussirait
à faire sortir la soie de nos mains pour relier les graines
à la manière des araignées
comme ça
rien qu'en le voulant très fort
et ce jour est arrivé
alors on aborde l'arbre
comme une récompense
puis on décrit sur le tronc
le trajet inverse de la sueur
le long de notre corps
et on apprend qu'il existe des arbres
qui nous imbibent

4.

Reste à réinventer
cette lumière dans la bouche
ce halètement exact
qui contient des mots
personne au monde n'a encore prononcés
et on décide de rester ici pour les entendre
sortir de nous
avec les fils de soie que l'on aura secrétés
avec la toile de graines qui volent
autour de nous comme des ailes vivantes
et avec les cous des femmes
dont les corps ont pris une teinte différente
depuis qu'elles sont entourées
rouges translucides
pareilles à des mains ouvertes
qui se brûlent mais qui restent devant la lampe
et deviennent très belles
comme des signaux dont il faut deviner le sens
ensemble

5.

L'air tremblant monte de la terre
vibre jusqu'aux cheveux
loin au dessus des deux jambes repliées
peintes en secret de motifs rouges
représentant des graines reliées par des fils
l'air vibre le long du corps qui se balance
pour se rassurer
puis resdescend par une main
qui va refaire des fils
dès qu'on aura fermé les yeux assez fort
pour s'allier aux sésames
et tout voir à nouveau
depuis l'intérieur

05-03-2003

-- Le vaisseau des cèdres --




Feuilles protectrices.
M'enlever, couche par couche, film par film, pellicules plastiques
qui recouvrent la voix.
Râles inhabituels. Pas ceux de l'agonie mais ceux qui nous viennent
à nous, lorsque nous serrons dans nos bras quelque chose que nous aimons
tant que nous n'y survivrons pas.

L'art conjoint des hommes et des aiguilles. Tendre le bras pour se
taire.
Substance d'amour, étincelles animales au pli du coude. Je serre, je
relâche, je te souris de tout près. Mon sang est une poche d'amour.
Il y a un cèdre et son écorce devient douce, charnelle, intelligente,
elle s'incurve sous la bouche, rit sous la joue, s'amuse à parler comme les
hommes.

Je reçois plein d'objets dans la figure. Ceux que j'ai étreints si forts
qu'ils ont pris un peu de moi et moi un peu d'eux. Ceux qui parlent mieux que
moi.
Il y a un grand cèdre patient. Je l'ai connu déjà, dans le jardin de
mon enfance. Ou bien la tienne. Ou bien aucune. Ou bien toutes.

Un moteur rugit. Je l'aime. Je l'aime parce qu'il fait trembler les
lignes.
Je l'aime parce qu'il perce le papier. Je l'aime parce que dès qu'il y a
un peu de lumière, on voit le fond de sa vie en transparence.

Soudain, nous sommes une voiture à friction lancée par un enfant,
tellement patient qu'il l'a frottée pendant des années contre le sol. Des années
entières à ramer dans l'odeur d'un arbre invisible. Des années entières
à construire, vague par vague, le vaisseau du cèdre.

Soudain, je suis l'espace désamarré du temps. Un rayon saisi
d'intelligence, un animal de lumière qui se met à commenter nos vies.

Loin, très loin, c'est à dire ici, il y a un enfant qui s'est mis en
tête de grimper à un cèdre. Il rame en hauteur, non pas pour élever l'arbre, mais pour l'enfoncer, l'enfoncer dans le temps et dans la cargaison des bruits.
Tous les bruits. Tous les bruits autres que sa voix. Du moment qu'ils
alternent la mélodie et le cri, comme les voyelles et les consonnes.

Vrillé dans ton chant, le mien, le tien, tous et aucun, l'arbre navigant
taille des voiles dans le tissu des organes dont le monde n'a pas voulu.
Ceux que l'on trouve au bord de la Terre, cette lisière de chair qui
fait que notre planète vue de l'espace pourrait ressembler à une fleur
si on cligne des yeux à l'aube d'un matin d'amour.

Cela ressemble aux ronds de sorcière que fait la pluie sur la mer, quand
on la regarde de la colline et qu'on se dit qu'on va sauter, un jour,
demain, maintenant, sauter au centre du cercle d'écume, traverser le cerceau.
Cela ressemble à une goutte qui traverse un feu, à une salamandre qui
tient une conférence dans les crépitements d'un monde en train de se
transformer.

Sa voix. L'enfant rangée dans chaque aiguille pour qu'elle ne tombe pas.
Tant que durera l'odeur des femmes.
Tant que leurs échancrures se jetteront dans l'océan, le vaisseau des
cèdres pourra naviguer.
Il suffit d'avoir le courage de se cueillir, de se détacher de l'arbre.

Agenouillée sur une branche, la forme de l'enfant ressemble à une flamme
pétrie dans cette alchimie de filtres qui rend les démons sociables et
porte les anges au rouge.
Chirurgie généreuse, incision qui ajoute des graves et des aigüs, je
surprends le rictus des jardiniers, quand leur mâchoire semble prête à se déboîter
pour parler enfin dans l'axe de leurs mots. Ils sont tendres et lavés de
colère.
Car si l'art du meurtre est enseigné jusque dans les berceaux, aucune
science n'a encore appris aux hommes à déglutir ceux qu'ils aiment.

Peut-être une simple pluie ? Peut-être une simple goutte pour décaler
leur bouche, pour la gifler de carmin, pour faire sortir leur langue au
printemps ?

En attendant, j'incline à la précision absolue de l'hertz, je tends à ne
pas négliger ces nefs qui naviguent dans la poitrine, dans la gorge,
dans les lattes des répons qui se croisent dans les cavités.
Je progresse vers la voix du centre. J'élargis la strangulation des
harmoniques. Kyrie d'alcôve, magnificat des rideaux qui s'ouvrent sur
d'autres rideaux. Chemin des ventres à épisodes, un pied puis l'autre,
les chevilles qui portent des enfants ne vieillissent jamais.
Elles émeuvent, de plus en plus.

Le vaisseau des cèdres est un bal qui trempe dans le visage autour
duquel tourne le soleil, autrement dit le véritable responsable des
saisons.

Et dans notre coeur, nous savons qu'il n'y a vraiment pas de quoi
s'inquiéter, que nos pleurs ne sont que l'effet Doppler d'un coeur qui
se dilate.
Et les cèdres invisibles qui poussent sur les femmes sentent bon.

Car nous sommes, ensemble, un bateau qui sourit avec sa forme, un
long et tendre baiser qui se déplace sur la mer.

04-03-2003

-- Le train aux mains qui serrent des images --



Noir, l'homme qui reste.
Noir et effilé. Noir et heureux.
Réduit à rien.
Une mousse d'aiguilles noires sur un rocher vivant.
Une lumière sur un siège.

À l'entrée du quai, l'arbre aux âmes tinte, étincelle, signale les arrivées et départs.

Des pions qui dansent.
L'extrémité d'une ombre, le bout d'une robe qui prend le train.
Et dans le wagon, les fleurs les plus rapides du monde, qui tournent autour d'un corps attentif.

Satellites de parfums.
Je renifle les rails. Je décide de ne pas sauter de moi.

Je ne peux pas dire que je regarde le paysage. Je cherche mes yeux, je cherche une ligne droite dans ce coquelicot qui tremble.

Quel astre ressort si clairement dans ce paysage brouillé ?
Qui projette ces images si nettes dans mon ventre de vitesse ?

Dans ce grenat vivant, amour compact du vrai visage de la Terre, non pas vue du ciel mais de son propre cúur, se croisent les confluents des rois et des reines qui lancent des étoiles depuis le balcon
Qui lancent des âmes vers les pauvres mains aux pleurs apparents tendues les unes vers les autres.

Sensibles. Belles. Puissantes.
Des pions qui dansent, s'aiment, s'attrapent, se frappent et se brisent en copeaux.
Puis se mêlent et se penchent à la fenêtre.

Ces mains pleines de gens serrent des images qui sont les gares de nos vies. Massives, veinées d'abondance de milliers de regards qui brillent.
Valises de profusion.

Noir, l'homme qui se déplace.
Noir comme un trait d'amour.
Réduit à tout.
Une pièce de lumière cousue sur une robe noire.
La trace des mains sur le siège d'un quai de gare.

Je me tiens bien car les images me regardent.
Je monte debout dans le train pour faire honneur au ciel.
Oreilles posées contre les rails d'en-haut.

Et, suivant du doigt la perspective du lieu, faite de voyageurs allongés
les uns contre les autres jusqu'à l'infini, je laisse mes yeux enlever du monde tout ce qui l'empêche de vivre.

25-02-2003



-- Coffre soulevé --


Nous savons où vont les choses
posées sur nos épaules
disaient les porteurs

Et la maison riait
un peu étourdie
par les rayons qui sortaient du coffre

Nous savons que les greniers sont bas
et nous soulevons le coffre
en maquillant l'escalier
pour faire croire que nous descendons

Le soleil était lourd à porter
mais les épaules brillaient
et les hommes se parlaient

Nous savons où vont nos épaules
disaient les porteurs

17-02-2003



"I have my fears
but they don't have me"
-- Peter Gabriel

À Thelma, Louise et à Jean Pierre Clemençon

-- Quartz mobile sur le siège avant d'un road movie --


piéton sur l'arche
décrite par Thelma et Louise à la fin du film
je change mes initiales et la couleur de mes ombres
sang accroupi peintures de guerre écailles vives
fièvres fouettées jusqu'à l'amour serein
prière d'une voiture qui s'envole au dessus des têtes
piano vivant salto de calor

jambes roues paupières écartées
je me cale sur le siège ergonomie du meurtre
je saute pour échapper à la poursuite
qui veut me transformer en végétal en animal puis en humain

sur les jantes du ciel
mes atomes tournent roues de réveil l'air sur mes joues

faites moi le plein
de terre et de fenêtres pour la regarder
et mettez bien toutes les heures du soleil
donnez moi des cheveux qui retiennent la lumière
déversez sur moi des corps pressés qui me bousculent
qui m'étourdissent sur la Silla Roja
ma chaise rouge et son ruban noir qui se défait
et laisse le monde en pâture aux vents

alourdissez moi de camions chauds et d'ailes poisseuses
je longe la route qui se fond dans le cañyon
mon quartz mobile baisse la vitre électrique
et je livre mon bras de pierre au soleil

17-02-2003


- J'essaye d'entrer dans la salière --


J'essaie d'entrer dans la salière, je ne sais plus si on me l'a demandé ou si c'est moi qui en ai eu l'idée.

C'était l'hiver
et on discerne moins les détails
tout est pris sous les avalanches
sous les corps jetés en travers des fenêtres

Je tente de me faire minuscule et divisé en millions de cristaux.
J'habite un ciel à facette, un ustensile de cuisine en forme de main ouvert qui sert à manger davantage de fraises et de cerises à la fois.

j'écarte de moi
tout chant qui sortirait de la gorge
toute pluie qui déborderait du flacon
il ne me reste que la largeur d'un océan ou deux
pour boire les cataractes de terre ferme
versées par les sauveteurs

Paupières en poudre, je baisse les yeux, humble comme face à la Tour Eiffel où au Fuji-Yama.
J'avance d'une longueur de pied à la fois, doucement pour chauffer le sol et faire sourire ceux qui me regardent et s'amusent des irrégularités de mon visage.
Et il y a tant de vie dans ce simple geste que le jour se lève un peu en avance.

j'essaie d'entrer dans la salière
j'aime m'habiller pour sauter à l'eau
j'aime m'entourer de tissus de fête
qui collent à mes flancs et deviennent une partie de moi

15-02-2003




-- Ménagerie des confluents --


un chien
un chat
un tigre et un dauphin
des gris et des bleus qui sautent dans le soleil
et cette tendresse qui pousse
à augmenter les notes en douce sur les copies

lequel de ces animaux j'attends
pendant que le cortex regarde ailleurs ?
j'aime ronger les serviettes en cuir
posées sur le canapé
et les voitures pleins de gens qui sourient à personne
les grandes pièces vides où les absents frissonnent

je marche sur des pattes qui retournent la terre
qui fouissent et rient de s'envoler profond
à l'heure où j'entoure la lune de mes bras
en prévision du jour où elle deviendra une étoile

je cours pour épicer les rivières
et remonter mon existence de bas en haut
je nage dans un grand bruit de soie et d'esprit

parvenu tout au sommet de l'amour
j'aboie mon nom
en ouvrant la bouche pour avaler les flammes
et depuis le fond du ciel
je rapporte la terre


15-02-2003


- Silures --


Au rasoir d'une ligne d'eau très fine
droite comme une table que des mains empêchent de se sauver des êtres longs qui ressemblent à des silures
je les porte dans mon flancs dans des poches de liquide coupées par des minéraux très durs
durs comme des coups brefs portés sur la tête qui font voir des couleurs comme des pierres qui génèrent des veines pour relier des points éloignés

je tire sur ces lianes sur lesquelles marchent des fumées verticales comme des indiens qui s'appellent par des signaux que nous ne comprenons pas

où bien il suffit de réduire le feu sur la plaque pour qu'ils
disparaissent et le lendemain revenir les chercher pour qu'ils continuent à nettoyer l'esprit redresser la nuque ployée sous la table d'abysses
combler les fissures sur les cervicales qui empêchent de lever la tête

des êtres longs qui ressemblent à des silures et leur joie ondule à l'intérieur
peut-être un jardin d'anguilles qui vient de très loin
peut-être nos vrais visages qui nous attendent au centre de nous

peut-être simplement la saison des soldes dans la boutique des profondeurs


15-02-2003


-- Ramper jusqu'à l'úil ouvert --


L'originalité des flammes.
La collision verticale des brandons.
Les tiges couchées par l'averse des images.

On ne voit que les dos. Parfois, ils courent et couvrent une grande distance en une seule poussée. Parfois il faut un temps infini avant de
percevoir qu'ils se sont mis à bouger.

Ils rampent.
Ils emmènent un peu de terre avec eux. À peine déplacée.

Les brindilles se croisent le vent fait onduler les dos.
Guidés par les torches en vols serrés là-haut
Ils progressent lentement vers l'úil ouvert
à l'autre bout.


15-02-2003


-- Sensitive --


la fleur a dit
qu'elle pousserait au beau milieu de la fixité des ruines

je marche tu marches dans les reflets rouges
faits d'intervalles tropicaux

nos joues frôlées par les feuilles larges
sous la poudre qui coule de leurs nervures
nous nous ressemblons

les poussières sont des livres d'histoire
lues par le regard des corolles

à force de me fermer et m'ouvrir entre deux cailloux
j'atteins cette minute
sensitive


15-02-2003



-- Kinesthésie bilatérale --



je
me serais
voulu plus sombre et plus vert
comme cette fille avec son sac plein
qui passe sur le trottoir qui va s'envoler
qui va surgir de la peinture et du plastique
nue avec quelques écailles qui s'accrochent au ventre
livrée comme un dragon qui vient donner tout son feu à la terre

ses jambes enroulées autour du feu rouge pour ne pas remonter tout de suite sa vie passée à acheter à vendre des minutes à tinter comme un verre tenu dans une main distraite
sa main posée sur le fermoir du sexe pour que le vent n'arrive pas jusqu'à elle par l'intérieur par les eaux roulées en bouche

capturée calcinée humide de la ville où dieu a prévu une sortie qui ne mène nulle part
sauf à monter et descendre avec les filles des affiches publicitaires auxquelles elle s'est collée
alors qu'elle est vraie elle existe elle est née un jour gratuitement
tout de suite elle a posé le pied tout au milieu du carrefour
parce qu'il était gris parce que c'était rassurant de se sentir adhérer aux objets et non aux gens

au milieu des cuillers tournées dans son corps au centre du mal rougit la vie
le bruit des baillons qu'on glisse doucement sur les bouches sans les serrer
pour chanter dans le tissu l'imprégner de notes qui montent et qui descendent
deux cymbales qui rêvent de la pluie que l'on frotte sur le corps pour se mettre à vivre bien après

les panneaux de signalisation que l'on mange sans faim mais juste pour écarter quelque chose en soi qui encombre
elle dévore ses cheveux plaqués contre sa joue son halètement de marche

son architecture brisée mais pas son port de tête
pas son visage pas ce qu'elle verse de son sac
pas sa façon de se transformer
en autre chose
vivant

15-02-2003



-- Dommage collatéral --
(ces gens trop bas pour être des gens)



les corps cassés par les troncs qui se sont abattus les visages recouverts de glace
une centaine de cavaliers morts sous les arbres il n'y avait pas d'arbres dans ce pays et pourtant ils se sont abattus sur les gens enfin je suppose qu' il y avait des gens mais à cette vitesse là on ne
les voit plus

ces gens trop bas pour être des gens

le mur de guitares uniquement dans l'oreille gauche l'adrénaline aide le pilote je préfère boire le sang des femmes je fais des offres pour les
vendre en plein air sans les détails
sans préciser le nombre de bras et de jambes
trop bas pour être des gens d'ici je ne peux pas distinguer
pour faire le tri je largue des billets et de la nourriture
le mur de guitares dans l'oreille ma bouche noire chante la comptine du
cockpit

quand j'ai les fesses qui collent à mon siège la batterie accélère je passe en infra-sons j'ai le sexe entouré de cuir une trachée de métal pour tout avaler d'un coup
la chanson parle des ailes d'une mouche qu'on arrache son corps noir monte l'échelle de la souffrance

comme ces gens trop bas pour être des gens
et que je peux tuer
parce que je ne suis pas sûr qu'ils existent


15-02-2003

Avant Après